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UNE POLITIQUE DE NEGLIGENCE
par Moshé Arens, ancien ministre (Likoud)
HAARETZ,3 avril 2001

Pendant toute la durée de l'existence de l'Etat d'Israël, tous les gouvernements successifs ont dans la pratique ignoré l'existence de la population non-juive du pays. Israël a été géré comme un Etat juif, et à part quelques rares exceptions, les minorités qui y vivent n'ont pas bénéficié de la totalité de leurs droits civils, en même temps qu'on ne leur imposait pas tous les devoirs de la citoyenneté. Il a fallu que se produisent les émeutes d'octobre dernier, et les travaux de la Commission d'enquête d'Etat nommée à leur suite, pour attirer l'attention sur le fait que quelque chose ne va pas dans les relations Israël et ses citoyens non-juifs.
Si la règle a été de négliger les citoyens non-juifs, l'exception a été le cas des Druzes et de Tcherkesses (Circassiens). Le Premier ministre David Ben Gourion, qui était aussi ministre de la Défense, décida en son temps de les astreindre au service militaire obligatoire, et c'est ainsi qu'il posa les fondements des rapports normaux entre eux et l'Etat d'Israël. On peut essayer d'imaginer ce que seraient les rapports entre la communauté druze et l'Etat, si les liens avec les citoyens juifs n'avaient pas été forgés et consolidés au long des années, dans le cadre du service militaire. Ce lien a été assez fort pour survivre aux années où les localités et les citoyens druzes ont été défavorisés par rapport à la population juive, et où l'égalité complète n'était pas encore la norme même dans les rangs de Tsahal. A notre grande joie, cette situation a été redressée pour une bonne partie.
Les autres minorités qui vivent en Israël -- les Arabes musulmans et chrétiens, ainsi que les Bédouins de Galilée et du Néguev -- ont accepté passivement pendant des années le fait qu'ils n'avaient aucune place aux yeux des gouvernements israéliens : ils étaient discriminés dans l'attribution des ressources en services sociaux et municipaux, souffraient d'inégalité des chances dans l'emploi et aussi du privilège douteux de la dispense du service militaire. Aux époques où Israël a souffert d'attaques hostiles, que ce soit de la part des armées arabes régulières ou de celle des terroristes de l'OLP, ces citoyens ont manifesté de manière répétée leur fidélité à Israël et refusé de s'identifier avec ses ennemis. Même à l'époque de la première Intifada, on n'avait pas décelé de gestes de soutien de la population arabe israélienne envers les Palestiniens de Judée-Samarie et de la Bande de Gaza.
Il semble qu'il était clair pour eux, intuitivement, qu'en tant que citoyens israéliens, ils doivent se ranger du côté de leur Etat en périodes de tensions et de danger. Mais ces dernières années, la frontière imprécise et indéfinie entre la fidélité à Israël et le soutien à ses ennemis a été mise à l'épreuve. En l'absence d'une position claire du gouvernement israélien sur la question, cette frontière a été effacée de facto. On a constaté des phénomènes de déloyauté et d'hostilité à l'Etat de la part de certains citoyens arabes d'Israël, ils ont acquis une certaine légitimité.
Le résultat direct de ce gommage a été les émeutes d'octobre dernier, où des Arabes israéliens ont brandi le drapeau palestinien pour exprimer leur soutien à Yasser Arafat et à l'OLP -- dans une période où l'Autorité palestinienne est en pleine confrontation avec Israël et ses citoyens. Les extrémistes qui étaient les meneurs de ces troubles, et les gouvernements israéliens qui au long des années ont ignoré leur devoir de faire savoir aux citoyens ce que l'on attend d'eux -- portent la responsabilité à parts égales des émeutes et de leurs regrettables résultats.
Le gouvernement a diffusé de manière répétée des signaux trompeurs en direction des citoyens arabes. Comme on n'avait pris aucune sanction contre les citoyens juifs qui étaient allés rencontrer des gens de l'OLP, en infraction avec la loi vigueur en ce temps-là, ce n'était plus qu'une question de temps, jusqu'au moment où Ahmed Tibi, citoyen israélien, serait autorisé à devenir un conseiller personnel de Yasser Arafat -- ce qui plus tard ne l'a pas empêché de se faire élire à la Knesset. Ces faits ont clairement encouragé les éléments extrémistes de la population arabe à lancer publiquement des appels au soulèvement et à la haine.
En vérité, il y a aujourd'hui une compétition pour conquérir les coeurs et les consciences des minorités israéliennes. Le radicalisme palestinien et le fondamentalisme islamique se frayent un chemin vers les villes et les villages arabes, vers les campements de Bédouins, pour y prêcher l'hostilité à Israël. La théorie qui a cours affirme que tous les non-juifs d'Israël, Arabes musulmans ou chrétiens, bédouins ou druzes, sont des Palestiniens tenus à la fidélité envers la cause palestinienne. Des efforts sont tentés pour empêcher les jeunes Bédouins de s'engager volontairement dans les rangs de Tsahal, et les Druzes sont cloués au pilori comme traîtres. Cette compétition n'est pas du tout équilibrée, car le gouvernement, qui n'a pas de politique en la matière, reste entièrement passif.
Par conséquent, il existe un danger: que la majorité silencieuse de la population arabe d'Israël devienne une minorité. Car les conceptions de ceux qui prêchent la haine contre Israël deviendraient progressivement celles de la majorité des citoyens arabes israéliens./.