Mar 12 nov 2002 10:34

Pour vaincre l’islamisme, gagnons la paix au Proche-Orient
Par Aziz Sahiri (*)

Source : Magazine Marianne

Les régimes arabes sont menacés collectivement par l’islamisme qu’ils entretiennent et suscitent en même temps que par la colère des peuples du monde arabe.

Peuples sans avenir et sans droits avec de tels dirigeants ! Ces régimes sont menacés par le cyclone de la misère, de l’analphabétisme, de l’injustice sociale, par le mépris et l’arrogance des parvenus, des élites soumises et souvent corrompues. Les " Crésus " arabes qui utilisent le jihad pour contrôler la rue savent bien que le jihad des rues veut les balayer. Alors ils rusent, ils manipulent, ils jouent sur les mythes fondateurs : l’illusion de l’unité du monde arabe. Ils disent vénérer et protéger l’islam, mais en réalité, ils l’ont instrumentalisé et le privatisent dans une OPA permanente. Jouer avec les obscurantistes de l’islam, c’est à l’évidence paralyser toute évolution du monde arabe vers le progrès. Ce sont les peuples arabes qui, eux, souffrent et meurent. Ces dirigeants agissent en dictateurs paranoïaques, psychopathes et pervers. L’histoire des peuples du monde arabe réprimés, assassinés et soumis à l’oppression pourrait être traduite en une comptabilité macabre.

La Palestine, qu’ils ont à la bouche dans chaque discours, ne les a jamais touchés au cœur. Nos frères palestiniens sont en fait utilisés, sacrifiés pour construire une pseudo-unité du monde arabe, hypocrite et criminelle fiction. Se répandre en déclarations exaltées, lancer des appels à la guerre sainte contre Israël ne coûte rien. Le prix fort, ce sont les Palestiniens qui le payent chaque jour de leur vie.

En France, aujourd’hui, ceux qui ne regardent que d’un seul côté la réalité terrible de ce drame hurlent : " Juifs assassins ". Rien n’est excusable, rien n’est acceptable. Le racisme et l’antisémitisme ne sont pas uniquement une maladie des Européens blancs et chrétiens. Nous avons aussi cette maladie, nous, les Arabes.

Bien sûr, Israël, par ses politiques et ses stratégies, renforce et amplifie la maladie du monde arabe. Mais n’oublions pas que le conflit n’est plus, depuis longtemps déjà, entre les Arabes et les Juifs, mais entre les Israéliens et les Palestiniens. Pour sortir de l’imbroglio et amorcer une détente progressive, il est temps que les Arabes non palestiniens et les juifs non israéliens cessent de se considérer comme des acteurs d’un conflit qui vire à la folie collective. Osons la paix, que les juifs et les Arabes de France fassent alliance pour sortir de la schizophrénie.

Il s’agit de vaincre l’ignorance et le désir d’élimination réciproque pour se reconnaître dans le compromis et la sagesse. Et sachons que là-bas, Israéliens et Palestiniens sont les branches d’un même arbre planté sur une seule terre. Les Arabes doivent gagner la seule batille qui vaille : celle de la paix.

Quant au sionisme, il a atteint ses limites. Israël a aujourd’hui plus à gagner financièrement et économiquement que territorialement. Seule la banalisation de la paix dans cette région fera taire l’antisémitisme et l’anti-arabisme. Seule la fin de la tragédie palestinienne et le courage de sortir du monde des illusions feront se dégonfler l’islamisme.



(*) Aziz Sahiri est éducateur et conseiller technique en prévention de la délinquance à Grenoble. C’est aussi l’un des animateurs du mouvement Islam et Liberté. Il était interviewé par le magazine " Marianne " n° 288.


Fermer la fenêtre