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"Les points de révision de l’histoire du sionisme: thèses en présence et récupération révisionniste"

Yad Vashem, 25 décembre 2001 (Conférence du Bnai Brith)

Dr. Emmanuel Navon

 

Introduction:

Il a beaucoup de confusion autour des travaux des "nouveaux historiens" auto-proclamés tells que Benny Morris, Avi Shlaim, Zeev Sternhell, ou Ilan Pappé.  Sont-ils des universitaires sincères en quête de vérité ou des charlatans qui tronquent les archives pour promouvoir leurs idées politiques d’extrême-gauche ? 

Leurs arguments sont célébrés par les Arabes et ont été utilisés à profusion par les Palestiniens lors de la Conférence de Camp David.  On entend souvent dire à propos d’eux, surtout par ceux qui n’ont pas lu leurs livres et articles: "Ils ont cassé un mythe et ont révélé la vérité." 

Ma thèse est la suivante: remettre en cause des idées reçues à la lumière d’archives jusqu’alors inaccessibles est un processus sain et louable.  C’est le travail de l’historien, à condition bien sûr qu’il soit effectué avec rigueur et honnêteté.  Mais ce n’est pas ce qu’ont fait les soit-disant "nouveaux historiens."  Leurs découvertes factuelles dans les archives nouvellement ouvertes aux chercheurs sont minimes.  Par ailleurs, ils ignorent les archives qui contredisent leurs théories et tronquent intentionnellement les citations et documents afin de soumettre les faits à leur programme politique qui consiste à dépeindre la naissance d’Israël comme un pêcher et comme le fruit d’un complot impérialiste.  J’ai choisi pour cette conférence deux exemples pour démontrer ma thèse: 1) La théorie de Benny Morris selon laquelle les dirigeants du Yishuv avaient sciemment planifié l’exil des Arabes palestiniens; 2) La thèse de Avi Shlaim selon laquelle Israël et la Grande-Bretagne s’étaient alliés contre les Arabes en 1947. 

 

I.  Benny Morris et la responsabilité d’Israël dans le problème des réfugiés palestiniens:  

 

Lorsque le célèbre historien Efraim Karsh lut pour la première fois le livre de Benny Morris sur la naissance du problème des réfugiés palestiniens, il fut très surpris de la traduction que fit Morris d'une lettre de Ben-Gourion à son fils Amos en 1937.  Dans la traduction de Morris, on pouvait lire ceci: "Nous devons expulser les Arabes et prendre leur place."  Cette traduction souleva le soupçon de Karsh, qui connaissait la version originale, en Hébreu, de cette lettre.  Il alla vérifier dans les archives, et voilà ce que disait la lettre : "Nous n’avons ni envie ni besoin d’expulser les Arabes et de prendre leur place.  Nous voulons construire un pays dans lequel il aura de la place tant pour les Juifs que pour les Arabes."

 

Autre exemple.  En 1996, Benny Morris publia un article dans le Journal of Palestine Studies, dans lequel il affirma que  "à la fin des année 60 et dans les années 70, le Gush Emunim ne cessa de violer la loi en construisant des colonies en Cis-Jordanie.  Les gouvernements travaillistes de l’époque, dirigés par Lévi Eshkol, Golda Méïr et Yitzhak Rabin, cédèrent au Gush Emunim"   Le Gush Emunim ayant été établi en 1974, comment pouvait-il construire des colonies à la fin des années 60?  Par ailleurs, comment Lévi Eshkol aurait-il pu céder au Gush Emunim alors qu’il mourut cinq ans avant la création de cette organisation ?  Même chose pour Golda Méïr, qui démissionna peu de temps avant que cette organisation commence son activité ?

 

Dans son livre La naissance du problème des réfugiés palestiniens, Morris ne souscrit pas à la thèse arabe selon laquelle les dirigeants du Yishuv formulèrent et mirent en application un plan d’expulsion des Arabes palestiniens.  Cependant, Morris affirme que "depuis la fin des années 30, la plupart des dirigeants du Yishuv dont Ben-Gourion voulait établir un État juif sans minorité arabe, ou tout au moins avec une minorité la plus petite possible, et était favorable à une "solution du transfert."

 

Morris omet de placer les discussions des dirigeants du Yishuv sur la question du transfert dans leur contexte historique: celui de la réaction des Juifs au plan de partage de la Commission Peel de 1937 (mise en place par le gouvernement britannique).  Cette commission avait recommandé de diviser la Palestine occidentale (ouest du Jourdain) entre un État arabe et un État juif, l’État arabe devant recevoir 85% du territoire.  C’est la Commission Peel qui avança l’idée d’un transfert de population, afin d’éviter que le minuscule État juif se retrouve avec une forte minorité arabe de 225,000 habitants, et afin d’éviter que le futur État arabe, nettement plus grand, ait une minorité juive de 1,250 habitants.  Ben-Gurion accepta le plan de partage de la Commission Peel ainsi que sa proposition sur les transferts de populations, à condition que ces transferts fussent conduits par la Grande-Bretagne et approuvés par la Société des Nations.  La Grande-Bretagne finit par abandonner l’idée, et les dirigeants du Yishuv en firent de même et ne soulevèrent plus la question.  La Commission Woodhead, chargée de fournir de nouvelles idées concernant la partition nota dans l’un de ses rapports en 1938 concernant les transferts de populations: "Au nom des Juifs, il nous a été indiqué de façon claire que l’opinion juive est opposée à toute forme de coercition."  De fait l’idée de transfert de populations de la Commission Peel fut abandonnée tant par la Grande-Bretagne que par les dirigeants du Yishuv.   

 

Morris donne à son lecteur la fausse impression que ce furent les dirigeants du Yishuv, et non la Commission Peel, qui émirent l’idée de transferts de populations.  Morris écrit, sans le prouver, que lors des délibérations sur le plan de partage de 1947, la Grande-Bretagne insista sur le fait qu’elle "s’opposait au transfert et ne le mettrait pas en œuvre pour les Juifs."  Or les Juifs eux-mêmes avaient abandonné l’idée dès 1938.  Morris affirme par ailleurs que le Comité exécutif de l’Agence juive consacra quatre longues délibérations à la question du transfert entre 1937 et 1938.  En réalité, cette question ne fut soulevée qu’à la fin de la dernière délibération, et le Comité n’adopta ni programme ni position à ce sujet.  Contrairement à ce qu’affirme Morris, les autre délibérations du Comité ne mentionnèrent pas une fois la question du transfert.  Comme en attestent les documents de l’Agence juive, cette question ne fut plus soulevée par la suite (c’est-à-dire dans les années 40) par les délibérations du Comité exécutif de l’Agence juive.  En dépit de ce fait, Morris prend la liberté d’affirmer, sans preuves à l’appui, que l’idée de transfert "avait des fondements dans le principal courant de la pensée et même du plan juif entre la fin des années trente et les années quarante."

 

Morris affirme, sur la bases du texte des délibérations du Comité exécutif de l’Agence juive en date du 7 juin 1937 que "Ben-Gourion dit clairement [lors de cette délibération]: ‘Le point d’ancrage pour une solution au problème arabe dans l’État juif est la conclusion d’un accord avec les États arabes permettant le transfert des Arabes de l’État juif vers les États arabes."  Or le texte de ladite délibération de l’Agence juive est le suivant : "Le point d’ancrage pour une solution au problème arabe dans l’État juif est le besoin de préparer le terrain pour une entente judéo-arabe."  Ben-Gourion ne mentionne nulle part l’idée de transfert dans cette séance du Comité exécutif de l’Agence juive.  Lors des délibérations du Comité exécutif de l’Agence juive deux jours plus tard (le 9 juin), les membres du Comité discutèrent du sujet du futur statut des Arabes dans l’État juif.  Le sujet du transfert ne fut pas sujet à débat.  Pourtant, Morris affirme que lors de cette délibération, "il y eut un consensus en faveur du transfert, le débat portant sur son amplitude et sur la question de savoir si il devait être mis en œuvre avec ou sans l’aide de la Grande-Bretagne."  

 

La malhonnêteté de Morris atteint un point culminant lorsque celui-ci insinue que Ben-Gourion avait laissé entendre, lors d’un discours en date du 13 décembre 1947, que seul le transfert assurerait le maintient d’une majorité juive dans l’État juif.  Morris ne cite qu’une partie du discours de Ben-Gourion.  Dans cette partie du discours que cite Morris, Ben-Gourion avait mis en garde sur le fait que dans l’État juif proposé par le plan de partage les Juifs ne constitueraient qu’une faible majorité de 60%Morris coupe la citation juste après que Ben-Gurion ait declaré : " Il nous faudra alors penser en termes d’État, en termes d’Indépendance."  Morris laisse au lecteur le soin de conclure quelle était l’intention de Ben-Gourion.  Or Ben-Gourion explique très clairement quelle solution il envisage à ce problème dans la phrase que Morris a intentionnellement effacée: "Il faut que nous fassions venir un million et demi de Juifs dans le pays."  L’Alyiah, et non par le transfert, était la solution envisagée par Ben-Gourion au déséquilibre démographique de l’État juif.

 

Autre exemple de citations coupées.  En Conseil des Ministres date du 16 juin 1948, Ben-Gourion explique son opposition au retour des réfugiés en termes suivants: "Et nous devons empêcher leur retour.  Ni nous ni l’opinion publique internationale ne peuvent ignorer le fait que 700,000 Juifs sont confrontés ici à 27 millions d’Arabes, un rapport de 1 à 40.  La conscience de l’humanité ne fut pas choquée lorsque 27 millions d’Arabes attaquèrent 700,000 Juifs —et ce après que 6 millions de Juifs aient été massacres en EuropeIl n’est pas juste d’exiger de nous que nous retournions à Abu Kabir et Jaffa ceux qui ont essayé de nous détruire."  Morris ne cite que la première phrase ("Et nous devons empêcher leur retour") et la dernière phrase ("Il n’est pas juste d’exiger de nous que nous retournions à Abu-Kabir et Jaffa ceux qui ont essayé de nous détruire").  Il coupe intentionnellement le passage dans lequel Ben-Gourion explique pourquoi il est immoral et absurde d’exiger d’une communauté de 700,000 Juifs de réintégrer 700,000 Arabes, alors même que le peuple Juif vient d’être décimé en Europe et qu’il est entouré de 27 millions d’Arabes.  En lisant la citation amputée de Morris, le lecteur peut logiquement être amené à penser que Ben-Gourion s’opposait au retour des réfugiés sans raison valable ou par pure cruauté.  

 

Dans un article publié dans la Revue of Palestine Studies au printemps 1995, Morris écrit que le Conseil des Ministres du Gouvernement provisoire de l’État juif en date du 16 juin 1948 avait décidé d’empêcher le retour des réfugiés.  Or le protocole de ce Conseil des Ministre ne comporte aucune décision concernant le retour des réfugiés

 

Morris tronque le texte de ce Conseil des Ministres dans la traduction qu’il fournit au lecteur.  Dans son livre, Morris retranscrit les mots de Ben-Gourion de la façon suivante : "Mais la guerre est la guerre.  Nous n’avons pas commencé la guerre.  Ce sont eux qui ont fait la guerre, Jaffa nous a fait la guerre.  Et Haifa également.  Et je ne veux pas que ce qui se sont enfuis reviennent.  Je ne veux pas qu’ils refassent la guerre."  La phrase centrale de cette citation ("Je ne veux pas que ceux qui se sont enfuis reviennent") n’existe nulle part dans le protocole et est une fabrication de Morris.  Voici le texte du protocole : "Mais la guerre est la guerre.  Nous n’avons pas commencé la guerre.  Ce sont eux qui ont fait la guerre.  Jaffa nous a fait la guerre, Haifa nous a fait la guerre, Beit Shéan nous a fait la guerre.  Et je ne veux pas qu’ils nous refassent la guerre."  Le rajout de cette phrase est une forfaiture pure et simple. 

 

Le 18 août 1948, Ben-Gourion convoqua une délibération gouvernementale sous le titre: "Faut-il ou non accepter le retour des Arabes."  Dans le livre de Morris, ce titre officiel se transforme en : "Discussion sur le problème des réfugiés arabes et sur les moyens d’empêcher leur retour." 

 

 

II.  La Grande-Bretagne et le Sionisme selon Avi Shlaim et Ilan Pappé:

 

L’hostilité de la Grande-Bretagne au mouvement sioniste est tristement connue et truffée d’exemples: son opposition au plan de partage, son refus obstiné d’assister l’ONU dans la mise en place du plan de partage, son empêchement de l’immigration juive, sa détention de survivants de l’holocauste dans des camps de concentration à Chypre (en particulier les hommes en âge de se battre pour éviter qu’ils participent à la guerre d’Indépendance), sa fourniture d’armes et de conseils techniques aux armées arabes, ses yeux fermées sur l’entrée d’armes illégales en provenance des pays arabes vers la Palestine, son blocus total sur l’importation d’armes pour la Haganah, son refus de reconnaître Israël pendant les neuf mois qui suivirent son indépendance, son opposition à l’admission d’Israël aux Nations Unies, etc.

 

En dépit du sombre rôle de la Grande-Bretagne, et en particulier de son Ministre des Affaires étrangères Ernest Bévin, Avi Shlaim et Ilan Pappé prétendent  avoir découvert que la Grande-Bretagne et le Yishuv étaient en réalité complices et qu’elles s’étaient allies contre les Arabes.   

 

Shlaim affirme que la Grande-Bretagne avait donné son accord tacite et son support logistique pour que la Jordanie et l’État juif se partagent la Palestine occidentale.  Mais Shlaim ne produit pas une preuve —pas une– pour soutenir cette affirmation étrange. 

 

L’un des membres du parti travailliste britannique de l’époque relate dans ses mémoires que le but de Bévin était d’assurer une victoire de l’armée d’Abdallah afin de ne laisser de l’État juif qu’une minuscule entité qui tomberait à la merci de la Grande-Bretagne. 

 

L’historien britannique William Roger Louis, quant à lui, reconnaît que le but de la Grande-Bretagne était d’assurer une victoire militaire arabe qui permettrait de détacher le Néguev de l’État juif afin d’assurer une continuité territoriale entre l’Égypte et la Jordanie. 

 

Le 20 mai 1948, Bévin fit savoir par télégramme à son ambassadeur à Washington : " Je n’ai aucune intention de reconnaître l’État juif dans le proche avenir et encore moins d’accepter qu’il devienne membre des Nations Unies." 

 

C’est sous la pression britannique que l’ONU nomma pour médiateur le Comte Folke Bernadotte, qui proposa de réduire l’État juif aux dimensions similaires à celles qui avaient été proposées par la Commission Peel, ce qui impliquait entre autre la perte du Néguev par l’État juif.

 

Bévin poursuivit, après l’holocauste, la politique de restriction de l’immigration juive en Palestine et proposa de résoudre la question juive après la Shoah en réinstallant les Juifs à travers le monde.  Le 12 octobre 1945, il écrivit à son ambassadeur à Washington Lord Halifax: "Il est vrai que les Juifs ont subi un massacre terrible, mais après tout ils s’en sont sortis et certains ont survécu.  Il faut les aider à se réinstaller en Allemagne."  Lorsque les États-Unis demandèrent publiquement à la Grande-Bretagne d’héberger en Palestine les survivants de la Shoah, Bévin répondit: "Mais l’Allemagne est leur pays!  Ils ne l’ont jamais quitté et comment pouvons nous les rapatrier dans une pays [la Palestine] qui n’est pas le leur et dans lequel ils n’ont jamais vécu ?"

 

La raison pour laquelle Bévin se prononça en faveur d’un cessez-le-feu entre les armées israéliennes et les armées arabes en mai 1948, et qu’il pensait que seul un tel cessez-le-feu était à même de maintenir l’embargo sur l’envoi d’armes vers Israël.  Le 26 mai, il déclara au conseiller juridique du roi Farouq d’Égypte, Edgar Gallad Bey : "Si les Arabes rejettent le cessez-le-feu, nos efforts pour empêcher la levée de l’embargo d’armes [envers Israël] n’auront servi à rien."  Le 6 juillet 1948, Bévin télégraphia à son ambassadeur en Jordanie Sir Alec Kirkbride : "Je suis convaincu que la continuation du cessez-le-feu jouera en faveur des Arabes et que son interruption serait un désastre pour eux." 

 

La Jordanie, l’Égype et l’Irak étaient liées avec la Grande-Bretagne par des traités militaires qui obligeaient la Grande-Bretagne à soutenir ces pays militairement —ce qu’elle fit avec zèle.  En s’adressant au parlement le 25 février 1947, Bévin déclara : "Il ne peut y avoir deux États viables en Palestine" et il s’opposa ferment au plan de partage de l’ONU qu’il jugea "injuste pour les Arabes."  Sir John Troutbeck, directeur du Bureau britannique pour le Moyen-Orient au Caire, écrivit le 11 juin 1948 : "Un État juif n’est pas plus dans notre intérêt que dans celui des Arabes."  Dans une conversation avec l’ambassadeur des Etats-Unis à Londres le 29 avril 1948, Bévin qualifia les Juifs de "prédateurs agressifs et totalitaires."  Dans une conversation avec le Premier Ministre Clement Attle, Bévin compara l’immigration juive en Palestine à l’invasion des armées allemandes en Europe de l’Est : "Ils copient les méthodes de Hitler.  Hitler envoyait les gens comme touristes, lesquels étaient armés dès qu’ils pénétraient en terre étrangère.  Les Juifs, eux, s’incrustent sous prétexte d’être des immigrés et se transforment immédiatement en soldats."

 

Les "nouveaux historiens" font un usage très sélectif des documents historiques à leur disposition.  Par exemple, Ni Morris ni Shlaim n’ont consulté les indispensables archives de la Haganah et de Tsahal.  Quant à Ilan Pappé, son livre Les Origines du Conflit Israélo-Arabe, il ne contient aucune découverte historique et ses seules sources sont les livres d’autres auteurs écrits sur le même sujet.

 

La théorie infondée de Shlaim et de Pappé sur la soit-disant connivence entre Bévin et le Yishuv n’est pas seulement contredite par les archives.  Elle l’est également par le témoignage de Abba Eban, qui fut le premier ambassadeur israélien à l’ONU et aux Etats-Unis.  Eban écrit dans ses mémoires: "Le discours de Bévin [du 13 novembre 1945] nous fit comprendre sans l’ombre d’un doute que la peuple juif, plongé dans le désarroi, allait maintenant être assailli par le même gouvernement britannique qui avait trente ans plus tôt donné sa bénédiction au foyer national juif.  La rhétorique de Bévin était devenue vulgaire et insultante … Non pas que nous attendions de la Grande-Bretagne qu’elle fassent abstraction de ses intérêts au Moyen-Orient, en particulier son contrôle des ressources pétrolières … La Jordanie était un protectorat britannique.  L’Égypte était liée à la Grande-Bretagne par un traité de défense et les forces britanniques étaient encore présentes en Irak … Mais ces intérêts, pour légitimes qu’ils fussent, ne justifiaient aucunement l’animosité de Bévin à notre égard.  En quoi avait-il besoin de déclarer: "Truman veut que les Juifs aillent en Palestine parce qu’il ne les veut pas à New York"?  Eban ajoute que le refus de Bévin d’accepter en Palestine 100,000 survivants des camps de concentration en février 1947 était de la pire cruauté.  Eban le modéré qualifie Bévin dans ses mémoires d’un des pires ennemis que le peuple juif ait connu au cours de son histoire.  Eban relate en termes suivants sa première rencontre avec Bévin en février 1947: "Je n’ai jamais rencontré un homme dégageant autant d’hostilité non seulement à travers ses propos, mais également à travers ses expressions faciales et son regard.  Il n’exprima jamais à notre égard le moindre respect humain, sans parler de déférence diplomatique.  Même son humour était pesant.  Lors d’une de nos rencontres il y eut une coupure d’électricité (qui étaient fréquentes après la guerre), et Bévin s’exclama: "Tiens, toutes les lumières se sont éteintes, sauf les israélites!"  Eban ajoute: "Bévin justifia son opposition au plan de partage en expliquant qu’il serait injuste de soumettre 400,000 Arabes à un régime juif.  Ce à quoi je ne puis m’empêcher de répliquer : en quoi serait-il plus juste de soumettre 650,000 Juifs à un régime arabe … Sa seule réponse fut un regard assassin."  Eban rappèle également, avec raison, que c’est Bévin qui ordonna le refoulement de l’Exodus en été 1947 et son renvoi vers Hambourg.  Lorsque Eban fut nommé ambassadeur aux Nations Unies, Bévin refusa de lui adresser la parole.  Winston Churchill lui-même critiqua Bévin pour ce qu’il qualifia de "ses préjugés et son antipathie pour les Juifs de Palestine."  Eban relate dans ses mémoires que Bévin se refusa de reconnaître le nouvel État d’Israël et que "sa rancœur était intense."  L’un des fidèles de Bévin, Christopher Mayhew, écrivit dans ses mémoires: "Il ne fait aucun doute que Ernest déteste les Juifs."

 

Conclusion :

 

Il n’y a pas de "nouveaux" et d’ "anciens historiens."  Tout historien a une idéologie et une vision du monde, mais les historiens se divisent en deux catégories : ceux qui acceptent de changer leur vision des choses lorsque les documents historiques contredisent cette vision, et ceux qui choisissent de cacher ou de tronquer les documents qui contredisent leur vision.  Les "nouveaux historiens" auto-proclammés appartiennent à cette deuxième catégorie.

Il est sain et louable de remettre en cause des idées reçues à la lumière d’archives historiques qui n’étaient pas disponibles dans le passé.  Mais il y a un monde entre faire de la lumière sur notre passé (ce qui assombrit souvent la vision que nous en avons) et manipuler les archives et la bonne foi du public pour promouvoir une idéologie et un programme politique.

J’espère vous avoir fourni quelques éléments qui vous permettront à l’avenir d’être plus critiques à l’égard du slogan populaire selon lequel les soit-disant "nouveaux historiens" ont cassé des mythes.  La guerre médiatique et idéologique que le monde arabe a lancé contre Israël depuis plus d’un an vise à remettre en cause la légitimité même de l’État d’Israël dans la conscience occidentale.  Le fait que certains israéliens fournissent des arguments à cette campagne est navrant, mais je suis sûr que l’État d’Israël pourra compter sur vous pour contrer les mensonges qui l’assaillent.  Merci.   

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Dr. Emmanuel Navon, Ph.D.

Founder & CEO, Navon Consulting Ltd.

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