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DES TERRITOIRES EN ECHANGE DE QUOI ?
Yuli Tamir, ancien ministre du gouvernement de M. Barak
Yediot Aharonot, 6 avril 2001.
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L'ère de "l'après-paix" est arrivée, sans qu'un accord de paix ait été signé dans un élan d'espoir et de hautes aspirations. L'ère de "l'après-paix" survient à un moment de désespoir. Le sentiment dominant est que nous sommes dans une impasse : il n'y a plus de chemin qui mène maintenant à la paix, et la voie qui mènerait à une victoire à l'issue d'une lutte armée n'existe pas non plus.
L'Etat d'Israël n'a pas d'avenir s'il continue d'imposer son pouvoir dans les territoires. Il en résulterait un Etat qui, pour être binational, n'en serait pas forcément démocratique. Ce ne sont ni les nouveaux historiens ni les députés arabes à la Knesset qui dessinent les contours de cette réalité post-sioniste, mais les habitants du quartier juif d'Hébron et tous les autres colons de Cisjordanie.
Même le camp de la paix n'est pas dépourvu d'une certaine responsabilité. Durant trop d'années, il a considéré les territoires comme une carte à jouer qui servirait d'atout dans d'éventuels marchandages. On va construire un peu, pouvait-on entendre dire, histoire de s'installer et de prouver aux Palestiniens que le temps joue contre eux. Ils finiront par comprendre, croyait-on, et par nous accepter bon gré mal gré. Le temps a passé, les gens ont construit des maisons, ont planté des arbres, ont fait des enfants. Ce qui devait rester provisoire est devenu définitif. Et le mouvement des aiguilles de l'horloge s'est inversé. Le temps s'est mis à jouer contre nous. Les Palestiniens commencent à s'apercevoir que, dans quelques années, nous serons bloqués dans une situation irréversible et qu'ils pourront alors réaliser leurs aspirations et créer un Etat à l'ouest du Jourdain où les Juifs seraient minoritaires.
Si nous choisissons de nous défaire des territoires, il faudra retracer les frontières de l'Etat d'Israël, nous préparer à l'évacuation des implantations, créer une ligne de séparation garantissant la sécurité. Si cela ne suffit pas à susciter une reprise du processus de paix, l'Etat qui naîtra de l'autre côté de la frontière sera un pays ennemi contre lequel nous devrons nous défendre. Bien sûr, si le processus de paix se remet en marche, il faudra oeuvrer de toutes nos forces à la paix. Mais dans tous les cas, nous devons nous garder de chercher à retarder le processus de séparation. Il est en effet une seule chose impossible à réaliser : arrêter le cours du temps. Chaque jour qui s'écoule sans que rien ne se passe apparemment nous pousse plus avant sur une voie où d'autres décideront pour nous.