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Relations « fragiles » entre chrétiens et musulmans à Bethléem
17 juin 2002 - L'Orient, Le Jour

Ils se disent tous palestiniens et arabes avant d’être chrétiens. Mais à Bethléem, berceau de la chrétienté, ils sont parfois considérés comme des « cosmopolites » par leurs compatriotes musulmans, qui leur reprochent de partir à l’étranger au lieu de lutter contre Israël.
« Les relations entre musulmans et chrétiens sont excellentes », assure Souleiman, en interrompant une leçon coranique dans la mosquée qui se dresse sur la place de la Mangeoire, face à la basilique de la Nativité, une église bâtie à l’endroit où, selon la tradition chrétienne, est né l’enfant Jésus. « Et les récents événements ont encore contribué à nous rapprocher. Les musulmans ont gagné du respect pour les chrétiens », ajoute-t-il, en faisant référence aux militants palestiniens qui, traqués par l’armée israélienne, s’étaient réfugiés début avril dans la basilique.

Le siège de la Nativité par l’armée avait duré plus d’un mois, avant qu’un accord, portant sur le départ vers l’Europe des 13 Palestiniens les plus recherchés, permette sa levée le 10 mai. Depuis ces événements, les murs de Bethléem ont été recouverts d’affiches glorifiant les « chouhada » (« martyrs » musulmans) tués pendant l’intifada, un martyrologe qui est étranger aux chrétiens.

« Cela ne veut pas dire que nous ne soutenons pas l’intifada contre Israël. Nous sommes d’abord et avant tout palestiniens et arabes », martèle Jalal Anastas, un architecte chrétien orthodoxe. « Les chrétiens ne se reconnaissent pas dans des organisations qui basent leur lutte sur le Coran plutôt que sur le nationalisme... Il m’est, par ailleurs, déjà arrivé d’être accusé de cosmopolitisme », soutient le directeur du ministère palestinien de l’Intérieur à Bethléem, George Hazboun. Ce catholique n’a pas hésité, par le passé, à prendre les armes contre Israël. Emprisonné à trois reprises, il assure que les Israéliens « ne font pas de distinction entre musulmans et chrétiens pour ce qui est des mauvais traitements ».

Mais certains musulmans ne partagent pas cet avis, reprochant aux chrétiens de jouir parfois de privilèges de la part de l’armée israélienne, qui boucle la ville pratiquement depuis le début de l’intifada, fin septembre 2000. « Les chrétiens arrivent parfois à franchir les postes de contrôle pour se rendre à Jérusalem. Ils montrent la croix qu’ils portent au cou et les soldats les laissent passer », assure Mohammed, un jeune étudiant de l’Université de Bethléem. Nabila Dakkak enseigne la sociologie dans cet établissement, fondé par des chrétiens, mais où les musulmans sont devenus majoritaires, comme partout dans les territoires palestiniens. « Les chrétiens ne sont pas prêts à souffrir pour cette terre, c’est le principal reproche qu’on leur fait », affirme cette musulmane. « Les chrétiens ont toujours été plus riches et en général mieux éduqués que les musulmans. La situation est difficile ? Ils vendent tout et partent à l’étranger, se disent les musulmans », dit-elle en rappelant que leur Église n’est pas une institution « nationale ».

Depuis le début de l’intifada, quelque 600 chrétiens (grecs-orthodoxes, catholiques, apostoliques arméniens), sur un total d’environ 20 000 dans la région, ont émigré, selon le maire chrétien de Bethléem, Hanna Nasser. « Les chrétiens partent parce qu’ils n’ont pas de travail. Il n’y a plus de touristes à Bethléem, où les restaurants, les hôtels et les boutiques de souvenirs appartiennent tous ou presque à des chrétiens », regrette-t-il.

Les chrétiens ne représentent plus aujourd’hui que 2 % de la population en Terre sainte, où les mariages mixtes sont rarissimes entre les communautés chrétienne et musulmane. Outre la détérioration de l’économie, une autre crainte des chrétiens est, selon George Hazboun, de voir des mouvements islamistes comme le Hamas prendre de l’ampleur à la faveur de l’intifada. « Les chrétiens sont écartelés entre les extrémismes juif et musulman. Si la communauté chrétienne venait à disparaître, ce qui sera le cas dans quelques années, cette guerre de libération nationale pourrait devenir une guerre de religion. Et ce serait catastrophique », conclut-il.