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"Je pense que je verrai de mon vivant la paix avec les Palestiniens"
Interview de Shimon Pérès
Yael Gvirtz - YEDIOTH AHARONOTH - 17 Août 2001
La semaine qui vient de s'écouler a été très éprouvante pour le ministre des Affaires étrangères. Ses relations avec Sharon étaient au plus mal, et l'on pouvait voir sur son visage les marques de la colère. "En dépit des coups que j'encaisse, je reste persuadé du bien-fondé de ma politique". ° "Au cours de plusieurs conversations avec des politiciens de droite, j'ai remarqué qu'ils étaient prêts à démanteler des colonies". ° "Même Sharon est prêt à faire de douloureuses concessions" °"Je conseille vivement que l'on se concentre sur la lutte anti-terroriste et non sur la lutte anti-Arafat "

"Inquiet" est un faible mot pour qualifier votre humeur cette semaine ...
"C'est juste. Mais je préfère l'inquiétude juive à la tragédie grecque. Je sais au fond de moi que le problème n'est pas uniquement l'avenir des pourparlers avec les Palestiniens, mais notre incapacité à trancher, car si l'on ne tranche pas, il sera impossible d'arriver à de véritables négociations pour la paix. Rien n'est statique au Proche-Orient et les choses évoluent à une allure folle. Il ne faut pas que nous restions les bras croisés ad vitam eternam, car même l'éternité est ad hoc dans notre région."
"Si la ligne verte venait à disparaître, les règles du jeu pourraient changer, et les enjeux démographiques ne sont pas à notre avantage. La seule solution à un tel problème est l'établissement d'une frontière entre nous et les Palestiniens. Pour ce faire, il faut savoir trancher, et pour trancher, il faut être en majorité. Ce n'est pas le cas actuellement.

(..) Le terrorisme palestinien se moque bien de toute initiative politique. Au lieu de promouvoir votre politique, vous devez sans cesse défendre à travers le monde la politique militaire d'Israël. Quelle est votre véritable influence sur les prises de décision ?
"Cette nuit par exemple, nous avons empêché un bain de sang, et ce n'est pas rien à mes yeux. Je ne ferais l'économie d'aucune initiative politique, d'aucune opportunité pour arriver à la paix, car je ne vois pas d'autres alternatives.

(..) La nouvelle Intifada a été dévastatrice pour le camp de la paix en Israël et a remis le pouvoir aux mains de la droite. Vous pouvez aujourd'hui discuter avec les dirigeants palestiniens, sans avoir pour autant l'autorisation d'engager avec eux des pourparlers.
"Il est vrai que le poids des partis est aujourd'hui quasi-inéxistant. Regardez Sharon ! Il jouit de l'immense soutien des Israéliens, mais pas de celui de son parti. L'opinion publique israélienne est un véritable paradoxe. Les Israéliens veulent une politique de gauche avec un gouvernement de droite. C'est ce qui se passe aujourd'hui"

(..) Je ne vois toujours pas comment cela peut marcher ?
"C'est la seule alternative. Si nous n'étions pas au gouvernement, le plan Mitchell n'aurait jamais été accepté. Or, le plan Mitchell est aujourd'hui le seul programme politique sur le terrain. Le problème, c'est qu'il s'est arrêté à la première étape. Je cherche aujourd'hui à lui donner de l'élan.

(..) Vous avez obtenu le feu vert pour discuter avec les dirigeants palestiniens. Vous reste -t-il des interlocuteurs ?
"Oui, absolument. Je n'entrerai pas dans les détails car j'ai grand besoin de discrétion pour la suite des événements, mais je peux vous dire que je souhaite discuter avec eux des allégements et de l'arrêt de l'incitation à la violence. Pour moi, l'arrêt de l'incitation à la violence est aussi important que le cessez-le-feu. Il faut changer l'atmosphère de haine qui règne en ce moment. Sharon et Fouad sont d'accord à ce sujet. Lorsque Moubarak m'a demandé ce qu'il était possible de faire pour faire avancer le processus de paix, je lui ai répondu :" Si vous êtes prêts à dépenser 1000 lires égyptiennes par mois pendant 3 mois, je vous assure la paix.". "Comment ?" m'a-t-il répondu. "Louez les services d'un nègre égyptien pour rédiger les discours d'Arafat et vous verrez que l'atmosphère changera subitement."

Pensez-vous que l'on puisse un jour arriver à tomber d'accord sur le démantèlement des colonies ?
"Je crois que oui. Lors des pourparlers de Camp David, il a été question du démantèlement de 80% des colonies. Cela n'a pas reçu le soutien du peuple car les pourparlers ont été mal gérés, mais si l'on avait questionné les Israéliens dans le cadre d'un référendum, il est très possible qu'ils auraient accepté un tel compromis.. Sharon lui aussi est prêt à faire de douloureuses concessions territoriales, et si nous sommes capables d'arriver à un accord, nous recevrons l'aval du peuple.

Pensez-vous que vous aurez la chance de voir la paix avec les Palestiniens de votre vivant ?
"Même s'ils ne sont pas parfaits, nous avons réussi à signer des accords de paix avec les Egyptiens et les Jordaniens. Et étant donné que je n'ai pas l'intention de disparaître dans un futur proche, je crois que j'assisterai à la signature d'un accord de paix avec les Palestiniens."