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Une défaite de Barak, pas de la paix, par Benyamin Nétanyahou


N'interprétons pas l'écrasante défaite électorale du premier ministre Ehoud Barak au profit d'Ariel Sharon comme un refus de la paix par la population israélienne. Ce que les Israéliens rejettent clairement, c'est un processus politique désastreux qui a entraîné la pire débâcle en matière de sécurité depuis des années.

Le résultat sorti des urnes n'est que l'aboutissement d'une chute libre politique amorcée il y a sept mois à Camp David. Barak avait accepté d'y faire d'importantes concessions en faveur des Palestiniens, inacceptables aux yeux du Parlement comme du peuple israélien. De plus, ces concessions allaient à l'encontre des promesses exprimées lors de la campagne électorale de Barak, il y a maintenant vingt mois.

Sharon a consacré à la défense d'Israël l'essentiel de sa vie. Il a proposé au Parti travailliste de Barak de former un gouvernement d'unité nationale. Ses tâches immédiates consisteront à reconstruire le pouvoir de négociation d'Israël, à restaurer la sécurité personnelle des citoyens israéliens, et à redonner au pays un pas plus assuré sur un chemin plus solide en direction de la paix.

En 1999, lorsque Barak fut élu premier ministre, il oublia avec une rapidité déconcertante certains principes qu'il avait juré ne jamais abandonner. Ainsi, Barak avait toujours promis de conserver Jérusalem unie, de garder le contrôle – stratégique – de la vallée du Jourdain, de ne pas retourner aux frontières impossibles à défendre d'avant 1967 et de ne pas laisser les réfugiés palestiniens revenir en Israël.

Pourtant, mon successeur osa mettre le lieu central de la vie religieuse et nationale du peuple juif depuis 3 000 ans – le mont du Temple – sur la table des négociations.

Si le peuple d'Israël est prêt à payer un prix important afin d'accéder à une véritable paix, nous ne paierons pas n'importe quel prix. Les quelque quatre cent mille juifs qui manifestaient le mois dernier à Jérusalem pour protester contre toute tentative de de diviser à nouveau leur ancienne capitale l'ont prouvé : notre nation est fondée sur des valeurs éternelles qui ne feront jamais l'objet de compromis.

La violence et la terreur des mois derniers n'ont pas surpris ceux qui connaissaient le seul moyen de faire la paix avec un régime dictatorial : par la force et la dissuasion.

Barak s'était montré irresponsable en retirant nos forces armées du Liban. Il a refusé de répondre de manière adéquate à la terreur. Et, en négociant sous la menace de la violence, il s'est montré faible devant nos ennemis – une faiblesse qui n'a fait qu'entraîner de nouvelles agressions. Bref, la politique menée par Barak pendant son court mandat de premier ministre a provoqué une désagrégation des capacités de dissuasion qu'Israël s'était bâties depuis des dizaines d'années.

Le gouvernement Barak a fondamentalement failli à son devoir primordial de défense et de protection des citoyens d'Israël. Ces derniers mois, des civils innocents furent tués ou blessés presque chaque jour, dans des actes d'une terreur effroyable. Et alors que le nombre de victimes du carnage continuait à augmenter, la seule véritable réponse du gouvernement fut de supplier nos adversaires de faire des concessions dont les conséquences mettaient à l'évidence l'avenir de notre Etat en danger.

Si les élections sont pour Barak un échec personnel, elles représentent également la défaite d'une politique. Contrairement au gouvernement Barak, la vaste majorité des Israéliens s'est, une fois de plus, rendue à l'évidence : le conflit persistant qui les oppose aux Palestiniens a pour charnière non pas une redéfinition des frontières de l'Etat juif, mais son existence même.

Cela fait des années que Yasser Arafat joue un double jeu. Prônant la paix des braves devant les médias occidentaux, le leader palestinien utilise ses médias d'information contrôlés par son gouvernement pour encourager à la haine des juifs et appeler à la destruction d'Israël.

Au moment où des leaders tels que Anouar El Sadate en Egypte ou le roi Hussein de Jordanie cherchaient à préparer leurs peuples à vivre en paix avec Israël, Arafat avait choisi au contraire d'encenser les kamikazes, les qualifiant de martyrs nationaux et prêchant pour une guerre sainte qui mettrait une fin à l'occupation de la Palestine. Pourtant, 99 % des Palestiniens, aujourd'hui, ne vivent plus sous le contrôle d'Israël, mais sous le régime despotique d'Arafat.

Yasser Arafat explique depuis longtemps aux Occidentaux que sa seule revendication, en échange de la paix, est un Etat de Cisjordanie dont la capitale serait Jérusalem-Est. Pourtant, il a refusé cette proposition à Camp David. Il a ainsi prouvé qu'il cherchait à obtenir non pas un Etat situé à côté d'Israël, mais un Etat établi à la place d'Israël.

Lorsque j'étais premier ministre d'Israël, certains représentants de la communauté internationale considéraient ma politique comme un obstacle à la paix. Pourtant, les événements de ces derniers mois ont convaincu la plupart des Israéliens que le véritable obstacle à la paix se situait dans le refus permanent de nombreux leaders arabes d'accepter l'existence d'un Etat juif au Moyen Orient.

Nos adversaires devront reconnaître non seulement l'existence d'Israël, mais aussi sa légitimité. En attendant, Israël ne pourra signer que des accords basés sur la sécurité et la force de dissuasion.

Benyamin Nétanyahou est ancien premier ministre d'Israël. Traduit de l'anglais par Emmanuelle Rivière. © 2001 New York Times.