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Qui est Bachar El Assad, hôte de la République ?

LE MONDE | 23.06.01

La France reçoit le président syrien Bachar El Assad. Nous voulons dire très simplement qui est cet homme.

Il est un ennemi de la liberté. La République française s'apprête à accueillir un homme qui succéda à son père, porté au pouvoir par 97,27 % des suffrages. Elle accepte d'honorer un régime qui impose à son pays la loi martiale depuis 1963. Il y a en Syrie 1 700 prisonniers politiques. Une "loi d'urgence" interdit la diffusion d'"informations contraires au but de la révolution". Des journalistes sont enfermés dans les prisons d'Assad.

Les Nations unies demandent régulièrement des explications, qu'elles n'obtiennent jamais, sur le massacre d'un millier de prisonniers à Palmyre ou sur la destruction de la ville de Hama, qui fut réduite en poussière, au prix d'au moins dix mille vies, parce qu'elle était le refuge d'un parti hostile au pouvoir. La torture est, en Syrie, "une routine" : c'est le terme employé par Amnesty International dans son rapport de l'année 2000.

Il est un ennemi de la tolérance. La Syrie est le pays de la brutalité lâche, de la violence infligée à ceux qui ne peuvent pas se défendre. Le comité de l'ONU pour les droits de l'enfant a exprimé "son inquiétude" sur la façon dont la dictature syrienne traite les mineurs. Bachar El Assad refuse de signer la convention internationale sur les droits des femmes : la loi syrienne autorise les hommes à commettre contre les femmes adultères un "crime d'honneur". Assad, qui n'aime pas les faibles, persécute les minorités. On se rappelle les neuf cents Kurdes, privés de tout, qui échouèrent sur les côtes de France il y a quelques mois. Ce ne sont que quelques-uns des trois cent mille Kurdes de Syrie déchus, sur des critères exclusivement racistes, de leur nationalité et de leurs droits.

Cette loi du plus fort frappe aussi les juifs, dont Bachar El Assad dit qu'"ils assassinent les principes de l'égalité". Les juifs syriens n'ont pas le droit de quitter le pays, ils sont interdits d'université, ils ne peuvent pas accéder à la fonction publique. La République française, dont l'existence constitue l'une des plus belles revanches de la faiblesse sur la force, compromet son honneur en s'inclinant devant un régime aussi peu digne d'elle.

Il est un ennemi de la France. Le président de la République rappelle souvent la solidarité de la France avec le Liban. Or la Syrie occupe et exploite la totalité du territoire libanais. Elle a fait du Liban l'une de ses provinces. Dix-sept mille Libanais ont disparu pendant l'occupation de leur pays.

Les chrétiens du Liban comptent parmi les victimes les plus directes de la Syrie. Les évêques maronites, réunis en conseil le 5 septembre 2000, ont déclaré courageusement qu'ils n'allaient pas "se laisser, par la peur, réduire au silence", et qu'ils ne voulaient plus de "l'hégémonie syrienne qui couvre toutes les institutions et toutes les administrations du Liban". La Syrie n'humilie pas seulement les prétendus protégés de la France. Elle s'attaque à la France elle-même. Soixante-quinze soldats français, qui appartenaient à la force d'interposition des Nations unies au Liban, ont été tués par l'armée syrienne. L'ambassadeur de France à Beyrouth, Louis Delamare, a été assassiné par les services secrets syriens en 1981. Et nul n'a oublié les otages français capturés par la Syrie.

La Syrie a fait du mal à la France. Pourquoi la France lui rend-elle hommage ?

Il est un ennemi de la paix. Assad hait, avec toute la haine dont il est capable, et cela fait beaucoup, les Israéliens comme les Palestiniens. Il a dit d'Israël que c'était "une société raciste, pire que les nazis". La Syrie exile, pourchasse, massacre les Palestiniens depuis longtemps. Elle a expulsé Yasser Arafat de Damas. Le jour de la signature des accords d'Oslo, Hafez El Assad adressa publiquement au président de l'OLP une menace de mort. Mustapha Tlass, qui est le ministre de la défense de Bachar El Assad après avoir été celui de son père, a déclaré : "Si je vois un juif, je le tue. Si tous les Arabes faisaient la même chose, nous serions débarrassés du problème."

Tels sont les hommes qui sont à la tête de la Syrie et à qui la France, avec une touchante ingénuité, demandera qu'ils soient des intermédiaires pour la paix entre Israël et l'Autorité palestinienne.

Si nous regrettons la visite en France de Bachar El Assad, ce n'est pas seulement parce qu'elle constitue une révérence humiliante et inutile devant le terrorisme d'Etat. Ce n'est pas seulement parce que nous trouvons naïfs ceux qui croient qu'inviter M. Assad à dîner au Quai d'Orsay contribuera à apporter la paix au Proche-Orient.

C'est parce que nous pensons que les représentants de la République française ne devraient pas dîner avec n'importe qui.

Malek Boutih (président de SOS-Racisme), Gwenegan Bui (président du Mouvement des jeunes socialistes-MJS), Ygal El Harrar (président de l'Union des étudiants juifs de France-UEJF), Patrick Gaubert (président de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme- Licra), Serge Klarsfeld (président des Fils et filles des déportés juifs de France-FFDJF), Jean-Christophe Lagarde (président des Jeunes UDF), Daniel Marcovitch (député PS de Paris, conseiller de Paris), Richard Prasquier (président du Comité français pour Yad Vashem), Rudy Salles (député UDF des Alpes-Maritimes), Paul Thibaud (président de l'Amitié judéo-chrétienne de France-AJCF)