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Déclaration du Porte-parole adjoint du Quai d'Orsay
(11 avril 2001)

L'utilisation par les parties de moyens de plus en plus meurtriers, en particulier l'opération conduite la nuit dernière par l'armée israélienne contre le camp de Khan Younès, en zone A, témoignent de la poursuite de la dérive et de l'escalade dont nous dénoncions le risque il y a quelques jours.
(NDRL: mais où sont donc passés les obus de mortiers palestiniens qui obligent femmes et enfants israéliens à vivre pratiquement en permanence dans les abris souterrains des implantations mais aussi des kibboutz en territoire israélien, selon les frontières d'avant 1967)

Déclaration du Porte-parole du Quai d'Orsay

(6 avril 2001)

(A propos du processus de paix : est-ce que vous avez un commentaire sur la réunion des responsables de la sécurité là-bas et l'attaque, l'agression contre les Palestiniens qui faisaient partie du groupe de travail avec les Israéliens et les Américains ? et la reprise de la colonisation ?)  

Il y a une dérive que nous voyons à l'oeuvre sous diverses formes, qu'il s'agisse de l'annonce provocatrice de la reprise de la colonisation des territoires occupés, qu'il s'agisse de la poursuite des meurtres, dits '' extrajudiciaires '', qu'il s'agisse des heurts militaires à Gaza, d'atteintes à la sécurité de négociateurs. Cette dérive conduit vers toujours plus de violence, de destruction et de souffrance. La logique de la force et de l'escalade n'offre aucune solution, le gouvernement israélien fait fausse route. Tout doit être mis en oeuvre pour revenir à un dialogue véritable, seul de nature à mettre un terme à la confrontation. Je vous rappelle enfin que l'Union européenne avait déjà exprimé, le 4 avril, dans une déclaration commune, sa vive préoccupation devant la poursuite des activités de colonisation. Je cite : '' toutes les activités liées à l'implantation de colonies de peuplement sont illégales et constituent un obstacle majeur à la paix. L'Union européenne engage instamment le gouvernement israélien à renoncer à sa politique d'implantation de colonies de peuplement en ce qui concerne les territoires occupés, y compris Jérusalem Est.''

(Considérez-vous que la participation des Américains indique un changement de leur attitude ?)

Sur les rencontres d'hier, je dirai une chose, il est essentiel que le fil du dialogue soit préservé et que des rencontres entre responsables israéliens et palestiniens se poursuivent. C'est ce que nous souhaitons, c'est ce que souhaite l'Union européenne.

(Aujourd'hui l'ampleur de la violence israélienne vient de franchir un deuxième pas, les chars israéliens bombardent les commissariats palestiniens.)

J'ai parlé de heurts militaires, nous sommes donc très conscients de la situation.

(Les Américains ont-ils la même position que vous ?)

Nous nous déterminons en fonction de ce que nous pensons.(NDLR : !!!…???)

(Je n'ai pas entendu M. Védrine condamner Est-ce que vous condamnez la reprise de la colonisation ? C'est implicite ?)

Je pense que le jugement est implicite, mais c'est à vous à le faire. Le Ministre a eu l'occasion de le dire aux Etats-Unis, le temps n'est pas à affirmer des jugements de valeur théoriques.(NDLR : !!!…???). Ce qui est important, c'est de dire où ça va et où ça ne va pas. Lorsque nous disons que le gouvernement israélien fait fausse route, c'est un langage clair, factuel, qui a pour cause une situation sans précédent, au moins depuis 15 à 20 ans.

(Condamnez-vous la colonisation ?)

Oui, bien sûr, l'Union européenne l'a dit, c'est illégal, cela constitue un obstacle majeur à la paix. La question pour nous ne se pose pas.

(Considérez-vous que le gouvernement israélien qui fait fausse route est responsable aujourd'hui de provocations, de meurtres et des heurts militaires ?)

Je ne suis pas d'accord avec cette présentation des choses. J'ai dit qu'il y a eu une annonce provocatrice de la reprise de la colonisation des territoires occupés. qu'il y a eu un nouveau meurtre ''extrajudiciaire''. S'agissant des heurts militaires à Gaza, je ne me suis pas prononcé sur l'origine et la responsabilité de ces heurts.

(Concernant M. Barnan, c'est en fait M. Sharon lui-même qui a dit qu'il ''fallait le liquider''. On a accordé à M. Sharon, lorsqu'il a constitué son gouvernement un délai pour voir si vraiment, il cherche la paix. Maintenant, en le voyant annoncer la poursuite de la colonisation, en voyant les chars, croyez-vous qu'il est toujours valable de lui accorder un délai ? Tous les messages qu'il vous envoie ne mérite pas qu'ils soient condamnés, que l'on envoie un message beaucoup fort ?)

Je crois qu'en disant que nous pensons qu'il fait fausse route, nous envoyons un message clair. Or, ce dont nous avons besoin aujourd'hui c'est de clarté.

(Quand M. Sharon est allé à l'esplanade des mosquées, vous l'avez qualifié de provocation. Hier, le gouvernement israélien dit qu'il veut permettre aux Juifs de visiter cette esplanade .(NDLR : le mont du Temple, lieu saint juif). Comment jugez-vous cette autorisation, surtout dans la situation actuelle ?)

Je n'ai pas commenté ce point précis qui en est au stade de simple projet, à ma connaissance.

(Il y a quelques jours, vous avez reçu M. Peres, vous venez de condamnez cette politique dont nous avons parlé il y a un instant. Avez-vous le sentiment que le gouvernement israélien parle d'une seule voix, ou bien qu'il y a deux sortes de politiques : une destinée à l'extérieur et l'autre appliquée sur le terrain ? Voyez-vous un homogénéité dans le comportement israélien ?)

Ce n'est pas à un porte-parole français de se prononcer sur ce genre de questions intérieures..

(Y a-t-il une possibilité de voir prochainement un engagement plus grand et plus ferme de la part des Américains pour débloquer la situation ?)

Les Américains sont dans une période où ils revoient et réfléchissent à leurs positions. Il est donc encore trop tôt pour savoir quelle sera la ligne qu'ils vont développer.

(Mais ne trouvez-vous pas que la participation américaine dans ces rencontres constitue un changement d'attitude ?)

C'est certainement important qu'ils soient là. C'est une bonne chose, mais la vraie question est de savoir si, comme nous le souhaitons tous, les Américains et les Européens sont capables de faire évoluer la situation dans la bonne direction.

(Tout à l'heure, vous avez parlé de non droit concernant les meurtres ?)

Notre position est très claire, le 24 février, l'Union européenne a dit, ''la politique menée par Israël, la politique des élimination ou assassinats extrajudiciaires de Palestiniens accusés par des forces de sécurité israéliennes est inacceptable et contraire à l'état de droit''. Notre position là-dessus est constante.

(Vous concédez donc avec moi que c'est une zone de non droit maintenant. Comment faire pour rétablir le droit dans cette zone maintenant ?)

C'est une politique inacceptable et contraire à l'Etat de droit.

(Pensez-vous qu'il est utile de hausser le ton à Genève lorsque vous présenterez le projet de l'Union européenne concernant les colonies dans les territoires palestiniens occupés. Cela ne demande-t-il pas une amélioration de votre position commune à Genève ?)

Nous travaillons à aboutir à Genève à un texte sur le Proche-Orient que nous puissions voter, ou en tout cas ne pas rejeter. Ceci dit, face à cette situation, nous savons aussi qu'il peut y avoir de la surenchère verbale. Quelle que soit notre analyse, rigoureuse, celle que je viens de rappeler, il y a un certain nombre de choses que l'on ne peut pas dire. Nous travaillons actuellement à Genève, dans un esprit très constructif au sein de l'Union européenne pour essayer d'aboutir à un texte qu'il nous soit possible, selon le cas, de voter, en tout cas de ne pas rejeter.

(Il sera donc meilleur que l'ancienne proposition présentée par l'ambassadeur de France il y a quelques jours à Genève ?)

Les discussions sont en cours. Je ne sais pas quel sera leur point d'aboutissement. Il faut voir quel est l'état de l'opinion des Quinze, pas seulement de la France, et il faut voir aussi quelle est la réponse des promoteurs du projet.

(Vous craignez l'escalade verbale ?)

Ce n'est pas cela que nous craignons le plus. C'est l'escalade sur le terrain.

(Dans la façon dont vous venez de formuler votre réponse, vous dites qu'il y a une escalade verbale. Mais ne croyez-vous pas que l'escalade sur le terrain devient tellement dangereuse que l'escalade verbale n'est rien à côté. Ne croyez-vous pas que c'est le moment de mettre ''les points sur les I'' concernant l'appel aux Israéliens à respecter les conventions de Genève des années 1949 ?)

Ce n'est pas le coeur du problème. Il faut mettre tout en oeuvre pour en revenir à un dialogue véritable. C'est là-dessus que nous cherchons à mettre, comme vous le dites, les '' points sur les I ''. Il faut en revenir à un dialogue véritable, seul de nature à mettre un terme à la confrontation .

(Combien de temps le stade transitoire que traverse l'administration américaine va-t-il durer avant qu'elle puisse définir sa politique extérieure, surtout moyen-orientale ?)

J'ai le choix entre plusieurs réponses, la première, c'est que cette question me demande de formuler une hypothèse, ce à quoi je me refuse. La seconde est qu'il faut demander aux Américains. Traditionnellement, on sait qu'au début d'une présidence nouvelle, le processus de discussion, de réexamen de la politique prend toujours un minimum de mois.

(La présence d' européens aux réunions sécuritaires ne serait-elle pas devenue nécessaire ?)

Notre engagement au service du processus de paix au Proche-Orient ne date pas d'hier et il est constant. Nous essayons en tout cas de continuer à apporter une contribution utile.

(Nous assistons actuellement à un recul du rôle de la France concernant la relance du processus de paix du Proche-Orient. Qu'en est-il vraiment ? Y a-t-il des motifs électoraux ? Pourquoi la France a-t-elle perdu de son enthousiasme ? peut-être y a-t-il la peur des lobbies existants de part et d'autres ?)

Non, je conteste ce que vous venez de dire, la France poursuit son engagement., Comme l'a dit le Ministre, nous sommes toujours disposés à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous rendre utile, pour autant bien sûr que cela serve à quelque chose. Il ne faut pas non plus qu'en en appelant à des tiers, on occulte une réalité centrale : c'est aux parties qu'il appartient d'abord de faire la paix. Mais, l'engagement de la France est constant.