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“ En échange d’une vraie paix, je suis prêt à renoncer à une partie d’Eretz Israël ”
Interview d’Ariel Sharon. Propos recueillis par Dan Shilon (supplément du week-end, Maariv) - traduit par le service de presse de l'Ambassade de France en Israël
1 février 2002

* Votre slogan de campagne était “ Sharon amènera la Paix ”. Après un an de pouvoir, nous n’avons jamais été aussi loin de la paix.
Je ne pense pas que les perspectives de paix s’éloignent de nous. Aujourd’hui, tout le monde comprend que notre ennemi est coriace et que notre bataille est difficile tant sur le plan sécuritaire que politique. Mais vous savez, la nuit est toujours très obscure avant l’aube.

Est-ce que notre génération verra cette aube se lever ?
Il faut y croire. Si nous y croyons ce jour là arrivera. Je suis convaincu que nous pouvons parvenir à la sécurité et à la paix si nous persévérons et si nous ne paniquons pas.

Le président égyptien ne souhaite pas vous rencontrer. Il préfère inviter le ministre de la défense. Pourquoi ?
J’ai beaucoup de respect pour l’Egypte qui est le plus grand pays arabe et pour le président Moubarak également, même s’il utilise quelquefois un langage peu approprié.

Il s’est dit vexé par votre comportement.
J’ai dépêché mon conseiller Dani Ayalon au Caire pour remettre à Moubarak une lettre dans laquelle je mentionne que les différends doivent se régler dans le calme et non publiquement. Je l’ai également convié à se rendre à Jérusalem, et j’espère que contrairement aux autres fois, il acceptera mon invitation.

Apparemment, il n’a pas répondu à votre invitation puisqu’il a aussitôt invité Ben Eliezer à Charm El Cheikh. Ce dernier a d’ailleurs déclaré publiquement qu’il représentait la ligne de Rabin et de Barak et qu’il s’identifiait à Camp David et à Taba.
C’est le prix à payer pour avoir un gouvernement d’union nationale, mais en fin de compte, en Israël les décisions se prennent à la majorité, et cela, les Américains, les Palestiniens et les Egyptiens le savent bien.

Vous insinuez que la rencontre Moubarak-Ben-Eliezer était une simple ballade dans le désert, inefficace ?
Je ne dirais pas les choses de cette manière. Nous avons l’intention d’élargir la collaboration avec l’Egypte, notamment d’un point de vue stratégique.

Je voudrais revenir sur les promesses que vous aviez faites à la veille des élections. Vous aviez promis la sécurité aux citoyens israéliens. Vous aviez également promis d’éradiquer le terrorisme. Notre situation n’a jamais été aussi mauvaise qu’aujourd’hui.
La bataille est difficile et complexe. Je reconnais avoir promis la sécurité aux citoyens, mais pas en un claquement de doigt, pas en un jour, mais au terme d’un effort long et difficile.

A la veille des élections, pensiez-vous qu’Arafat était un terroriste ?
Cela fait longtemps que je pense qu’Arafat est un terroriste, et je n’ai jamais changé d’avis à ce sujet.

Si tel est le cas, pourquoi avez-vous, durant votre campagne, promis aux Israéliens que vous rencontreriez le terroriste Arafat pour parvenir avec lui à un accord de paix ?
Je n’ai jamais dit au peuple israélien que je rencontrerai Arafat, mais si je savais que j’avais en face de moi un homme de confiance souhaitant parvenir à un accord de paix, il est très probable que je l’aurais rencontré. Aujourd’hui je sais, et le monde entier sait, qu’il s’agit d’un homme qui a mis sur pied une coalition terroriste.

Il est pourtant le représentant élu du peuple palestinien et même les Etats-Unis le reconnaissent en tant que tel. Comment réagiriez-vous si Arafat venait à respecter ses engagements et à lutter contre le terrorisme ? Serait-il à nouveau un partenaire pour la paix ?
Pour qu’Arafat soit un véritable partenaire, il faut qu’il arrête les terroristes, démantèle les organisations terroristes, qu’il confisque l’armement illégal pour les confier aux Etats-Unis et qu’il déjoue sérieusement les tentatives d’attentats. Pour l’instant, Arafat n’a pris aucune de ces mesures.

Vous lui demandez presque d’adhérer au Comité d’action sioniste.
Non car j’attends beaucoup plus des membres du Comité d’action sioniste. La cinquième chose que je demande à Arafat, c’est de stopper la propagande anti-israélienne.

S’il s’engage à respecter toutes ces requêtes, il devient partenaire ?
Oui, s’il prend toutes ces mesures, il devient partenaire.

Pensez-vous qu’il le fera ?
J’ai du mal à le croire, mais j’espère que d’autres le feront à sa place.

Pourquoi n’avez vous pas liquidé Arafat au Liban ?
Nous nous étions engagés à ne pas le faire et nous avons respecté nos engagements.

Vous le regrettez ?
Il ne fait aucun doute qu’il nous a causé beaucoup de tort et beaucoup de pertes.

Regrettez-vous de ne pas l’avoir liquidé ?
Oui absolument. Mais je le répète, nous avions pris des engagements.

Qu’en serait-il aujourd’hui si vous l’aviez liquidé ?
Notre situation serait bien meilleure.

Vous ne croyez rien de ce que dit Arafat et vous l’avez même qualifié de “ hors-jeu ”.
Pourquoi ne le renversez-vous donc pas ainsi que l’Autorité palestinienne ?
Aujourd’hui nous n’avons pas l’intention de toucher Arafat personnellement.

Pourquoi donc ?
Cela causerait du tort à Israël. Je n’ai pas l’intention de toucher à Arafat ni de saper les infrastructures de l’Autorité palestinienne. Je n’ai qu’une mission, veiller aux infrastructures israéliennes.

Si vous étiez le chef de l’opposition ou un simple membre du Likoud, comme Bibi, il est peu probable que vous eussiez tenu de tels propos. Vous auriez certainement appelé à renverser le régime palestinien.
Je ne sais trop ce qu’entend Bibi, mais ce que je sais, c’est que l’expulsion d’Arafat causerait plus de tort à Israël que son encerclement à Ramallah. Nous avons réussi, avec beaucoup de patience, à présenter Arafat au monde sous son vrai visage.

Les missiles que possède Arafat menacent-ils les agglomérations israéliennes ?
Nous avons fait comprendre à l’Autorité palestinienne que l’utilisation de missiles changerait catégoriquement nos rapports.

Si des missiles sont tirés, renverserez-vous l’Autorité palestinienne ?
Je ne sais pas, mais la situation sera complètement différente.

Prendrez-vous pour cible des zones palestiniennes peuplées ?
Nous faisons notre possible pour ne pas toucher la population civile, et nous disposons d’autres cibles, en quantité suffisante. Nous travaillons conformément à un plan.

Est-il possible que les Palestiniens se munissent d’armes de destruction massive ?
Le terrorisme palestinien s’inscrit dans le cadre d’un terrorisme régional et international. Je pense en effet que les organisations terroristes tenteront d’obtenir ce type d’armements. Je ne crois pas que l’Autorité palestinienne soit capable, à ce jour, d’actionner ces armements, mais nous les avons mis fermement en garde à ce sujet, par l’intermédiaire du Général Zinni. Cette mise en garde vaut encore aujourd’hui.

La menace nucléaire en provenance d’Iran nous concerne-t-elle de près ?
De notre point de vue, l’Iran constitue la principale menace. Ce pays engage de sérieuses démarches pour se munir d’armes de destruction massive. L’un des problèmes auxquels il doit faire face est le vecteur de lancement. Téhéran possède un missile, le “ Shihab 3 ”, qui représente une menace pour nous, en tant que fusée de lancement.

Avons-nous une parade ?
Nous avons une réponse concrète, mais l’essentiel demeure la nécessité d’une action américaine. Le président Bush a fait cette semaine des déclarations très claires à ce sujet. Une activité européenne est également requise pour exercer un ensemble de pressions économiques et politiques sur l’Iran. Téhéran appelle ouvertement à la destruction de l’Etat d’Israël et du peuple juif, et constitue également une menace pour un grand nombre d’autres pays.

Pensez-vous qu’il existe une réponse militaire au terrorisme ?
Absolument. Cela ne veut toutefois pas dire qu’aucun attentat terroriste ne sera perpétré, ici ou là. Tout cela demande beaucoup de patience.

Et pourtant, en dépit de tous les efforts militaires déployés, la courbe du terrorisme est en constante hausse.
Nous faisons tout notre possible.

Vous aviez promis de faire cesser les tirs sur Gilo.
Il est vrai que plusieurs salves ont été tirées cette semaine sur Gilo.

Il ne passe quasiment pas de semaines sans qu’il y ait des tirs sur Gilo.
Cela n’a rien à voir avec ce qui se passait auparavant.

Et si les tirs se poursuivent, l’armée réoccupera-t-elle Beit Jalla ?
Absolument, si cela est le cas.




Peut-être n’arrivons nous pas à éradiquer le terrorisme car notre armée n’est pas aussi habile et rusée comme autrefois ?
Nous avons une armée exceptionnelle qui exécute des opérations spéciales au plus haut niveau et qui parvient à des résultats extraordinaires.

Et le chef d’état-major ?
Il est excellent

Mais pas assez rusé ?
Il est excellent.

Le fait que l’armée se politise tant ne vous inquiète-t-il pas ?
L’armée n’a pas à être politique.

Que faites-vous pour lutter contre cette politisation ?
Je parle énormément avec les officiers.

Vous aussi pensez que la course à l’Etat-major est une course politique de bas état ?
Vous, les médias, n’êtes pas sans avoir une part de responsabilité là-dedans.

Quelqu’un obligerait les officiers à paraître dans les médias et à annoncer leur candidature aux fonctions de chef d’Etat-major ?
Ce qui est sûr, c’est qu’à notre époque cela n’existait pas.

Pourquoi ne pas mettre un terme à ces pratiques ?
Je m’y emploie et je m’exprime beaucoup à ce sujet avec l’armée.

Avez-vous pensé proroger d’un an le mandat de Shaoul Mofaz ? Il a d’ores et déjà annoncé qu’il donnerait son accord.
Je n’y ai pas songé.

Le malaise des réservistes vous préoccupe-t-il ?
C’est un phénomène très grave. Israël est un Etat démocratique, et dans un Etat démocratique, l’armée doit exécuter les ordres de l’échelon politique.

Qu’avez-vous à répondre à Ygal Shohat (qui appelle à la désobéissance et demande aux soldats de refuser de servir dans les territoires) ?
Je sais qu’il n’exprime pas l’opinion d’un grand nombre d’autres personnes. Ce phénomène est grave et représente un danger pour la démocratie israélienne. Je ressens une grande estime pour les réservistes.

L’armée de réserves n’est-elle pas en train de s’effondrer ?
Rien ne s’effondre.

Et le moral de la nation ne s’effondre-t-il pas ?
Nous parvenons en Israël à des résultats exceptionnels même s’il est vrai que nous avons beaucoup de problèmes. Nous sommes en guerre, notre économie souffre de la récession mais nous avons un potentiel incroyable et on ne peut pas parler d’effondrement.

Vous ne distinguez sérieusement pas l’effondrement moral des Israéliens ?
Il y a certainement des problèmes mais la force de ce peuple est plus grande que toutes les tentatives faites pour démontrer que tout s’effondre.

Pourtant les centres commerciaux sont vides. Les spectacles sont annulés car le public a peur de se rendre dans des lieux publics.
Nous sommes en guerre et les problèmes sont nombreux. Il faut faire preuve de patience et de détermination. Il faut avoir la foi. Je crois qu’il y aura la paix ; je suis persuadé qu’il y aura la paix.

Pourquoi vous êtes-vous opposé à la visite du président Katzav et à celle de Burg à Ramallah ?
Nous déployons de nombreux efforts pour présenter l’Autorité palestinienne et Arafat sous leur vrai jour. Tout ce qui procure de la légitimité à Arafat affaiblit la lutte contre le terrorisme.

Votre ministre des AE Shimon Pérès leur procure de la légitimité au quotidien. Il rencontre Abou Ala avec qui il rédige une initiative de paix. Le fait-il avec votre accord ?
Pérès ne peut parler que de mesures sécuritaires pour parvenir à un cessez-le-feu.

Ce n’est pourtant pas ce qui se passe .
J’entretiens d ‘excellents rapports avec Shimon Pérès.

Et vous apportez votre soutien à ses approches diplomatiques ?
Je prends conseil après de lui ; je m’entretiens avec lui.

Puis vous ne faites que ce que vous entendez.
Pour ce qui est des questions de sécurité, il approuve les mesures prises ; il ne s’y oppose pas.

Shimon Pérès a des conversations diplomatiques avec les Palestiniens.
Il est possible qu’il s’entretienne “ d’un horizon diplomatique ”.

Cela va bien plus loin. Il est quasiment parvenu à s’entendre sur un document diplomatique conjoint avec Abou Allah.
J’ai vu cela. Le document Pérès-Abou Alla n’a pas eu mon accord. Disons les choses clairement : ce document, tel que Pérès le présente, n’a pas mon accord.

Etes-vous capable de rédiger un document conjoint avec Shimon Pérès ?
Je le pense.

Un véritable fossé vous sépare.
Nous aspirons tous deux à la paix.

Je vous prie d’être plus précis.
Si nous arrivons à ce stade, il se peut que nos routes se séparent.

Vous avez promis de préparer un document conjoint. Que s’est-il passé ?
Nous pouvons nous entendre sur la première étape, celle du cessez-le-feu, qui mène à un état de non-belligérance.

Vous êtes capable de vous entendre avec Pérès sur un accord intérimaire ?
Je ne désignerai pas cela par les termes “ d’accord intérimaire ”, mais d’état de non-belligérance.

Un accord dans le cadre duquel vous accepteriez de reconnaître un Etat palestinien indépendant ?
Il s’agit d’un long processus, mais à la fin du compte, il y aura un Etat palestinien. Ce sera un état démilitarisé, avec des forces policières pour maintenir l’ordre. Ils devront se défaire de toutes les armes qu’ils possèdent, mais un Etat palestinien existera au bout du compte. Je suis prêt à faire des concessions douloureuses. Je suis prêt à renoncer à certaines parties d’Eretz Israël, et c’est une concession douloureuse.

Ariel Sharon est prêt à renoncer à une partie d’Eretz Israël ?
Pour une paix véritable, je suis prêt à faire des concessions et à renoncer à des morceaux d’Eretz Israël.

Ai-je bien entendu ?
En échange d’une paix véritable qui assure la sécurité, oui, certes oui. Avec toutes les difficultés que cela implique.
(…)

Vous avez fait de nombreux compromis politiques et populistes dans le cadre du budget.
J
’ai annoncé de la manière la plus claire qui soit, que je suis pour le gel de toutes les lois privées, car ces lois nous détruisent.

Pourquoi n’avez-vous pas fait savoir plus clairement votre position ?
J’ai pris position, et le parti travailliste m’a approuvé, avant de changer d’avis.
(…)
Peut-être n’y a-t-il tout simplement pas de dirigeants économiques pour le pays, et le ministre des finances a échoué ?
Cette situation grave découle de la méthode électorale, que j’ai modifiée dès mon arrivée au pouvoir. C’est le résultat de l’affaiblissement des grands partis.

Binyamin Netanyahou avait raison quand il a dit qu’on ne peut diriger un gouvernement, et qu’il faut dissoudre la Knesset.
Je ne sais pas quelles sont les motivations de Netayahu. J’aurais été heureux s’il avait fait davantage pour Israël.

Il fait énormément en matière de communication pro-israélienne dans le monde. Il vous inquiète ?
Non, pas du tout. Netanyahou ne me préoccupe pas. Un point c’est tout.

Etes-vous flatté par les sondages positifs ?
Les sondages valent le jour où ils ont été effectués. Ils sont représentatifs d’une tendance au moment où ils sont faits, ce qui est évidemment encourageant, mais nous avons encore une longue route à parcourir.

Jusqu’à quand gouvernerez-vous ?
Tant que je sentirai qu’Israël doit faire face à de graves dangers. Sinon, j’aurais fait d’autres choses avec plaisir. J’ai encore plein de projets.

Vous présenterez-vous à de nouvelles élections ?
Oui, certainement.


“Nous sommes en guerre ”
Nahoum Barnéa, Shimon Shiffer- interview avec le Premier ministre (Yediot Aharonot, supplément hebdomadaire) - traduit par le service de presse de l'Ambassade de France en Israël.

Un an après son élection, Sharon n’oublie absolument rien



° Je sais que c’est dur ”, dit Sharon. “ Alors que faire, capituler ? Qu’est-ce que vous me proposez de faire ? De rendre les armes ? Israël doit-il vivre par les bonnes grâces d’un Etat arabe ? Sous le protectorat d’un Etat arabe ? Regardez ce qui est arrivé à Barak, qui avait cédé sur toute la ligne ”.
(…) Un an après sa victoire électorale, Sharon bénéficie selon les sondages du soutien de la majorité de l’opinion. Dans le monde démocratique, les dirigeants souffrent en général d’une chute de leur popularité au bout de leur première année. Pour Sharon, ce n’est pas arrivé…
(Sharon parle de sa manière de voir les Juifs…)

- Il semble qu’en Europe, on a recommencé à parler de vous comme on le faisait au temps de la Guerre du Liban, vous y êtes présenté comme l’homme le plus haï immédiatement après Ben-Laden.
- “ Ils veulent peut-être que nous ayons ici des dirigeants soumis, des dirigeants qui renoncent. C’est ce qui s’est passé en effet avec quelques-uns de nos derniers gouvernements. Avec moi, c’est différent. Chez moi, ça ne se passera pas ainsi. “ En outre, il y a une vague montante d’antisémitisme. La haine à mon égard est l’un des sous-produits. Mais j’ai du mal à faire des reproches aux Européens, quand une de nos députées [allusion à Naomi Hazan, du Meretz] fait des apparitions à l’étranger où elle répand des calomnies à mon sujet ”.

- Ceux qui vous critiquent disent que la chose qui fous effraie le plus c’est une semaine de calme. C’est pourquoi en plein cœur d’une période relativement calme, vous avez donné l’ordre de liquider Raed Karmi.
- “ Voilà une affirmation malveillante sans aucun fondement. Les chefs de tous les services de renseignement ont recommandé de frapper Karmi ; ils savaient qu’il faisait des préparatifs pour des attentats très durs. ”

- Mais vous ne placez à l’horizon aucune perspective politique.
-
“ Une séquence politique ne donnera aucun résultat si le terrorisme se poursuit. Le terrorisme représente une grande menace pour le Monde… Comme l’a dit le juge à la Cour Suprême Eliyahou Matsa, nous ne pourrons pas regarder les gens droit dans les yeux si nous n’éliminons pas les terroristes qui préparent des attentats. A mon grand regret, la Défense ne réussit pas à expliquer ce qu’elle fait.
“ Nous nous efforçons maintenant d’arrêter les terroristes, au lieu de les abattre. A part cela, Arafat pourrait facilement empêcher les éliminations. L’Autorité palestinienne a reçu de nous toutes les listes de noms. Il aurait pu faire arreêter les gens ”.

- La question que les gens posent est où va-t-on avec tout cela. Quelle est votre vision des choses ?
-
“ Je veux parvenir à un règlement politique qui sera suivi de la paix. Mais pour arriver à un règlement, il faut d’abord que cesse le terrorisme. Il n’y a pas de paix avec le terrorisme. Bien que la chose soit difficile, je suis optimiste .
“ … La situation s’éclaircira. Pour les Palestiniens, aussi, il est clair que dans le monde, on sait qui est Arafat. Nous aussi, nous approchons du moment où les choses seront claires pour nous. La route est longue, il faut beaucoup de patience… Si nous avons la foi, nous arriverons à la sécurité et à la paix ”.

-Dans un an, quand nous passerons en revue votre deuxième année, vous nous parlerez encore une fois d’Arafat, et vous direz qu’il faut le calme, de la patience, et que bientôt tout s’arrangera ?
- “ D’ici là, les choses seront plus nettes. Au fur et à mesure qu’Arafat se sentira toujours plus isolé, il prendra les mesures que l’on attend de lui. Contrairement à ce que l’on dit à mon sujet, je ne veux pas détruire l’infrastructure palestinienne. Mon souci principal est de conserver l’infrastructure israélienne ”.

- Sharon parle de l’ “ axe du Mal ” mondial, qui comprend selon le Président Bush l’Iran, l’Irak, la Corée du Nord. Sharon y ajoute Yasser Arafat.
- “ Bush a fait la preuve d’un louable sens de chef en lançant la campagne contre le terrorisme mondial, du fait qu’il ne considère pas le terrorisme comme un épisode bref et passager, mais comme la plus grande menace pour la paix du monde. Nous devons tous remercier Bush pour sa détermination ”.

- (…) Essayons une hypothèse à votre sujet : on peut supposer que vous considérez la mise à l’écart d’Arafat comme un objectif essentiel, mais que vous voulez y parvenir quand l’Amérique et la majorité de l’opinion israélienne se seront rangées derrière vous…
- “ Je ne considère pas la mise à l’écart d’Arafat comme un objectif essentiel. Arafat doit être isolé. Etre sous pression. Il n’a jamais agi que lorsqu’il était sous pression ”.
“ Nous nous sommes engagés à ne pas frapper Arafat physiquement. Je n’ai pas pour objectif de le chasser d’ici. Mais j’ai l’intention de dire la semaine prochaine au Président Bush que je lui propose d’ignorer Arafat. De le boycotter. De ne pas avoir avec lui le moindre contact, de ne pas lui envoyer de délégations ”.

- A propos des allusions du ministre Béni Elon au “ transfert de millions de Palestiniens des territoires vers la Jordanie ” : “ Le monde d’aujourd’hui n’est pas ce qu’il était il a 30 ou 50 ans. Nous aussi avons changé. Je ne considère pas cette idée comme concrètement réalisable ”.

- Shimon Pérès est aux Etats-Unis. Il devrait présenter aujourd’hui là-bas les points d’accord qu’il a élaborés avec Abou Ala, au cœur desquels figurent la création d’un Etat palestinien et une évacuation accélérée des implantations. Cela se fait-il avec votre consentement ?
- [regard étonné de Sharon] “ Powell, comme Bush, comme Poutine, comme Schröder, comme Chirac, comme Berlusconi, comme Ecevit, tous connaissent clairement la position d’Israël. Il est impossible de présenter quoi que ce soit sans mon assentiment.
“ Il se peut que Pérès veuille leur dessiner un horizon politique après que le calme sera rétabli et qu’il n’y aura pas de terrorisme. Il se pourrait que Pérès soit allé trop loin. Personnellement, je ne m’oppose pas à ses rencontres avec Abou Ala. Je ne rejette pas les rencontres avec des dirigeants palestiniens. Ni des rencontres que j’aurai personnellement. Mais pas de rencontres avec Arafat ”.

Sharon et Netanyahou
- Sharon consacre de nombreuses heures à la politique politicienne, y compris la lutte pour garder la faveur des membres du Likoud, face à Netanyahou. Dans cette lutte, il se passe des choses étranges : par exemple, Netanyahou était en son temps un farouche partisan de l’élection du Premier ministre au suffrage direct, Sharon était contre. Ces jours-ci, il paraît que Netanyahou fait discrètement campagne pour la proportionnelle, tandis que Sharon voudrait en sous-main reporter le retour à la proportionnelle à 2007 (au lieu de 2003). Sharon nie absolument, et rappelle que “ l’élection directe a fait que le Likoud n’a plus que 19 sièges à la Knesset ”. Sharon dit aussi qu’il ne comprend pas Netanyahou : “ Je ne sais pas ce qu’il fait. Je ne sais pas ce qu’il veut. C’est un homme de grand talent, je n’ai rien à y ajouter ”.

- Sharon lit avec joie les sondages qui lui accordent le soutien de la majorité du grand public. Il est moins heureux quand il voit les sondages parmi les électeurs du Likoud, où Netanyahou reste largement en tête.
- “ Les sondages sont bons pour le jour où on les fait. Ils indiquent parfois une tendance. Mais si vous croyez que je vais faire quelque chose uniquement pour trouver grâce aux personnes interrogées dans les sondages, vous vous trompez. Je ne le ferai jamais ”.


- Les rapports qu’entretient Sharon avec Abdallah sont meilleurs. Jeudi, après que nous ayons quitté son domicile, Ariel Sharon s’est entretenu à deux reprises avec le Roi de Jordanie, avant que ce dernier ne décolle pour Washington pour rencontrer le président américain. “ Nos rapports sont très étroits ” conclut le Premier ministre israélien.
Nous lui avons demandé s’il pensait que la Jordanie pouvait remplacer l’Autorité palestinienne dans les pourparlers sur l’avenir des territoires. “ La Jordanie n’est plus impliquée dans la question des territoires depuis Hussein ” souligne Sharon, “ je ne souhaite donc faire aucun commentaire sur des questions hypothétiques ”.

Une fois parti le secrétaire militaire du gouvernement, le général Moshé Kaplansky, vers 2 h du matin, Ariel Sharon est allé se coucher dans sa chambre du deuxième étage. Un lit deux places, une télévision et une bibliothèque où sont soigneusement rangés les livres qu’il a reçu dernièrement de Shimon Pérès : “ L’histoire de Marrakech ”, d’Elias Canetti, et “La Méditerranée ”, de Fernand Braudel. Sharon n’a pas encore eu le temps de les ouvrir. Il a déjà bien du mal à finir de lire “ Stalingrad ”, ce livre de guerre qui dépeint dans toute sa cruauté la guerre entre l’Union soviétique et l’Allemagne. Parallèlement, il a entrepris la lecture de “ La lutte sauvage pour la paix ”, d’Alastair Horn, sur le revers de la France pendant la guerre d’Algérie.
Le Premier ministre israélien n’a pas l’air enthousiasmé. “ Je préfère lire l’aspect humain de la guerre et non le côté technique ”.
A son chevet, un dictionnaire hébreu-anglais qu’il utilise souvent lors de ses conversations avec les dirigeants de ce monde.
Ariel Sharon se lève tous les matins à 5h30. Une heure plus tard, lors de sa séance rasage, son conseiller Raanan Gissin lui fait part des principaux points de la presse israélienne. Souvent, il l’interrompt, parce qu’il a déjà deviné la suite.
A 7h00, il écoute le bulletin d’information de Kol Israël et prend un copieux petit-déjeuner.
A travers la fenêtre, on aperçoit le bâtiment du “ Terra Sancta ” investi par l’Université hébraïque après la Guerre d’Indépendance. “ C’est là-bas que j’ai étudié ” précise Sharon, “ j’avais d’ailleurs pour professeur le père de Rubi Rivlin (actuel ministre de la Communication) ”.
Tous les après-midis, le Premier ministre israélien a pour coutume de rentrer à son domicile pour sa sieste traditionnelle. “ Malheureusement je n’ai pas trop le temps de la faire ces derniers temps ”.