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Un plan de « séparation unilatérale » pourrait être mis en oeuvre par Israël

 

Mis à jour le samedi 21 octobre 2000
JÉRUSALEM correspondance

Plus que jamais, dans le contexte conflictuel qui règne depuis trois semaines entre Israéliens et Palestiniens, la déclaration unilatérale de l'Etat palestinien, annoncée et reportée à plusieurs reprises, apparaît inéluctable. Le Conseil central de l'OLP -qui doit se réunir le 15 novembre - pourrait passer à l'acte. A quoi bon tous ces morts s'il ne s'agissait pas, in fine, d'obtenir cette indépendance tant attendue ? Or, le concept d'une nation indépendante porte en germe la notion de séparation, souhaitée par les Palestiniens comme par les Israéliens. Le plan de « séparation » conçu par le gouvernement d'Ehoud Barak, révélée mercredi 18 octobre par le quotidien Haaretz, ne devrait donc pas surprendre. A ceci près que l'adjectif « unilatérale » qui lui est désormais attaché en modifie considérablement l'essence. Une séparation non négociée risquant d'être douloureuse pour les Palestiniens. La « séparation unilatérale » serait au droit international, ce que le divorce pour faute est au droit de la famille : la source d'une rancoeur quasi inextinguible. Au lieu d'apaiser les esprits, la déclaration d'indépendance suivie ou précédée de la séparation, sans consentement mutuel, pourrait être la source de nouveaux conflits.

Mais le gouvernement israélien pense, sans doute, qu'en l'état actuel des relations avec les Palestiniens, il n'a pas le choix. Les affrontements quotidiens de ces trois dernières semaines et la perspective de la déclaration unilatérale d'un Etat palestinien qu'il ne peut accepter sans sourciller, l'accule à réagir. « Si la violence se poursuit au-delà du sommet arabe, nous devrons faire une pause et une réévaluation du processus de paix », déclarait vendredi soir M. Barak à la télévision israélienne.

ÉVITER LES POINTS DE CONTACT

Dans ce nouveau contexte, le plan de « séparation unilatérale »serait un des éléments majeurs de la politique de M. Barak, l'objectif étant d'éviter au maximum les points de contact entre les deux populations, afin de réduire les risques de frictions. Les détails de ce projet sont encore inconnus. Ephraïm Sneh, ministre adjoint de la défense, l'un de ses concepteurs, s'est contenté de déclarer qu'il s'agissait d'une séparation physique et économique supposant le tracé de frontières. Quant à la date de mise en application elle pourrait être rapide. « Le gouvernement se prépare à ce plan depuis quelques mois », confie un des très proches collaborateurs de M. Barak. « Après le sommet de Camp David, bien qu'Israël ait fait des concessions énormes et que les Palestiniens ne les aient pas acceptées, nous avons décidé que si les responsables palestiniens n'étaient pas prêts à faire des choix historiques, alors il nous faudrait prendre des décisions unilatérales, dont ce plan », précise-t-il aussitôt.

Sur le contenu même, le secret est encore bien gardé. Une des questions majeures concerne l'avenir des colonies de peuplement. Conformément à ce qui avait été évoqué à Camp David, il est vraisemblable que les grandes implantations situées le long de la ligne verte et donc adossées à Israël - 80 % des colons - seront intégrées au territoire israélien. Il s'agit notamment de celles situées autour de Jérusalem. En revanche, les colonies isolées, petites pour la plupart, pourraient être évacuées. Leur maintien au milieu de l'entité palestinienne exigerait, pour la protection de chacune d'entre elles, des moyens militaires considérables qui les transformeraient en forteresses assiégées. Les divers incidents de ces dernières semaines prouvent que la coexistence qui fut toujours difficile, deviendra impossible.

A Jérusalem, là aussi, la séparation de fait qui existe entre quartiers juifs et quartiers arabes pourrait être, en partie tout au moins, formalisée. L'objectif étant de se séparer de près de 200 000 Arabes qui représentent dorénavant près de 31 % de la population, exception faite notamment de la Vieille ville qui resterait bien entendu sous contrôle israélien. Dernier point territorial majeur, la vallée du Jourdain resterait, selon toute vraisemblance, aux mains des Israéliens pour des raisons de sécurité.

Reste à savoir si M. Barak, qui n'a plus de majorité parlementaire et qui est toujours à la recherche d'un gouvernement d'urgence, aura les moyens politiques d'appliquer ce plan. La droite entérinera-t-elle une séparation qui induit l'abandon des colonies, alors qu'elle n'a jamais été tellement favorable au principe de la séparation même négociée ? Elle a toujours préféré le concept du Grand Israël englobant une population arabe ?
Catherine Dupeyron
Le Monde daté du dimanche 22 octobre 2000