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LA VERITE DE DAHLAN ET D'ARAFAT
Jacky Houggy, MAARIV, 10 Avril 2001

Quelques heures à peine s'étaient écoulées depuis l'incident où la voiture de Mohammed Dahlan, Abdel Razek Majaïdeh et Mohammed al-Hindi avait essuyé des tirs, que ceux-ci réunissaient une conférence de presse bien en règle, où ils affirmaient qu'ils avaient été les victimes d'une embuscade délibérée. Dans une interview au journal arabe "Al Hayat", Dahlan a déclaré le lendemain : "On voulait tuer toute la délégation, et en particulier l'effort a porté sur ma voiture".
Les responsables palestiniens sont rentrés chez eux jeudi soir, après une rencontre à Tel-Aviv avec leurs homologues israéliens, menés par le chef du Shabak, Avi Dichter, et le chef d'état-major adjoint, Moshé Yaalon. Le but était de rétablir la coopération de sécurité aux échelons supérieurs. Quand le convoi a franchi la barrière d'Erez, des tirs se sont ouvertrs dans sa direction depuis une position israélienne. La voiture de Dahlan a été touchée, et 2 de ses gardes du corps ont été blessés légèrement.

Le 14 février dernier, Halil Abou-Alba, conducteur d'autobus chez "Egged", avait entamé une "campagne vengeresse" nationale, en fauchant avec son autobus un arrêt pour les soldats de Tsahal qui font de l'auto-stop au carrefour de Holon, tuant 8 Israéliens. Le même jour vers midi, alors que Yasser Arafat séjournait à Ankara (Turquie), on lui avait demandé de réagir à cet événement. "On dirait qu'il s'agit d'un accident de la route", a répondu le Raïs sans perdre ses esprits.
Quelques mois plus tard, en octobre 2000, les dirigeants des pays arabes se réunissaient en sommet d'urgence au Caire, sur fond des sanglantes émeutes dans les territoires. Dans un discours enflammé, Arafat avait annoncé au monde que 193 Palestiniens avaient déjà perdu la vie, chiffre environ double de la vérité. Ces jours-là, les Palestiniens eux-mêmes parlaient de 100 tués.

Les tirs à la barrière d'Erez ne visaient pas à supprimer Dahlan, Madjaïdeh et al-Hindi, comme ceux-ci le savent parfaitement. Les Israéliens écrasés à Holon n'étaient pas les victimes d'un accident, Arafat l'a su dès le premier instant. Les données véridiques sur le nombre des victimes ne lui sont cachées par personne, il les trouve tous les matins sur son bureau.

Pourquoi ces déclarations sont-elles si éloignées de la réalité? La réponse, il faut la chercher dans les rapports complexes qu'entretiennent les dirigeants de l'Autorité palestinienne avec leur public.Au lendemain de leur rencontre avec le chef du Shabak, Avi Dichter, les hommes de ce dernier ont mis un plan à exécution en éliminant Iyad Hardan, un des chefs du Djihad islamique en Cisjordanie. Dans le testament de Hardan, comme il a commencé à circuler, il avait expressément interdit de laisser les dirigeants de l'Autorité palestinienne ou les gens de la Sécurité préventive assister à ses obsèques.
Même sans cet attentat, les dirigeants de l'Autorité sont blâmés sans discontinuer pour leurs contacts avec les Israéliens, et pour certains milieux palestiniens, ce sont des traîtres. Le plus lourd problème est celui de Mohammed Dahlan : pour le côté israélien aussi, il passe pour être un des chefs du soulèvement. Les tirs d'Erez lui ont fourni, en même temps qu'aux autres chefs qui étaient avec lui, une occasion de se blanchir auprès de leur public et de passer momentanément pour des victimes. Ce n'est pas un hasard si Dahlan a parlé d'un "attentat planifié". Il s'agissait pour lui de se refaire une virginité et d'être placé sur le même plan que Hardan.

Il en était de même à Ankara : la réaction d'Arafat constituait une manoeuvre dans l'oeil de la crise. Il se souvenait de ce que nous avions tous eu le temps d'oublier : la veille avait été tué à Gaza, par les tirs des hélicoptères, Massoud Ayad, un des chefs de la Force 17. Le matin même, un policier palestinien avait été tué par des tirs. Les victimes du chauffeur d'autobus de Holon occupaient beaucoup moins l'opinion palestinienne, ce matin-là, que l'attentat de Gaza. Arafat était tenu de donner des réponses à son peuple. A cet instant précis, blâmer le chauffeur d'autobus aurait passé pour un signe de collaboration (avec Israël).

Même chose au Caire : lors du sommet arabe d'urgence, Arafat cherchait à extorquer une aide arabe de plusieurs milliards de dollars. Vivant parmi les siens, Arafat savait qu'il ne pourrait pas obtenir celle-ci immédiatement, tant que la pression de l'opinion publique ne pèserait pas sur les dirigeants arabes. Noircir le tableau devait servir à graisser les rouages de la machine. Le roi Abdallah et le Président Hosni Moubarak n'oublieront jamais la vague des manifestations de rues au Caire et à Amman en octobre.