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Quelle jubilation à vouloir nazifier Israël ?
Jacques Tarnero

Passer de la «bonne bouffe» au rôle de protecteur d'Arafat pourrait donner de José Bové l'apparence d'un zigzag intellectuel et politique. Il n'en est rien. Il confirme la cohérence idéologique et la survivance de la pensée stalinienne même si celle-ci se parfume désormais au fromage de chèvre. C'est bien José Bové qui vient de commenter les actes antijuifs en France par un «voyez à qui le crime profite», le complot sioniste n'est pas loin. On pouvait penser que la chute du mur de Berlin avait ouvert les yeux de ceux qui nourrissaient des illusions sur l'avenir radieux du communisme comme on avait pu penser que le rapport Khrouchtchev avait ouvert les yeux de ceux qui voyaient dans Staline le «petit père des peuples». On pouvait penser que les massacres contre des civils en Algérie ou que les attentats contre le World Trade Center avaient ouvert les yeux de ceux qui nourrissaient des illusions sur l'islamisme. On aurait pu penser que la succession d'attentats barbares commis en Israël par les groupes terroristes palestiniens aurait engendré un réflexe d'effroi et de répulsion. On aurait pu penser qu'ils auraient ouvert les yeux sur les intentions réelles de ceux qui mitraillent une bar-mitsva. On aurait pu penser, qu'en France, les jeunes issus de l'immigration maghrébine auraient été contaminés par le virus de la démocratie et de la tolérance plutôt que par celui du fanatisme. On aurait pu penser que ces jeunes-là auraient pu trouver dans la République un cadre pour leur propre émancipation. C'est le contraire qui s'est passé.

Le temps est loin de la marche des beurs pour l'égalité. L'identification à l'Intifada s'est substituée à toutes les sirènes républicaines, à la mesure des lenteurs républicaines à faire de l'intégration la priorité des priorités socio-éducatives. L'antisionisme s'est installé comme idéologie de substitution à l'idéal révolutionnaire. La Palestine a remplacé le prolétariat dans un imaginaire politique en manque de passion. L'antisionisme et l'antiaméricanisme constituent bien aujourd'hui les deux matrices du nouveau progressisme des imbéciles.

Depuis plus d'un an, Israël, quoi qu'il fasse, est cloué au pilori des nations. Il y a une sorte de jubilation médiatique à vouloir nazifier Israël, à le rendre coupable par nature sans que quiconque veuille bien prendre en compte la mesure de ce que signifient des bombes humaines. Les télévisions montrent à l'envi les chars d'Israël, les soldats, les brutalités. Prend-on seulement conscience que là la télévision peut travailler. A-t-on vu des images d'Afghanistan ? D'Algérie ? Les consciences se mobilisent à l'annonce de soldats devant la basilique de Bethléem. N'y a-t-il pas des Palestiniens armés à l'intérieur ? A-t-on déjà oublié l'épisode de Mgr Capucci ? Mais, au-delà de l'anecdote, que veut-on faire resurgir ? Que les juifs profanent les Lieux saints chrétiens ? Qui a décapité les moines de Tibérine ? Les sionistes ? Quand le Hamas et Ben Laden dénoncent la nouvelle croisade antimusulmane, s'agit-il d'un complot du Mossad ? Est-on capable de prendre la mesure de l'exaspération des Israéliens ? Est-on capable de prendre la mesure de ce que signifie, dans un pays de 6 millions d'habitants, un attentat hebdomadaire faisant 20, 30 morts ? Cela représenterait 200, 300 morts en France. Est-on capable de transposer l'émotion suscitée par la tuerie de Nanterre pour saisir ce qui constitue désormais la vie quotidienne des Israéliens ? Comment ne pas voir, par ailleurs, la filiation idéologique qu'il y a entre le Hamas et Ben Laden, entre le World Trade Center et les attentats de Jérusalem ou de Netanya ? Tout ceci, personne ne veut le voir, tant le seul nom de Sharon fait frémir les âmes .