Mar 31 déc 2002 9:44

Lettre ouverte du Rav Yéochoua de Jérusalem sur le boycott Paris VI

Lettre ouverte au Président de Paris 6 par le Professeur Roger Dufour

Lettre ouverte au Président de l'Université de Paris VI

Un attentat contre une Yeshiva (Ecole rabbinique) fait 4 morts et des blessés ce Vendredi soir 27 décembre 2002 en Israël. Que dirait le Président de l’Université de Paris 6 et son conseil d’administration si des Juifs avaient attaqué un séminaire musulman et tué 4 étudiants pendant le repas d’une fête musulmane en France ? Aurait-il condamné le gouvernement français et demandé au Conseil de l’Europe de boycotter les universités françaises ?

Cet assassinat de jeunes un soir de fête religieuse vient de se produire en Israël et ce Président de Paris 6 et son conseil se tairont comme ils se sont tus quand ces terroristes sont entrés de nombreuses fois en Israël dans des maisons et ont tué mère et enfants de quelques années, quand ils ont visé un bébé à la tête dans les bras de sa mère et l'on abattu, ou quand les terroristes ont déjà tués plusieurs centaines de veillards, civils, femmes et enfants juifs israéliens ou quand ils enrôlent les enfants en bouclier humain dans leurs actions ce qui crée des victimes chez eux. Honte à lui et à son équipe. Ils ont sali le nom de Pierre et Marie Curie qui est celui de leur Université de Paris 6 et ils ont fait connaître au monde entier le nom du Président de leur Université et la date du 16 décembre où ils ont demandé à l’Union européenne de suspendre les accords scientifiques de coopération entre l’Europe et les universités israéliennes.

http://contreleboycott.free.fr/motion.php3

L’Université de Paris 7 et la date du 12 décembre 2002 s’ajoutent ainsi à la date noire du 21 juin 1941 où le Gouvernement français a proclamé les interdictions des Juifs dans l’Enseignement supérieur en France, et à la rentrée universitaire de 1933 où 960 professeurs d’université en Allemagne ont fait le serment de soutenir un régime de terreur, alors celui de Hitler.

Monsieur le Président de Paris 6, vous demandez à l’Union européenne de me boycotter comme de nombreux professeurs français qui enseignent dans les universités israéliennes. J’ai obtenu mon doctorat d’Etat à l’Université de Paris 7 qui s’apprèterait à suivre votre lamentable exemple. J’enseigne la psychologie des violences et de la coexistence humaine, et mes étudiants arabes et juifs travaillent sur le terrain à l’amélioration de la condition humaine et à panser les plaies psychologiques. Je suis Secrétaire général d’une association internationale de recherche sur ces questions qui a réalisé un Congrès de 1600 spécialistes de tous pays dont les pays arabes et d’Iran. Tous m’ont respecté, pas vous. Mes articles sur la psychologie du terrorisme ont été publiés dans les revues scientifiques et par l’Unesco et aussi bien en russe qu’en arabe et en chinois, en plus de l’anglais, du français et de l’espagnol. Aucune université n’a songé à me boycotter parce que j’appartiens à une Université israélienne. Vous, oui. Vous m’avez rajouté et mes collègues à la liste des universitaires juifs concernés par le boycott vichisois. Et livrés à la vindicte. Je ne vous en remercie pas. Honte à vous. L’université porte ce beau nom d’universel pour, justement, ne pas prendre en compte ce qui peut diviser. Vous l’avez ignoré et ravalé au pire, malgré le souvenir proche de ce qui s’est passé à Paris dans notre génération d’adultes. Honte à vous et à ceux qui suivront votre exemple.

Avant d’aller enseigner dans une université israélienne, j’ai tenu à être capable de lire dans la langue originale arabe ou hébreu, les auteurs qui forment la pensée et les mentalités des deux cultures et l’étude du rêve dans les sources classiques arabes est une part de ma thèse de doctorat. Parce que je respecte également chaque humain. Je peux former mes étudiants dans les paramètres de leur propre culture et à ce qu’ils deviennent des psychothérapeutes compétents dans ces deux cultures, et je ne me suis pas contenté de ma culture française qui a d’ailleurs été appréciée par l’Université israélienne qui m’a engagé.

Nous, universitaires français au Proche-Orient, sommes scandalisés par votre approche antisémite qui s’inscrit dans la pire des traditions et nous porte directement atteinte. Mais l’atteinte la plus grave, vous l’avez portée à vous-même et à votre Université devant les yeux des universitaires de TOUS LES PAYS. Il n’est pas trop tard pour que vous annuliez ce vote infame qui est maintenant inscrit dans le calendrier des infamies de notre génération. Heidegger vous avait précédé sur cette ligne, ce n’est pas un brillant exemple.

Le Professeur Roepke, l’un des rares opposants à la coopération au terrorisme à l’époque et de ceux qui ont défendu les victimes, a écrit : " ce fut une scène de prostitution qui entacha la véritable histoire de la science allemande ". Il en est encore, hélas, qui ne comprennent pas les leçons de l’histoire.(*)

Je vous ai écrit une lettre personnelle à laquelle vous n’avez pas répondu, je vous envoie donc cette lettre ouverte.

Professeur Roger Dufour, Psychologue clinicien

Département de Criminologie

Université Bar-Ilan. Ramat Gan. Israël

 

(*) Pour raviver les souvenirs, regardez un instant ce papier: il date de 1941, voici les noms d'autres professeurs de l'Université à Paris mis au boycott. Vous connaissez la suite. C'est par la même injustice que vous nous mettez à l'index.

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