Sam 8 fév 2003 20:59

Nouvel Antisémitisme : Acte II

Par Sophie Kulbach

 

Lorsqu'une personnalité intellectuelle ou politique ose aller à contre courant de la pensée politiquement correcte dominante, pleurs et grincements de dents accompagnent généralement ces trop rares instants de parler vrai. On se souvient de la volée de bois vert qui avait accompagné le désormais célèbre discours de Jacques Chirac sur "le bruit et l'odeur". Roger Cukierman vient d'en faire l'amère expérience.

Lors du dîner annuel du CRIF, il a osé dénoncer avec la même virulence l'antisémitisme de l'extrême gauche — maquillé sous la respectabilité progressiste de l'antiracisme — et celui de l'extrême droite. Il a réitéré son affirmation à l'occasion d'une confrontation avec Olivier Besançenot, figure médiatique de la très démocratique Ligue communiste révolutionnaire. Son courage politique et son honnêteté intellectuelle lui ont valu de se voir assigner devant le Tribunal correctionnel de Paris par la respectable organisation trotskiste suscitée, ainsi que par la vertueuse Lutte Ouvrière.

Pourtant, à la réflexion, cette action en justice, loin de contredire les dénonciations de Roger Cukierman, illustre parfaitement les dérives d'une certaines extrême gauche, au sein de laquelle il est de bon ton de crier "Vive le Hamas ! Le Hamas vaincra", de tolérer les cris de "Mort aux Juifs" dès lors qu'ils sont scandés par des musulmans fanatisés ou de minimiser l'antisémitisme des "Banlieues de l'Islam". En effet, comme l'a fort justement démontrer Pierre-André Taguieff, la nouvelle judéophobie consiste à retourner aux Juifs l'accusation de racisme et en définitive à retourner la Shoah contre ses victimes historiques. A cet égard, les termes du communiqué commun des deux mouvements précités sont significatifs : "La Ligue communiste révolutionnaire et Lutte ouvrière ne peuvent accepter d'être qualifiés de racistes et d'antisémites pour la seule raison qu'elles critiquent, comme beaucoup de milieux israéliens, la politique brutale, de destruction de la société et du peuple palestiniens, menée par le gouvernement de Sharon" (souligné par nous). Le Premier Ministre israélien, par deux fois démocratiquement élu à ce poste, se voit accusé sans autres formes de procès de détruire un peuple. En d'autres termes, c'est bel et bien un génocide que le héros de la Guerre du Kippour se voit reprocher. Si les mots ont un sens, Ariel Sharon se voit accuser de perpétrer le crime pour lequel les bourreaux nazis ont été condamnés par le Tribunal de Nuremberg ou par des juridictions similaires.

Olivier Besancenot, qui n'en est pas à une indécence historique près, a accusé sur le plateau de Thierry Ardisson, Roger Cukierman de collusion avec l'extrême droite. Une nouvelle fois, ces propos illustrent de façon flagrante la nouvelle judéophobie, puisque le Président du CRIF se voit coller l'infamante étiquette de raciste.

En définitive, il est temps de comprendre que l'antisémitisme d'extrême droite a vécu et qu'il ne subsiste plus que parmi des couches très marginales de la population. En revanche, comme l'a fort justement montré Gilles-William Goldnadel dans son essai "Le nouveau bréviaire de la haine", l'antisémitisme de l'extrême gauche, qui a fait couler tant de sang juif ces trente derniers années, est plus vivace que jamais. Il est d'autant plus dangereux qu'il s'abrite sous les augustes auvents de l'antiracisme, du respect de la différence ou de l'anticolonialisme. La durbanisation des esprits, en ces temps politiquement corrects, a fécondé le ventre "d'où a surgi la bête immonde" …

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