Mar 21 jan 2003 0:50

De l'anathème et de la diabolisation du Juif.
par Carole Dreyfus, chercheur au Floersheimer Institute for Policies Studies, Jérusalem.


Je fais partie de ces universitaires que l'on a condamne, déjà depuis plus d'un an. Ceux contre qui s'est abattue l'anathème européenne, et malheureusement pour l'Humanité, encore au nom de leur naissance. Comme si, l'histoire cherchait en filigrane a se répéter 60 ans âpres.

J'appartiens a ces universitaires et chercheurs que l'on prend au sein de l'Intelligentsia européenne pour les dirigeants de ghettos intellectuels dans lesquels on enseignerait la haine de l'autre. Au mieux, ou l'on prônerait l'idéologie du Grand Israël, ou de quelque théorie non "politically correct" aujourd'hui aux yeux des recteurs de Jussieu, de Nanterre, et des antisémites qui se cachent encore derrière l'antisionisme. Leur compassion, infiltrée souvent de paternalisme, de colonialisme, et de tiers-mondisme, se veut si intense qu'elle en est devenue unilatérale. Les morts israéliens, ne la méritent pas. Et puis, les Juifs ont assez fait pleure le monde. La Shoah, tout le monde connaît!

Aujourd'hui, déchus de leur rôle de victime ils sont par essence coupables, sionistes, ou éternel parias au ban des nations civilisées.


Chercher a convaincre a malheureusement l'air dérisoire, vu depuis Jérusalem.
Je laisserai cela aux grandes plumes médiatiques qui se sont fait , et je les en remercie humblement, porte-paroles de notre cause...de la leur.

Ils sauront trouve les mots, et ont en général a leur crédit, le fait d'avoir visite ces fameuses universités, ou, et il est important de le rappeler encore et encore, sont morts et étudient des hommes et femmes de toutes confessions et venus de partout.
Mon optimisme concernant l'opinion que l'Europe se fait des Juifs, s'est réellement envole a la conférence de Durban. Aux dires de certains de mes collègues, il n'était qu'espoir.

A tous ceux qui ont approuve et approuveront ces "motions de boycott", ces "rogatoires", ces "mises en quarantaine", au nom de de cet humanitarisme fanatique, de cette identification ivre aux Palestiniens, je ne proposerai pas de venir faire un tour sur les campus de l'Université Hébraïque de Jérusalem, celles de Tel-Aviv ou de Beer-Sheva. De s'ouvrir aux mondes en miniature que sont les universités israéliennes, d'y voir la pluralité, l'hétérogénéité qui y règnent. L'ignorance semble ici plus que scandaleuse, elle est pernicieuse et encore une fois utilisée a des fins manipulatrices.


Laissez croire, vous, élite intellectuelle et bien-pensante d'un pays qui pratiqua le numerus clausus, et légalisa l'expulsion des Juifs de ses facultés, que la recherche israélienne, que ses enseignants, ou ses universités ne sont que les instruments de l'enrôlement militaire de l'État Juif...vos concitoyens ont l'habitude de la désinformation.

Vos anathèmes, celles maladroitement regrettées et celles a venir, vous déshonorent certes. Bien au-delà, elles personnifient la rhétorique de diabolisation du Juif récurrente en Europe depuis les accusations de crimes rituels, d'empoisonnement des puits, en passant par les stéréotypes économiques antijuifs jusqu'à l'utilisation des "Protocoles des Sages de Sion" et aux écrits de Charles Maurras. Les universités n'étaient qu'un de ces instruments, le décryptage, je l'espère se fera a long terme.


Ce sujet sur lequel les quotidiens français ont tellement écrit, qui me touche personnellement en tant que chercheuse israélienne et citoyenne française, n'a fait que peu de bruit dans la presse locale

Les universités israéliennes ne se justifieront pas, jamais. Elles continueront leurs échanges avec leurs voisins Arabes et le monde, des étudiants de partout y afflueront encore, elles resteront les bastions de l'espoir démocratique et de l'échange au Moyen-Orient, quoique vous en disiez.

C'est entre autre par leurs biais que se concrétisera un jour l'espoir de paix qui vit ici.

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