Jeu 14 nov 2002 17:41

Le nouvel ambassadeur d'Israël en France Nissim Zvili, a choisi RTL pour donner sa première interview à un média français


Ruth ELKRIEF : Bonjour Nissim Zvili. Merci de nous accorder cette première interview. Vous avez présenté vos lettres de créance à Jacques Chirac, le président français, hier soir. Nous allons parler bien sûr dans un instant de vous, également des relations entre Israël et la France, de la situation en Israël, mais Ben Laden, toujours vivant, ça vous étonne ?

Nissim ZVILI :
Ce n'est pas vraiment surprenant, d'abord il ne faut jamais oublier que le réseau d'Al Qaïda a continué d'exister, même quand on croyait que Ben Laden n'existait plus. Et c'est pour ça qu'il faut prendre en considération le danger de ce que représente ce réseau international d'intégrisme et de terrorisme. C'est ça l'important. Ce n'est pas la personnalité de Ben Laden. Ben Laden peut disparaître, il y aura un nouveau Ben Laden. Le problème, c'est le phénomène du terrorisme international, qui peut intégrer des sociétés qu'on ne connaît pas et qu'on n'identifie pas.

- Je reviens donc sur vous. Vous êtes un ancien secrétaire général du parti travailliste, donc vous avez été nommé par Shimon Peres, qui était le ministre des affaires étrangères.

J'ai été proposé par Shimon Peres, et nommé par le gouvernement israélien.

- Vous avez présidé le Centre International pour la Paix ; vous avez toujours été favorable à un Etat palestinien par exemple ; mais aujourd'hui, paradoxalement, vous représentez le gouvernement le plus à droite d'Israël depuis très longtemps. Monsieur Netanyahu, ministre des affaires étrangères, Monsieur Sharon premier ministre, ça ne va pas être un peu inconfortable ?

Oui ça pourrait être très inconfortable. Mais ce que je voudrais dire d'abord c'est que dans trois mois il y aura de nouvelles élections en Israël.

- Le 28 janvier.

Oui. Il n'y a pas vraiment de chances que la gauche retourne au pouvoir fin janvier. Mais je crois qu'il y a une certaine possibilité, qu'il y aura un nouveau gouvernement d'union nationale un peu plus équilibré ; j'espère que les deux grands partis en Israël seront capables.

- Les travaillistes, et donc la droite de Monsieur Sharon.

Auront une certaine majorité parlementaire parce qu'on a rechangé notre système d'élections, et je crois qu'avec un gouvernement d'union nationale, qui d'après moi est le seul à pouvoir faire sortir l'Etat d'Israël de la crise actuelle, sur le niveau politique, sur le niveau économique, sur le niveau social. Je crois qu'avec un gouvernement d'union nationale, je n'aurai aucun problème pour travailler. J'espère pouvoir continuer, mais je ne suis pas sûr. C'est vrai que je peux arriver à une conclusion que je ne peux pas représenter un gouvernement d'extrême droite ; j'ai ma ferme qui m'attend, je peux retourner en Israël.

- Vous venez de la terre, vous êtes à la fois un homme politique et vous avez aussi donc travaillé la terre.

Je suis d'abord un homme de la terre, après un homme politique, et maintenant un diplomate. "On" terminera notre rôle de diplomate, ensuite on retournera à la terre, elle nous attend toujours.

- Justement, l'actualité c'est aussi en Israël, les déclarations de M. Netanyahu qui demande l'expulsion d'Arafat, après l'attentat contre le kibboutz Metzer. Une opération qui a démarré cette nuit à Naplouse. Une énième opération anti-terroriste, on a le sentiment quand même que ça n'avance jamais, que les kamikazes reviennent et que le violence demeure. Alors vous pouvez y croire ? comment est-ce qu'on peut y croire ?

D'abord il faut séparer les déclarations politiques qui sont faites aujourd'hui ou pendant cette période de temps qui sont toutes ciblées sur les élections internes du parti de la droite, sur les élections internes de la gauche, ça veut dire que les leaders qui s'expriment aujourd'hui sont en campagne électorale interne, et je crois qu'il faut prendre cet élément en considération quand on analyse les déclarations. Ca veut dire que je ne vois pas un changement de politique dans ce gouvernement. Monsieur Sharon a annoncé que ce gouvernement va continuer la politique du gouvernement précédent, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de grands changements.

- A attendre d'ici les élections nationales du 28 janvier.

Exactement, d'ici le 28 janvier, s'il y a un gouvernement d'extrême droite, religieux, c'est clair qu'il y aura un changement dans sa politique, mais s'il y a encore un gouvernement d'union nationale ça ne changera pas beaucoup la politique. Maintenant, la situation en Israël est très délicate. Ca veut dire qu'on a cru avoir réussi à minimiser les dégâts des attentats terroristes. C'est ce qu'on peut faire. Le terrorisme ne va pas disparaître par des activités armées ou militaires. On sait qu'en fin de compte il doit y avoir un accord politique pour mettre fin aux attentats terroristes ; mais on a essayé de les minimiser parce qu'on ne croit pas en Arafat et son équipe d'aujourd'hui. On ne croit pas que ce sont des vrais partenaires pour arriver à un accord de paix. Et moi je vous dis, en tant qu'homme de gauche, je me sens vraiment trahi par Arafat et l'équipe de leaders palestiniens qui ont signé avec nous un accord de paix, un accord sur un processus de paix. Et la décision d'Arafat il y a deux ans de reprendre la voie de la violence et du terrorisme pour essayer d'arriver à des concessions plus profondes du côté israélien, c'était une erreur historique ; et ce n'est pas nous seulement qu'il a trahis, Il a trahi son peuple.

- Alors évidemment c'est la position d'un homme de gauche déçu, c'est ce que vous dites, évidemment les Palestiniens disent aussi que la politique du gouvernement israélien et les politiques successives les ont conduits, aussi, à cette attitude et à cette violence. Mais parlons de cette gauche israélienne : est-ce qu'elle peut encore être crédible ? Elle a a participé après tout aux excès de Monsieur Sharon. Est-ce que dans les élections qui vont arriver à l'intérieur du parti il y a, un faucon et deux colombes, qui sont candidats pour diriger le parti travailliste, est-ce que ça peut changer quelque chose ? est-ce qu'il peut présenter une véritable alternative ?

Dans la politique du gouvernement, il y a deux éléments : un élément, c'est la lutte contre le terrorisme. Dans la lutte contre le terrorisme en Israël, il n'y a pas de différence entre la droite et la gauche. Même s'il y avait aujourd'hui un gouvernement de gauche au pouvoir, la lutte serait exactement la même, avec toutes les activités militaires, et je dois dire quelque chose qui je crois est important : les actes préventifs de l'armée israélienne et des forces de sécurité israéliennes, ont sauvé des centaines de vies en Israël, et des milliers de vie de Palestiniens, des milliers de vies de Palestiniens dans les actions préventives de ces dernières années, Ca c'est le côté sécurité.

- Pas de différence entre la droite et la gauche, en revanche.

En revanche il peut y avoir des divergences du côté politique. C'est-à-dire que si la gauche avait été au pouvoir toute seule, elle aurait fait beaucoup plus pour réanimer, ou redémarrer dans un certain processus pour arrêter la violence, également sur des actions politiques, et ça, ça manquait un peu dans le gouvernement d'union nationale ; ça manquera beaucoup plus dans un gouvernement d'extrême droite s'il arrivait au pouvoir.

- Dernière question : Elie Barnavi, qui donc a quitté le poste, qui était votre prédécesseur, a dénoncé un peu la politique de la gauche française au pouvoir. Il disait : Jospin, Védrine ont été paralysés devant les actes antisémites, déséquilibrés dans la situation au Proche Orient. Aujourd'hui, Jacques Chirac, Dominique de Villepin, vous avez rencontré le président français hier, ça change ?

Sur le ton au moins, ça change. J'espère qu'il y aura aussi un changement de politique. Monsieur Chirac m'a dit hier très clairement que le gouvernement français et le peuple français ne sont pas anti-israéliens, et qu'ils feront tout ce qui est possible pour faire redémarrer un processus de paix entre nous et les Palestiniens. Je crois qu'il y a un changement, un petit changement, et j'espère qu'il va devenir un changement important.


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