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10 février 2002 - 26 Adar 5762

La Guerre pour la Paix du "Moment"
Par Ari Shavit - Ha'aretz

C'est notre coffeehouse. Nous venons ici le matin pour un café express et un croissant. Nous venons ici en soirée pour une Kilkenny. Saisir ce qui nous a quitté de normalité, de notre santé mentale. Saisir ce qui nous a quitté de notre mode de vie. Mais maintenant, dix minutes après le hurlement assourdi de l'explosion, le coffeehouse est calme.

À l'extérieur, les scènes télévisées d'ambulances et de la police ont commencé. Mais à l'intérieur, c'est mortel toujours. Seulement l'odeur de combustion. De chair humaine carbonisée. Un jeune homme au comptoir, brûlé. Une jeune fille habillée de noir, jettée par terre. Mains humaines, cuisses humaines, un crâne humain. Un beau jeune homme dans un t-shirt étendu en arrière sur un haut tabouret. Absolument immobile.

À l'extérieur, les cris perçants des gens évacués. La botte d'une fille sur la rue, les tessons de verre, flaques de sang. Représentants d'un organisme humanitaire ultra-orthodoxes de l'autre section de la ville emportant les gens avec des membres arrachés vers les ambulances.

C'est ici juste parmi nous. Au milieu de Rehavia, près du monastère de Terra Sancta, juste en face de la résidence du Premier ministre. Le coeur du vieux Jérusalem. Le coeur de la dernière tentative de préserver un semblant de santé mentale à Jérusalem, une allusion à la sophistiquée européenne "joie de vivre". Et quand les jeunes gens survivants commencent désespérément la recherche de leurs amis, quand le dernier des blessés a été évacué, les lèvres tremblantes, quand l'essai de la police pour imposer en quelque sorte de l'ordre sur le chaos provoqué au coeur de la ville, ce dernier événement incompréhensible rejoint toutes les choses incompréhensibles, les autres qui sont arrivées pendant les quelques mois passés.

Les peintres et les vitriers viendront-ils vraiment demain ? Reviendrons-nous en effet nous asseoir ici, sur les haut tabourets ? Sera-t-il en effet possible de continuer la routine du matin à la place où les corps sont maintenant répandus ?

Exactement il y a une semaine, une manifestation de paix a été tenue à l'extérieur.Ils ont chanté la Guerre de la Paix des Implantations. Mais quand le soldat du génie de la police marche parmi les jeunes gens morts, cherchant un autre engin explosif, il ne resemble pas à ça. Il semble très, très différent. Peut-être la Guerre au "Moment" ? Peut-être la Guerre pour une chance à la société Occidentale de survivre au Moyen-Orient ?

Vrai, ce n'est pas une guerre vraiment sublime. Ce n'est pas une guerre aux idées exaltantes. Et nous sommes toujours là, dans des territoires qui nous empêchent de retourner à nous mêmes.. Mais nous ne pouvons plus continuer à nous duper. Cette guerre est au café du matin et au croissant. A la bière du soir. A nos vies.


Texte original


The War for a Moment's Peace
By Ari Shavit - - Ha'aretz

It's our coffeehouse. We come here in the morning for an espresso and a croissant. We come here in the evening for a Kilkenny. To grasp what is left of normalcy, of our secular sanity. To grasp at what is left of our way of life. But now, ten minutes after the muffled roar of the explosion, the coffeehouse is quiet.

Outside, the televised scenes of ambulances and police have begun. But inside, it is deathly still. Only the smell of burning. Of charred human flesh. A young man at the counter, burned. A young girl wearing black, blasted to the ground. Human hands, human thighs, a human skull. A handsome young man in a t-shirt sprawled backwards on a high barstool. Absolutely still.

Outside, the screams of the people being evacuated. A girl's boot in the road, shards of glass, bloodstains. Ultra-Orthodox rescue workers from the other section of the city carrying away people with limbs torn from them to the ambulances.

It's here, right amongst us. In the middle of Rehavia, near Terra Sancta monastery, just opposite the prime minister's residence. The heart of old Jerusalem. The heart of the last attempt to preserve a semblance of sanity in Jerusalem, a hint of sophisticated European joie de vivre. And when the surviving young people start desperately seeking their friends, when the last of the wounded have been evacuated, lips trembling, when the police try to impose some sort of order on the chaos wrought in the heart of the city, this latest incomprehensible event joins all the other incomprehensible things that have happened over the past few months.

Will the painters and glaziers indeed come tomorrow? Will we indeed come back to sit here, on high barstools? Will it indeed be possible to continue the morning routine at the place where the bodies are now strewn?

Exactly one week ago, a peace demonstration was held outside. The War of the Settlements' Peace, they chanted. But when the police sapper walks amongst the dead youths, searching for another explosive device, it does not seem so. It seems very, very different. Maybe the War for Moment? Maybe the War for the chance of a Western society to survive in the Middle East?

True, it is not a particularly sublime war. It is not war over exalted ideas. And we are still there, in the territories that prevent us from returning to ourselves. But we can no longer keep fooling ourselves. This war is about the morning's coffee and croissant. About the beer in the evening. About our lives.