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Il faut rétablir la confiance brisée, estime Shimon Pérès

LE MONDE | 03.04.01 |

Le ministre israélien des affaires étrangères est en visite à Paris dans le cadre d'une tournée européenne à Stockholm, Oslo et Athènes.


JÉRUSALEM, Georges Marion

Officiellement, Shimon Pérès, ministre des affaires étrangères d'Ariel Sharon, vient à Paris rencontrer Jacques Chirac, Lionel Jospin et Hubert Védrine pour, comme il le dit, "expliquer exactement la situation et demander conseil". Mais au-delà de cette routine toute professionnelle, Shimon Pérès, même s'il ne l'avoue pas, est inquiet. Il sait qu'en dépit de l'amélioration sensible des relations entre Israël et l'Europe, l'Intifada a laissé des traces entre les deux partenaires.

Il y a quelques jours, le vice-ministre des affaires étrangères norvégien a ainsi laissé entendre qu'il était légitime de tirer sur des soldats israéliens en service dans les territoires occupés. Lorsqu'Israël a protesté, le vice-ministre a promptement fait retraite en expliquant qu'il avait été mal compris et son ministre a présenté des excuses. Mais d'autres déclarations désagréables, venues du Danemark cette fois, ont renforcé l'impression qu'Israël, par ailleurs vivement critiqué au Conseil de sécurité des Nations unies, à New York, et à la Commission des droits de l'homme, à Genève, n'avait pas bonne presse. Nimbé de sa réputation d'artisan de la paix, le ministre israélien des affaires étrangères reprend ses navettes pour tenter d'expliquer. Après un crochet par Stockholm, et avant une escale à Oslo, puis à Athènes, il devait arriver à Paris, mardi 3 avril, pour 24 heures.

Son association avec Ariel Sharon, sans doute le général le plus controversé de toute l'histoire militaire israélienne, étonne. "Qui, d'après vous, se compromet le plus ?, rétorque Shimon Pérès en retournant, souriant, la question. Cette union est difficile pour moi, mais, croyez-moi, elle est aussi difficile pour lui. Il y a un secret que les Palestiniens doivent connaître : les balles tirées contre nous nous unissent ; le processus de paix, en revanche, dévoile les divergences au sein de notre collectivité. Sadate n'aurait jamais récupéré le Sinaï s'il avait utilisé les méthodes et le langage utilisé par les Palestiniens contre nous. Hussein de Jordanie de même. Et je ne parle pas que des balles, mais aussi des discours de provocation et de haine que répand la presse arabe et que l'on entend jusqu'au sommet de la Ligue arabe à Amman. Je dis aux Palestiniens : changeons de langage, changeons la façon de nous parler. On ne peut avoir de paix sans un langage qui exprime la musique de la paix. Or, pour le moment, les Palestiniens n'utilisent qu'un ton: celui de la provocation enflammée. Ce qui me ramène à Sharon. Je crois sincèrement qu'il ne veut pas que son passage comme premier ministre d'Israël soit éclaboussé par une politique qui conduise le pays dans le feu et le sang. Il est à la recherche de la paix, comme moi et comme d'autres."

Sur les moyens d'y arriver, l'ancien signataire des accords d'Oslo n'a pas de formule magique. Et s'il a une piste, il ne la dévoilera pas, refusant notamment de se prononcer sur un schéma jordano-égyptien concocté à Amman, de conserve avec les Palestiniens, mais déjà rejeté par Ariel Sharon. On en est, reconnaît-il tout au plus, à tenter de négocier sur les conditions qui permettront, peut-être, de négocier sur le fond.

La première de ces conditions, pour Israël, est que les Palestiniens "arrêtent de tirer et commencent à parler". "A la minute où ils arrêteront les violences, toutes les portes s'ouvriront, assure Shimon Pérès. Les deux parties sont lasses, mais je pense aussi que la partie palestinienne commence à comprendre que la violence ne paie pas. Aux Nations unies, leur tentative d'internationaliser le conflit par le dépôt d'une résolution demandant l'envoi d'observateurs sur le terrain rejeté par un veto américain a échoué. Le sommet arabe d'Amman n'est qu'un succès très partiel, les Israéliens n'ont pas perdu leur détermination et le coût des affrontements est de plus en plus élevé pour les deux parties. Peut-être la fatigue, la vraie, peut-elle produire ce que la raison n'a pas donné."

A l'unisson d'Ariel Sharon, Shimon Pérès estime que les propositions faites par Israël à Camp David, en juillet 2000 et à Taba, en janvier 2001, sont désormais caduques. "Aujourd'hui, la situation est totalement différente de ce qu'elle était, assure-t-il. Les Israéliens ont bien vu que leurs propositions d'alors ont été refusées. Ils se disent : même quand on donne presque tout, c'est le refus avec, en prime, la violence. Aujourd'hui, il nous faut rétablir la confiance brisée. Celle des Israéliens à l'égard des Palestiniens n'a jamais été aussi basse. On ne fera pas comme si rien ne s'était passé; on ne mobilisera pas une majorité pour entériner le passé."

"Yasser Arafat doit décider une fois pour toutes ce que sont ses choix stratégiques, poursuit le ministre. Il demeure notre partenaire, mais ce partenaire a commis l'erreur fondamentale de refuser les propositions Clinton qui a suggéré des propositions de compromis après l'échec du sommet de Camp David et je n'ai toujours pas compris pourquoi. Peut-être voulait-il ne dire que “oui, mais…”, comme on dit en français. Mais le “oui” était si faible et le “mais” si fort que ça ressemblait à un “non, mais…”. De même que personne n'imposera une volonté étrangère aux les Palestiniens, Arafat ne parviendra pas, en internationalisant le conflit, à imposer une volonté étrangère sur Israël. Quand les Palestiniens affirment qu'ils veulent en finir avec l'occupation, je leur dis que nous avons nous-mêmes proposé d'en finir avec l'occupation. Ils n'ont pas besoin de nous combattre pour cela. Nous n'avons pas envie d'être des occupants, mais nous ne voulons pas non plus mettre en danger notre sécurité."