Self-service
Jean-Pierre Chemla
01/11/02

On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, et ça, à France télévision, on l’a bien compris.


Charles Enderlin, à la veille de la diffusion de son « Rêve brisé », prolongement du bouquin du même nom se voit donner un joli coup de main par ses petits copains de France 5 qui, par la plume de « Perline » nous fait le cadeau d‘un tour d’horizon des sites « communautaires » en proie à la fièvre paranoïaque de lutte contre la désinformation, analyse consultable sur le site Internet de la chaîne sous le lien suivant :

http://www-org.france5.fr/asi/005305/9/65432.cfm


Le ton paternaliste amusé du texte tourne en dérision notre lutte quotidienne, avec la certitude d’appartenir au camp du plus fort, à la forteresse impénétrable d’un network protecteur derrière lequel l’on peut s’abriter en toute tranquillité pour ricaner des apprentis chroniqueurs maladroits que nous sommes.



1ère page : « La désinformation, c’est les autres », titre censé rejeter dos à dos les sites pro-israéliens et pro-palestiniens : en fait, l’occasion de fusiller surtout nos amis de désinfos.com, de réinfo-israël.com. ou de Guysen.com. Il y a même une insinuation sur des accointances suspectes entre l’UPJF-Union des patrons et professionnels juifs de France- et Getzenews, avec introduction de l’idée que les liens qui unissent ces deux entités ne sont peut-être pas aussi nets que ça. On peut même y lire qu’ « on chasse mieux en meute » ! Aboyeurs du web : couchés !



Ha !Ha ! Amusants ces éditorialistes en guenilles… Sous-entendu : l’information, la vraie, il faut la laisser aux authentiques professionnels que nous sommes, à France Télévision. Même Elisabeth Schemla ne trouve pas grâce à leurs yeux, faisant appel à « un astucieux et partial choix d’articles parus dans des magazines reconnus ». L’intéressée appréciera…



2ème page : « L’affaire Charles Enderlin » qui permet à ce dernier de se présenter en martyr, victime d’une injuste cabale orchestrée par les sites sus-cités, et suscitée par des Juifs français utilisant l’ignoble référence à Goebbels pour parler du sieur Enderlin en omettant de rappeler, contrairement à ce qui a été dit, que l'appel à la manifestation du 2 octobre ne faisait aucune mention du nom de Goebbels, en dehors de quelques mais rares inévitables excités.



Suit ensuite l’habituelle explication de la non-diffusion du film d’Esther Shapira sur la mort du petit Mohamed Al dura par France 2, par le fait « qu’il n’apporte rien de nouveau ». Si l’on pouvait comparer les efforts qu’a déployés France 2 à expliquer les raisons du refus de cette diffusion à ceux qu’il aurait eus à faire pour nous en faire bénéficier, l’on aurait la mesure de l’importance que revêt pour eux cette rétention d’information.

Il y a un mois j’écrivais à Olivier Mazerolle : « Je constate… que nos princes des médias continuent de considérer leurs téléspectateurs comme des veaux incapables de discernement: si le film d'Esther Shapira est si indigent que cela, les gens intéressés par le sujet sauront le déceler et France 2 n'en est pas à un programme inepte près ». Je n’ai pas un iota à changer à cette demande. Mais le silence radio-télé reste de mise dans le grand immeuble de verre et la populace pourra toujours continuer à manifester à ses pieds, ridicule foule hystérique faisant les choux-gras de Tatie Perline.



Chers amis , n’oublions pas que Charles Enderlin, pour répondre à ses détracteurs, n’a rien trouvé de mieux que d’accuser Nahum Shahaf, à l’origine d’une thèse explosive sur l’affaire Al Dura, d’être également à l’origine d’une théorie de l’assassinat de Rabin où Ygal Amir ne serait pas le meurtrier, comme preuve de l’absence de sérieux de l’intéressé. Il s’agit, bien sûr, d’un pur mensonge à la limite de la diffamation-pourquoi à la limite, d’ailleurs ?- Faut-il qu’Enderlin soit à ce point acculé, pour ne plus avoir que ce genre de cartouches dans sa besace ?



Je vous fais grâce des trois dernières pages du dossier du « cybervoyage de Perline » mais vous aurez bien compris que cette divagation à travers le net n’est que le prétexte bien opportun pour déblayer le terrain de Scoopy avant les grandes soirées des 3 et 4 novembre prochain sur France 2, où, tapis rouge déployé devant lui, Charles Enderlin tentera de recoller les morceaux épars de son rêve brisé.



A France Télévision, y’a pas meilleure cantine que le self-service.



Jean-Pierre Chemla

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