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LES DIRIGEANTS ARABES DOIVENT DÉLÉGITIMER LE TERRORISME

Par Dennis Ross

Novembre 2001

Les attentats horribles perpétrés contre l'Amérique nous contraignent à faire le point, nous, mais aussi tous les pays du monde. Il s'agit de crimes contre la civilisation, contre l'humanité, qui exigent des changements considérables dans nos modes de pensée. Désormais, il n'est plus question de prendre des mesures défensives contre le terrorisme, il faut le combattre, lui déclarer la guerre. Nul ne peut rester neutre dans un combat de ce genre. Comme l'a dit le président Bush: les pays sont placés devant le dilemme de s'associer à ce combat ou de protéger le terrorisme. Ou l'une, ou l'autre de ces options.

Ce combat exige, a précisé le président Bush, tous les outils de l'arsenal anti-terroriste: des services de renseignements aux opérations militaires, en passant par l'application de la législation anti-terroriste existante, par des mesures d'ordre financier et par la diplomatie. Mais, pour garantir le succès de notre entreprise, nous devons aussi prendre en compte la dimension psychologique de ce combat. Il faut délégitimer le terrorisme, lancer une campagne internationale contre son usage, dans quelque but que ce soit. Car aucune cause, même la plus défendable, ne le justifie.

Nulle part au monde, ce besoin se fait plus sentir qu'au Proche-Orient. Ce phénomène global qu'est le terrorisme constitue un problème particulièrement ardu dans cette région, précisément parce qu'il est et a été trop longtemps considéré comme légitime. Dans leur «combat» contre Israël, les «kamikazes» sont décrits comme des martyrs, et non pas comme des monstres. Le fait de tuer des civils innocents a trop longtemps été glorifié plutôt que condamné. Le fait de recruter des enfants pour mener ce combat de destruction humaine fait l'objet de louanges plutôt que de réprobation.

Il n'y aura pas de victoire sur le terrorisme dans un climat qui le justifie ici et là dans certaines circonstances. Les dirigeants arabes ont certes condamné les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone. Mais de quel poids pèsent ces condamnations en présence d'une attitude résolument tolérante et généralisée à l'égard de ces pratiques? Rares ont été ceux qui les ont condamnées globalement et sans hésitation.

Écoutez les sermons du vendredi dans les mosquées diffusés par l'Autorité palestinienne au cours de l'année passée, et vous constaterez que les attentats suicide sont glorifiés et que l'appel au djihad contre Israël et les Etats-Unis est monnaie courante. L'éditorial de l'édition du 11 septembre du principal organe palestinien Al-Hayat al-Jadida abonde en louanges à l'endroit de ceux qui perpétuent la «noble tradition» poursuivie par ces «combattants» qui ont bombardés les marines américains au Liban. Les médias et l'opinion publique palestiniens ne constituent pas une exception dans cette région. Quelques jours avant les attentats terroristes à New York et Washington, un journaliste égyptien écrivant dans l'un des principaux quotidiens de son pays, décrivait comment il avait été envahi de fierté à la vue de l'attentat terroriste de la pizzeria de Jérusalem. Tout récemment, la presse officielle égyptienne revient sur des calomnies et désigne le Mossad comme coupable des attentats du 11 septembre. Le drame est que fort peu de voix s'élèvent au Proche-Orient pour condamner ces pratiques.

Je ne fais pas ici l'apologie de la liberté de la presse dans les pays arabes (encore que personnellement je souhaiterais qu'elle se généralise dans cette région du monde). Je ne veux pas dire pour autant que les Palestiniens en particulier et les Arabes en général doivent renoncer à leurs revendications et oublier leurs griefs. Je continue de penser que les aspirations des Palestiniens sont légitimes et qu'elles doivent être satisfaites. Mais je pense que les dirigeants palestiniens ont dépassé les bornes de la manipulation de l'opinion publique en orchestrant des médias qui devraient apaiser les ressentiments et l'extrémisme, plutôt que de les conforter et de les encourager. Ces médias doivent s'élever contre toute légitimation du terrorisme.

Il est temps de déclarer haut et fort que c'est la paix qui est légitime, non le terrorisme. Que les attentats suicide ne sont pas un reflet, mais une perversion de l'islam. Que la cause palestinienne n'est pas promue mais directement menacée par le terrorisme, comme le sont les intérêts et les valeurs défendues par les Arabes.

Il est temps en somme que les leaders arabes alignent leurs options et leurs démarches sur celles de leurs concitoyens, qu'ils déclarent sans ambages qu'ils ne tolèreront plus le terrorisme. C'est la condition sine qua non de la réussite de la lutte globale contre le terrorisme. C'est aussi la condition indispensable de l'intervention énergique des pays occidentaux dans les pourparlers de paix israélo-arabes. Nous assumons la responsabilité de la paix, mais nous n'avons aucune chance de parvenir à cette paix dans un environnement où le terrorisme est considéré comme un combat légitime. Nous sommes disposés à apporter notre contribution. Au tour des dirigeants proche-orientaux d'apporter la leur.