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Réponse à Pascal Boniface
par Pierre-François Veil
|11.08.01
 
PASCAL BONIFACE, puisque c'est de vous qu'il s'agit, je ne suis ni votre ami ni israélien, mais pourtant je me crois obligé de vous répondre tant je me sens le véritable destinataire de votre lettre à l'adresse trompeuse ("Lettre à un ami israélien", Le Monde du 4 août).

En la forme d'abord, comment un spécialiste de la vie internationale, directeur de l'IRIS, peut-il ignorer que pour s'adresser à un Israélien il vaut mieux choisir Maariv ou Yediot Aharonot, voire The Jerusalem Post, si vous préférez la langue de Shakespeare à celle de Moïse, plutôt qu'un quotidien français, fût-il le plus lu hors de France ? Sur le fond ensuite, pourquoi prétendre s'adresser à "un ami israélien" pour nous mettre en garde, moi et mes coreligionnaires, en nous précisant que, "à soutenir aveuglément une politique considérée par de plus en plus de personnes comme injuste, pour ne pas dire odieuse, la communauté juive française risque de s'isoler".

Sachez que je me sens suffisamment imprégné de notre pays, de sa culture et de ses valeurs pour considérer qu'aucune opinion ne risque jamais de m'isoler.

Il n'est pas suffisant de s'obliger au parcours imposé du paragraphe consacré à la Shoah pour s'autoriser ensuite les dérapages les plus insupportables sur la menace de mise au ban de la collectivité nationale pour délit collectif d'opinion.

De quel droit me menacer au simple prétexte d'une opinion, vous soit-elle odieuse, et dont vous ne savez du reste pas si elle est mienne, au seul motif de mon appartenance à "la communauté juive française" ?

De grâce, si vous souhaitez écrire "à un ami israélien", ne me confondez pas avec lui, ne me prenez pas en otage, ni moi ni tous les autres juifs de France, qui revendiquons le droit de penser librement, même en désaccord avec vous, sans être menacé d'excommunication nationale.


Pierre-françois Veil est avocat à la cour de Paris.