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Qu'a dit VRAIMENT Sharon?

Yigal Palmor-Conseiller à l'information-Ambassade d'Israël
20 novembre 2001

Jamais le décalage n'était aussi abyssal entre la réalité en Israël et sa représentation dans la presse étrangère. Alors que la presse israélienne rendait compte d'une rencontre somme toute plutôt correcte entre Sharon et la délégation de l'U.E., faisant même état d'une certaine satisfaction des européens concernant l'importance qu'a reconnu à leur rôle le Premier Ministre israélien (Haaretz), la presse franco-belge décrit la réunion en des termes cataclysmiques. Alors que la presse israélienne accorde aux déclarations intempestives autour de la visite européenne l'importance minimale qu'elles méritent, la presse franco-belge, quasiment unanime, en fait la position officielle de Sharon et d'Israël, dont la priorité serait ainsi d'insulter leurs invités. Quand on pense que les titres du Maariv, du Yedioth et du Haaretz relevaient que les dirigeants de l'U.E. avaient qualifié en public la position de leur hôte de "stupide"...

Nous vous proposons de comparer le ton et la teneur des comptes rendus de la presse franco-belge avec le texte intégral de la déclaration de Sharon après sa réunion avec Verhofstadt, Prodi et Solana. Et à la fin, une petite dépêche qui montre qu'on ne vous a pas tout raconté. Jugez vous même si vous avez été bien informés:

Extraits des articles publiés dans les grands quotidiens de France et de Belgique:


Libération:

Car la délégation de l'Union européenne, conduite par le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a été plus que glacialement reçue hier par le gouvernement Sharon. (...)

Sharon, qui n'a donc aucune raison de porter la Belgique dans son cœur, "a décidé de marquer son mécontentement en réduisant le temps prévu pour sa rencontre avec les Européens", notait un membre de la délégation de l'Union. Accompagné de son ministre des Affaires étrangères, Louis Michel, du président de la Commission, Romano Prodi, et du haut représentant de l'UE pour la politique extérieure, Javier Solana, Guy Verhofstadt a pu constater l'hostilité d'Israël à toute intrusion de l'Europe dans le processus de paix. (...)

Le Figaro:

"J'ai trouvé étrange l'accueil réservé à la délégation européenne..." Le ministre des Affaires étrangères, Louis Michel, n'a pas caché son étonnement au sortir d'une conférence de presse au vinaigre à Jérusalem. Le premier ministre, Ariel Sharon, s'est lancé publiquement dans une charge à la baïonnette contre la délégation de haut niveau qui se tenait à ses côtés (...)Martelant son pupitre, Ariel Sharon a sommé les Européens de cesser leur aide à Yasser Arafat (...)D'ailleurs, les Européens sont trop naïfs pour jouer un rôle politique, suggère Ariel Sharon (...)Ce n'est pas la première fois que des dirigeants israéliens manifestent leur rancœur aux Européens, à qui ils prêtent depuis longtemps des positions "pro-palestiniennes". Mais les mauvaises relations ont atteint hier un nouveau nadir.

Le Monde:

Le coup de froid qui a frappé Israël, dimanche 18 novembre, n'a pas épargné les relations avec l'Union européenne. La délégation conduite par le président de la Commission, Romano Prodi, avait bien du mal à trouver des éléments positifs à l'issue de ses entretiens avec le ministre des affaires étrangères, Shimon Pérès et le premier ministre, Ariel Sharon, rencontré à deux reprises. Leur volonté de voir se briser un cercle infernal de violence venait de se rompre sur l'intransigeance israélienne (...)En vain, la délégation s'est réjouie de la baisse de la violence intervenue au cours des douze jours précédents. M.Sharon a aussitôt répliqué en égrenant une ribambelle de chiffres attestant, selon les Israéliens, de la poursuite des actions "terroristes" palestiniennes. (...)Les Européens n'ont pas été mieux récompensés pour leur engagement financier. Alors qu'ils portent l'Autorité palestinienne à bout de bras, notamment du fait du blocage par Israël du produit des taxes qui lui revient pourtant de droit, M.Sharon a justifié cette décision en indiquant que son gouvernement refusait de "payer les salaires de ceux qui nous tuent", laissant entendre que les Européens n'avaient pas ces réserves (...)

Le Soir:

La justice belge veut entendre le Premier ministre israélien le 28 novembre. Mais là n'est pas la raison de l'échec cinglant de la délégation européenne en Israël. C'est l'intransigeance du Premier ministre israélien qui en est la cause(...)La visite dirigée par la Belgique se termine en camouflet et en campagne hostile (...)Israël envoie paître les Européens(...)Impossible, évidemment, de savoir quels propos ont été échangés durant les entretiens de la mission européenne avec Ariel Sharon et Shimon Peres, son chef de la diplomatie. Mais si la conférence de presse du Premier israélien - à laquelle n'assistait d'ailleurs pas Shimon Peres, contrairement à ce qui était prévu - est censée en être une version édulcorée, l'ambiance a dû être chaude (...)


Déclaration du Premier ministre Ariel Sharon à la suite de sa rencontre avec le Premier Ministre belge Guy Verhofstadt.

Jérusalem, 18 novembre 2001

"Je voudrais d’abord souhaiter chaleureusement la bienvenue au Premier Ministre de la Belgique, M. Guy Verhofstadt, qui assure la présidence tournante de l’Union Européenne ,et à M . Romano Prodi, Président de la Commission Européenne. Bienvenus à Jérusalem, capitale du peuple juif pendant plus de 3000 ans et la capitale unifiée et indivisible d’Israël pour toujours.

Israël est une nation qui cherche la paix. Notre main a toujours été tendue en amitié vers nos voisins, et aujourd’hui nous désirons poursuivre le chemin de la paix.

Nous voulons la paix avec nos voisins palestiniens, une véritable paix, une paix pour des générations — des générations d’Israéliens et des générations de Palestiniens. Israël veut la paix, mais nous ne devons pas oublier qu’au cours de cette dernière année l’Etat d’Israël a du faire face à une campagne de terrorisme brutal qui nous a été imposé par la force par l’Autorité palestinienne. La source de cette terreur et de cette incitation à la terreur émane du Président Arafat, qui dirige cette coalition de la terreur en coopération avec le Hamas, le Jihad Islamique, le Hezbollah, le Fatah, le Tanzim et la Force 17. A chaque fois qu’Arafat annonce à la communauté internationale qu’il a arrêté des terroristes, nous voyons ces mêmes terroristes se ballader librement dans la rue, préparant des bombes et des explosifs. Heureusement pour nous, ces bombes et explosifs atteignent parfois ceux qui les posent.

Notre objectif actuel est avant tout d’amener un cessez le feu, de ramener le calme. L’équipe de négociations que j’ai constitué et dont j’ai pris la tête, de pair avec le Ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, mènera des pourparlers afin de parvenir à un cessez le feu. Lorsque le calme régnera, lorsque la terreur cessera, alors nous pourrons parler de paix.

J’ai dit dans le passé qu’en échange d’une véritable paix, Israël serait prêt à des compromis douloureux. Il n’y aura cependant aucun compromis sur la sécurité et la sûreté des citoyens d’Israël.

Les relations bilatérales entre l’Europe et Israël reposent sur une tradition de longue date de valeurs communes :

Liberté démocratique et économie de marché. L’envergure de nos échanges commerciaux réciproques touche les 25 milliards de dollars, et il existe aussi une coopération dans le domaine de la recherche et le développement. Il est important que ces relations s’élargissent davantage, sans rapport avec des questions politiques liées au conflit du Proche Orient.

Les chefs de l’Union Européenne ont un rôle important à jouer afin de parvenir à cette paix que nous appelons tous de nos vœux. Je vous appelle à aider le peuple palestinien en construisant des usines, en établissant des infrastructures et en investissant dans l’industrie palestinienne. Ne transférez pas vos fonds à l’Autorité palestinienne, car dans ce cas votre argent servira à acheter des armes et du matériel militaire — des armes qui seront dirigées contre l’Etat d’Israël. Votre rôle aujourd’hui est d’investir dans les gens.

Encore une fois, je voudrais remercier le Premier Ministre (Verhofstadt) et le Président de la Commission Européenne (Prodi) d’avoir laissé de côté un moment vos problèmes pour venir nous aider avec les nôtres. Je suis persuadé que lorsque nous aboutirons enfin à cette paix tant recherchée, nous serons heureux d’en faire de même pour vous…"


C'était le texte complet de la déclaration de Sharon. Quant à la "ribambelle de chiffres" invoquée sarcastiquement par Le Monde, voici l'échange qui a eu lieu d'après les quotidiens israéliens:

Verhofstadt: Pendant ces 12 derniers jours on a pu assister à une baisse relative des incidents violents, et Arafat a commencé à procéder à des arrestations. Il nous a promis d'agir contre les terroristes.

Sharon: Pendant ces 12 jours on a enregistré 268 incidents terroristes au cours desquels 5 israéliens ont été tué et 59 blessés. Nous avons arrêté 55 terroristes alors qu'Arafat n'en a arrêté qu'un seul, et nous ne savons même pas combien de temps il restera en prison. Nous avons pu empêcher qutre attentat de grande envergure sur le territoire israéliens

(version du Haaretz, les autres étant pratiquement identiques.)


Et finalement, même certains correspondants étrangers ont du concéder que tout n'était pas aussi catastrophique: voyez une dépêche de l'agence BELGA, reproduite par LA LIBRE BELGIQUE:on peut se demander ou étaient les autres correspondants et si le Sharon décrit par ce texte est le même anti européen viscéral décrit (et décrié) par les précédents:

Sharon plus conciliant

Mis en ligne le 18/11/2001 ; La Libre Belgique

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Le Premier ministre israélien Ariel Sharon s'est montré plus conciliant pendant sa deuxième rencontre dimanche en comité restreint avec son homologue belge Guy Verhofstadt, qui mène une délégation au Proche-Orient au nom de l'UE dont la Belgique assure la présidence, a-t-on appris de source diplomatique belge.

L'initiative de cette réunion, qui a duré une heure et demie dans le bureau de M. Sharon, est venue du chef du gouvernement israélien.

De source diplomatique, la rencontre s'est déroulée dans une atmosphère moins tendue que la première réunion qui a tourné au dialogue de sourds. Même si le message de base de M. Sharon a été le même, le Premier ministre israélien aurait adopté un ton plus conciliant, laissant la porte ouverte à des propositions de l'UE.

M. Sharon aurait ainsi promis qu'il garderait un contact régulier avec la présidence de l'Union et qu'il se montrerait plus "bienveillant " avec le chef de l'Autorité palestienne Yasser Arafat, qui occupe une position "difficile " pour laquelle le Premier ministre israélien aurait fait preuve de compréhension, estime-t-on de source diplomatique.

Le chef du gouvernement israélien a aussi insisté auprès de l'UE pour qu'elle "reste en relation étroite " avec M. Arafat et pour "qu'elle aide " ce dernier dans ses tentatives à garder sous contrôle la situation intérieure des territoires palestiniens.

M. Sharon a toutefois maintenu la condition absolue des sept jours sans violence avant toute reprise des négociations.

Après la rencontre avec M. Sharon, M. Verhofstadt s'est réuni à l'hôtel "King David " avec le représentant spécial de l'UE pour la région, Miguel Angel Moratinos, l'ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Dan Kurtzer, et le représentant spécial de l'ONU au Proche-Orient, Tarje Rod Larsen.

L'ambassadeur russe a été convié à cette réunion mais n'y a pas assisté en raison de diverses obligations. Le Premier ministre belge a également téléphoné à M. Arafat pour le tenir informé de ses discussions avec M. Sharon. (BELGA)

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