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Les arrière-pensées de la France
PAR Clément Weill-Raynal
LE FIGARO Vendredi 17 mai 2002

Y a-t-il une campagne anti-française menée actuellement en Israël ? Le président de la République le pense, et tient à la condamner. " Cette campagne n'est pas acceptable et ne saurait se poursuivre sans conséquences ", a averti Jacques Chirac lors d'une conversation téléphonique avec Ariel Sharon. En quoi consiste cette " campagne " ? Des propos injurieux ou inexacts ont-ils été tenus par des officiels israéliens ? La presse israélienne s'est-elle déchaînée contre Paris ? Des diplomates français ont-ils fait l'objet de mesures d'intimidation ou vexatoires ? Des menaces ont-elles été formulées contre des ressortissants français ? A-t-on crié " mort aux Français" dans les rues de Jérusalem ? Non. Ce qui est insupportable au président français, c'est que plusieurs ministres israéliens se sont inquiétés publiquement de la recrudescence des incidents visant la communauté juive de France. Des synagogues ont été brûlées, des restaurants casher attaqués, des juifs passés à tabac. Des caricatures ignobles ont recommencé à fleurir, notamment dans la presse de gauche. Depuis le début de la seconde intifada, plus de 400 faits graves ont été répertoriés. Statistique consternante mais irréfutable : la France figure aujourd'hui en tête des pays occidentaux pour le nombre d'incidents anti-juifs.

Le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Michaël Melchior, n'a pas dit autre chose. Ce dernier n'a jamais traité la France de " pays le plus antisémite ", contrairement à ce qui a été rapporté de manière inexacte. Melchior n'a fait que souligner que " la France est le pays où ont été recensés le plus grand nombre d'actes antisémites depuis le début de l'intifada ".

Les autorités américaines se sont elles-mêmes émues de cette flambée de violence. Le président Bush n'a pas craint d'utiliser le terme d'anti-sémitisme pour dénoncer " ceux qui brûlent les synagogues en France ". Son secrétaire d'Etat Collin Powell, le 6 mai dernier, a sommé les Européens " d'en faire plus " pour lutter contre la recrudescence des attaques anti-juives. Curieusement, ces remontrances n'ont pas déclenché l'ire de l'Élysée. Le président américain peut s'exprimer librement. Pas le gouvernement israélien. Serait-il du dernier mauvais goût que des juifs prennent la défense des juifs ?

Les dirigeants français auraient-ils mauvaise conscience ? Et si cette dénonciation d'une campagne anti-française en Israël n'avait pour autre but que de faire oublier la campagne anti-israélienne menée par la diplomatie française depuis près de deux ans ?

Dès les premiers jours de l'intifada, l'Élysée et le Quai d'Orsay ont érigé en vérité officielle la fable forgée par la propagande palestinienne de la seule responsabilité d'Ariel Sharon dans le déclenchement des violences. Les diplomates français ont semble-t-il fait semblant de ne pas entendre les nombreuses déclarations en arabe des dirigeants palestiniens expliquant à leur population avoir planifié et déclenché l'intifada après leur refus du plan de paix proposé par Ehud Barak.

Le président Jacques Chirac a-t-il oublié les conditions humiliantes dans lesquelles il avait accueilli à l'Élysée le premier ministre travailliste Ehud Barak en novembre 2000, rejetant ainsi une nouvelle fois
la responsabilité de la guerre sur la seule partie israélienne ? Que pense le Quai d'Orsay des déclarations en public de l'ambassadeur de France à Londres qualifiant Israël, après un repas bien arrosé, de " petit pays merdique " ?

Comment justifier que la France ait voté à l'ONU aux côtés des plus extrémistes des pays arabes une résolution condamnant Israël pour des " tueries massives " qui auraient été perpétrées lors des combats dans le camp de Jénine ? Le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine a lui-même été forcé de reconnaître que cette condamnation ne s'appuyait sur aucun élément étayé. Comment faut-il interpréter les déclarations du même Hubert Védrine qui, s'exprimant sur " le regain des actes antisémites ", a affirmé " ne pas être choqué que des jeunes Français issus de l'immigration éprouvent de la compassion pour les Palestiniens, et soient dans tous leurs états en voyant ce qu'il se passe " ? Est-il acceptable que la France ait financé durant des années la télévision palestinienne en fermant les yeux sur les émissions enfantines où l'on incite des bambins de huit ans à gagner le paradis d'Allah en se faisant sauter au milieu d'une foule juive ?

Tous ces éléments, et il y en a d'autres, témoignent sinon d'une campagne anti-israélienne au moins d'un a priori systématique en faveur des Palestiniens et au détriment d'Israël. Au lieu de s'interroger sur l'éventuel lien de causalité entre cette politique et la vague de violence anti-juive sur le sol français, nos dirigeants ont rejeté une nouvelle fois la responsabilité sur Israël. L'argumentation a de quoi laisser songeur: il n'y a pas d'antisémitisme propalestinien en France, nous assure-t-on. Et s'il y en a, c'est à cause des déclarations irresponsables des Israéliens. Taisez-vous les juifs! * Président de l'Association des" journalistes juifs de la presse française