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Interview du Premier ministre, Ariel Sharon, à Washington
Hemi Shalev et Eli Kamir
( Maariv, supplément politique - 29 juin 2001)

Q: Monsieur le Premier ministre, êtes-vous surpris de la position américaine ?
R: Non, vraiment pas.
Q: Saviez-vous ce que Bush allait dire ?
R: Je ne savais pas exactement, mais j'étais conscient des différences d'approches concernant certains points. Entre ça et une description de la dégradation totale des relations entre les pays, il y a un monde.(...)

Q: De tels controverses pourraient-elles se transformer en crise ?
R: Je ne pense pas qu'il y ait des divergences fondamentales entre les deux pays.Vous ne pouviez malheureusement pas participer à la rencontre mais elle était passionnante. Pour la première fois, j'ai pu commencer par la fin, c'est -à-dire expliquer à l'administration quel est le but auquel nous voulons parvenir , et quelle stratégie il faut employer pour parvenir à nos fins.

Q: Vous avez parlé d'accord cadre. Est-il vrai que vous avez montré au président une carte et que vous lui avez présenté votre plan pour un accord cadre, notamment votre vision d'un état palestinien avec une continuité territoriale, excepté Jérusalem Est ?
R: A mon avis, une approche réaliste en vue d'un accord de paix, cette paix vers laquelle nous sommes tous engagés, ne peut se faire d'un bond. A cause de la longueur du conflit, à cause de Jérusalem qui ne sera jamais divisée, à cause du droit au retour auquel Arafat ne veut ou ne peut renoncer. Il faut envisager un accord moins ambitieux, mais plus réaliste.(..) La solution doit se baser sur une situation de non-bélligérance, et un accord intermédiaire bâti sur le long terme sans calendrier rigoureux.Concernant nos principales attentes vis-à-vis des Palestiniens, nous voulons qu'ils gèrent la question des attentats et du cessez-le-feu de manière pleine et entière, et nous espérons une coopération économique et l'éducation à la paix (...) et bien sûr, la fin de la propagande anti-israélienne.

Q: Et en ce qui concerne un état palestinien ?
R: Bien sûr, il faut voir le problème palestinien. C'est dur aujourd'hui d'être Palestinien. Ils n'ont pas de continuité territoriale, ils voudraient des voies de circulation libres. Dans le cadre d'un accord, je suis prêt à envisager la reconnaissance d'un état palestinien, mais je précise, uniquement si toutes les conditions sont respectées. Je vous aurais volontiers lu ce que j'ai dit précisément au président: mettre l'accent sur les besoins essentiels d'Israël , c'est-à-dire des zones de sécurité auxquelles nous ne pourrons pas renoncer, la question de Jérusalem et de sa périphérie, l'eau et l'espace aérien. Si ces conditions sont respectées, nous pourrons répondre aux attentes palestiniennes concernant la continuité territoriale, des routes sans barrages, et une indépendance gouvernementale s'apparentant à un état sous certains aspects. Les conditions pour cela sont celles que j'ai évoqué précédemment.

Q: Pensez-vous qu'Arafat soit un partenaire prêt à remplir ces conditions ?
R: Vous me demandez si j'espère quelquechose d'Arafat ? Non. Je sais qui est Arafat.

Q: Qui est Arafat ?
R: Celui que nous connaissons tous, allons donc. Vous n'arriverez pas à me faire condamner un dirigeant palestinien, mais nous savons tous qui est Arafat. Il fut un temps où l'on ne savait pas qui il est, mais aujourd'hui, tout le monde le connaît.

Q: Monsieur Sharon, qu'en est-il des points de peuplement? Le ministre de la Défense a annoncé qu'ils seraient évacués?
R: (...) Je lui ai parlé. Je crois qu'il a fait cette déclaration lors d'un meeting politique , avec peu de participants
(...)

Q : Pensez-vous qu'il y ait là des considérations politiques susceptibles de porter atteinte aux intérêts vitaux d'Israël?
R: Le poste de ministre de la Défense est très sérieux à mes yeux et je n'imagine pas un instant quelqu'un utiliser un sujet de première importance pour le transformer en sujet de politique intérieur, au sein de son parti. Je ne peux imaginer une telle situation.

Q: Si sa déclaration était effectivement concrète, qu'en est-il alors des points de peuplement?
R: Je ne sais pas ce qu'il en est. J'aurai voulu comprendre, mais je n'y arrive pas. Je sais qu'une partie des colons voulaient eux-mêmes évacuer ces points de peuplement. Certaines actions doivent se faire secrètement, car à partir du moment où elles deviennent publiques, tout change. Une telle évacuation pourrait s'interpréter à l'heure actuelle comme une récompense pour Arafat. Récompense pour quoi? Pour la poursuite des attentats. Il n'a toujours pas mis un terme aux attentats. Il n'a pas annoncé l'arrestation de terroristes, il n'a pas ordonné de mettre fin à la propagande, alors cela reviendrait à la récompenser. Une telle initiative ne ferait que le renforcer dans sa position et le pousser à continuer ses manoeuvres. Pour cette raison, et parce qu'il s'agit d'un question cruciale, c'est au cabinet de décider.

Q: Et la Syrie? Bachar el Assad a dit qu'il était prêt à vous rencontrer?
R: Israël a tout intérêt à la paix, et moi-même je souhaite rencontrer des dirigeants du monde arabe et discuter avec eux pour faire avancer la paix. Je suis prêt à entamer des négociations sans conditions préalables, où chaque côté fera savoir ses exigences.

Q: Y-a-t-il une possibilité que vous abandonniez l'option palestinienne au profit des syriens?
R: Mon but est d'arriver à la paix et la sécurité, mais cela ne signifie pas pour autant qu'il faut bondir d'un sujet à l'autre. De manière générale, je pense que nous devons encourager l'Alyah. D'ici 2020, il faut que la plupart des juifs du monde vivent en Israël.

Q: Comment expliquez-vous le soutien considérable dont vous bénéficiez au sein de l'opinion publique israélienne?
R: Je vous retourne la question. Je n'en veux à personne, même lorsque je fais l'objet d'attaques. On ne peut pas être tous les jours dans les journaux , et que les journalistes écrivent des gentillesses à chaque fois.

Q: Il fut un temps où vous apparaissiez dans tous les journaux, avec des commentaires exclusivement négatifs.
R: Avant, j'avais un officier des journaux, mon épouse Lili . Elle survolait à la hâte les journaux le matin, et me disait ce qu'elle y voyait. Il y avait des périodes difficiles, voire même des années, mais je ne me souviens plus des détails, car je ne suis pas occupé à régler des comptes. J'ai mis 70 ans à comprendre que tout n'était pas noir ou blanc. Et je le dois notamment à mon fils.

Q: Y-a-t-il un nouveau Sharon ou vient-on de découvrir le vrai Sharon seulement maintenant?
R: Ecoutez, je crois toujours aux même valeurs qu'auparavant.

Q: Mais vous-même avez reconnu ne pas être le même qu'avant?
R: Tout d'abord, la situation a changé. Bien qu'Israël soit forte sur le plan économique et militaire, les gens restent inquiets. Ensuite, vous aussi vous avez un peu changé et moi aussi.

Q: Mais nous ne parlons pas uniquement des journalistes, mais également de la gauche israélienne dans son ensemble. Avez-vous cru que la gauche vous soutiendrait un jour?
R: Vous pensez que je me suis préoccupé de ce que fait la gauche israélienne? Je crois en ce que je fais. Peut-être aurais-je dû moi aussi présenter les choses autrement, c'est-à-dire que tout n'est pas tout blanc ou tout noir, et là encore, je dois beaucoup à mon fils.

Q: Certains disent qu'Omri ( le fils de Sharon, NDT) est en fait de gauche.
R: Il est de gauche comme moi.Mais il pense qu'il faut aborder les choses différemment.

Q: Regrettez-vous d'avoir été dur envers la gauche ou les positions de gauche par le passé?
R: Que dire? Non. Je vais vous dire pourquoi: après tout ce que j'ai subi pendant des années, je ne sens pas que je dois faire mon mea culpa.

Q: Vous risquez de tomber amoureux de la gauche et de changer vos orientations politiques.
R: Aucune chance. Vous savez pourquoi? Parce que la gauche n'est plus fidèle à ses positions. La gauche aussi a ouvert les yeux , et j'imagine que c'est la raison de leur changement de ton.

Q: Pensez-vous qu'il s'agit d'un changement sur le long terme? Ne s'agirait-il pas plutôt d'une humeur passagère liée à la situation, et à la pression? Peut-être, si vous réussissiez à rétablir le calme, si vous y parvenez, l'ancienne discorde réapparaîtra.
R: Si , - je parvenais à un accord de paix qui donnerait la sécurité et la tranquillité, grâce au soutien populaire-car on ne peut ignorer cet élément, alors, j'aurai accompli ma mission. Ensuite? Vous faites allusion aux élections de 2007?

Q: Ce que nous voulons dire, c'est que le soutien actuel découle peut-être du sentiment que nous sommes assiégés?
R: Je vous dirai franchement : je suis prêt à renoncer à ce soutien. Ne vous méprenez pas sur, j'apprécie le soutien de l'opinion publique israélienne, c'est très agréable, mais cela ne m'aveugle pas pour autant. Et je sais que tout peut changer de nouveau. Mais si je peux parvenir à mes fins, et il s'avère que le soutien populaire m'a permis d'arriver à ces objectifs, et que par la suite, ce soutien se dément, j'accepterai cette situation.

Q: L'émission vous concernant, qui a été diffusé sur la BBC, pensez-vous qu'il s'agit d'une véritable enquête journalistique ou serait-ce le fruit de personnes mal intentionnées?
R: Cette émission était tendancieuse, anti-israélienne et anti-juive. Elle était destinée à affaiblir Israël. Je pense que la BBC est devenue un jouet entre les mains de plusieurs personnes. Je n'ai rien d'autre à ajouter.

Q: Le fait que vos anciens détracteurs prennent aujourd'hui votre défense vous a-t-il surpris?
R: Même ceux qui ont écrit savent qu'il n'y avait pas le moindre fond de vérité dans leurs textes. Au bout de 25 ans, on pourra ouvrir les protocoles, et on verra à ce moment là.

Q: Et là le sentiment concernant votre responsabilité va changer?
R: Je n'ai pas la moindre responsabilité.Aucun dirigeant, politicien, officier ou soldat israélien n'est responsable du massacre de Sabra et Chatila. Personne n'était impliqué. Personne n'est intervenu.

Q: Ce n'est pas ce que retient la mémoire collective
R: La mémoire collective a besoin de détails. Un jour, cette affaire va s'éclaircir, et là, tous les auteurs de livres devront soit changer les livres, soit corriger les éditions.
Q: Quand vous vous penchez sur votre court mandat en tant que Premier ministre, quelles sont vos impressions? C'était ce que vous imaginiez?
R: Quoi, la difficulté du rôle? Je l'ai toujours su. La responsabilité qu'il implique? Je l'ai toujours su également. Sans aucun doute, cette fonction est très difficile.

Q: Avez-vous du temps pour vous? Ces derniers jours, vous racontez sans cesse que l'on vous a lu les journaux, donc nous en concluons que vous ne lisez pas les journaux.
R: Tous les matins à 6: 30, Raanan ( Gissin, conseiller en communication) me lit les articles et extrait pour moi les points qu'il estime importants. Tard dans la nuit, après ma journée de travail, je reprends les articles qu'il m'a signalés et je les lis.

Q: Et la télévision? N'avez-vous pas le sentiment que votre vie personnelle a disparu? Vous avez confié par le passé que vous aimez ses promenade dans la nature, regarder les arbres.
R: Tout d'abord je ne suis plus seul. Je suis toujours avec cette sécurité autour de moi. Je n'ai pas le moindre moment pour moi. Mais je suis attentivement les émissions de télévision.

Q: Seulement les informations?
R: Pas du tout. le week-end, je regarde des émissions sur la nature, sur les animaux. J'aime également la chaîne de l'histoire. On y trouve des émissions passionnantes. Quoi qu'il en soit, je suis au courant de ce qui se passe. Vous me demandez si la situation m'impose des limites? Certes. J'ai des passe-temps, comme la musique par exemple. Chez nous à la maison, au moshav, il y avait toujours de la musique, mon père jouait du violon. Et il jouait bien. C'est là que j'ai fait la connaissance de l'Orchestre philarmonique , dont les musiciens venaient jouer avec mon père dans la cabane.

Q: Nous pensions qu'il faisait pousser des avocats?
R: Oui, il était ingénieur agronome, un excellent agriculteur, mais il savait aussi dessiner, et jouer du violon. Nous étions dans la cabane (nous avions une cabane ) faite de planches fines; avec de l'argile à l'intérieur, et peinte à la chaux. Nous ne possédions pas grand chose, mais nous étions habités d'une réelle joie de vivre.

Q: Vous aussi, vous avez joué ?
R: Oui, du violon, mais n'exagérons pas mes talents. La musique me manque, mais je n'aime pas gêner les gens. Si ma venue à un concert doit provoquer un contrôle sécuritaire pour le public, je préfère renoncer. Mais la musique me manque. Et le paysage aussi ou les promenades en nature seul. Ce qui me manque également, c'est de prendre mon mini-tracteur pour me promener aux quatre coins de la ferme.
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