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Les racines de la haine palestinienne

par Nadav Shragai,
Haaretz, Dimanche 13 mai 2001

Les médias ont la semaine dernière épargné au public les horribles photos des cadavres mutilés de deux enfants de l'implantation de Tékoa, et on ne peut le leur reprocher. Ceux qui ont perpétré ce crime ne se sont pas contentés de tuer ces enfants, les corps ont été mutilés au-delà de toute imagination. Une fois encore il est évident qu'une haine féroce est à la base de ces atrocités, comme le lynchage des deux soldats à Ramallah en octobre dernier, ou l'assassinat plus récemment de la petite Shalhevet Pas, du quartier juif de Hébron, par un tireur d'élite palestinien qui a visé la tête du bébé et a tiré.

La haine palestinienne des Juifs n'est pas innée. La haine est un sentiment acquis, que les autorités palestiniennes cultivent depuis des années. Il est vrai que depuis le début du conflit, ce sentiment a été présent, mais malgré la signature des accords d'Oslo il a bel et bien survécu. Les médias israéliens ont « découvert » cet état de choses relativement tard. Les manuels de classe officiels des écoles dans l'Autorité palestinienne sont pleins de haine et d'incitation à la haine contre les Juifs, il en va de même pour les médias officiels et les stations de radio et de télévision officielles et privées.

Le mois dernier une étude effectuée par l'Institut de recherche palestinien (le Centre de média et communication de Jérusalem) a trouvé que 73.7 pour cent des habitants des zones contrôlées par l'Autorité palestinienne soutiennent les attaques de terroristes-suicide contre Israël. Ce soutien en masse n'est pas né de rien.

Il y a déjà des années qu'Itamar Marcus et son équipe appartenant à une organisation privée israélienne qui se charge d'analyser les média palestiniens, collecte des clips qui montrent la violence contre Israël et contre les soldats de Tsahal. L'été dernier le nombre de tels programmes a augmenté au centuple et pendant la période la plus violente, ils occupaient les 90 pour cent du temps d'antenne. Il n'y a pas si longtemps que Al-Hayat al-Jadida, un quotidien qui paraît dans la bande de Gaza publiait que le meilleur clip s'intitulait « ma mère ne sera pas humiliée .»

Dans ce clip, la caméra se rapproche lentement d'une maison dont il ne reste que des ruines sur lesquelles une femme pleure, assise. Son fils essuie ses larmes de sa main puis se redresse et se rue avec ses amis vers les soldats israéliens. Le clip montre un bateau chargé d'immigrants juifs, un camp de tentes de réfugiés palestiniens et David Ben-Gourion déclamant un discours et un drapeau israélien avec le mot « Israël » à l'intérieur de l'étoile de David. L'enfant jette une pierre et brise du verre. Puis, un bref instant, apparaît un chandelier à sept branches. Le message est clair, Israël sera détruite par la violence.

Puis les soldats israéliens tuent un Arabe qui travaille dans sa vigne. D'autres vues de réfugiés puis Ariel Sharon sur le Mont du Temple, des processions d'enfants palestiniens, des chants de militants du Hezbollah, des tanks israéliens et une photo de Mohamed al-Doura, le garçon palestinien qui est mort dans les bras de son père dans un échange de tirs entre les Israéliens et les Palestiniens. Toute cette séquence est accompagnée de prises de vue d'une mère en pleurs courant dans les rues à la recherche de son fils, pendant que des enfants chantent : « j'ai répondu à ton appel, oh !, mère...qui t'a fait pleurer comme ça ? ma mère ne sera pas humiliée. »

Le clip en deuxième position s'intitulait, selon le journal, « Futur » par le chanteur irakien Khazem al-Sahar. C'est l'histoire de deux amants palestiniens qui essayent de se rencontrer. Ils sont séparés par un barbelé. Ils arrivent à la frontière et se regardent. La jeune femme éperdument amoureuse décide de traverser la frontière mais les soldats israéliens lui tirent dans le dos. Dans la scène finale, les soldats découvrent le jeune homme près de la tombe de sa bien-aimée. Il court, et ils lui tirent dans le dos aussi. Ils sont finalement réunifiés dans la mort, le message est clair : les soldats Israéliens tirent dans le dos des jeunes qui s'aiment.

Pendant ces mois d'Intifada, la télévision palestinienne n'a pas cessé de passer ces clips (après une période de calme relatif). Ces deux derniers mois, une hadith (la loi orale, parfois attribuée à Mohamed lui-même) qui appelle les fidèles à tuer des Juifs a été proclamée trois fois : « Le jour du jugement ne viendra que si vous vous battez contre les Juifs, jusqu'à ce que le dernier Juif se cache derrière une pierre et un arbre et la pierre et l'arbre diront : Musulman, serviteur de Dieu, tue le juif qui est derrière moi.»

Lorsque l'Intifada Al-Aqsa a éclaté, certains prêcheurs ont appelé à tuer des Juifs. Depuis il y a aussi eu des prières pour l'anéantissement des Juifs, et les Palestiniens ont également appris que celui qui accepte de céder Haïfa, Lod et Ashkelon n'est qu' un criminel répugnant qui va se retrouver en enfer. »

Les messages sont cohérents et sont transmis par les hommes de religion et par les dirigeants politiques. Leur objectif est la démonisation des Juifs, la non-reconnaissance de la légitimité des Juifs en tant que peuple. Sur les ondes de la télévision palestinienne les hommes de religion de l'Autorité palestinienne déclarent que la confrontation avec Israël est une guerre sainte éternelle contre les Juifs.

La haine que les Palestiniens nous portent, certains Juifs seront peut-être tristes de l'apprendre, ne date pas uniquement des différends territoriaux. Ces prêcheurs décrivent la haine pour les Juifs comme une volonté d'Allah, les Juifs comme les ennemis d'Allah et donc l'obligation religieuse de tuer des Juifs est un décret d'Allah.

Tous les accords signés avec Israël, selon eux (exactement ce qu'Arafat a fait quand il a parlé de l'accord qu'avait signé Mohamed avec les Juifs)sont temporaires et tactiques. En Israël, l'opinion publique lutte contre les individus qui tentent de véhiculer des messages de haine et les vomit. Mais dans les territoires sous contrôle palestinien, la haine est devenue monnaie courante, et les racines religieuses et nationales de cette haine sont ancrées beaucoup plus profondément que les racines relativement jeunes des implantations du Gush Etzion et de Kfar Sava.

© Haaretz, 2001.