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Les milices palestiniennes préfèrent le combat armé
[ 26/10/2000 - 10:04 ]CAMP DE BALATA (AFP) - Assis dans le camp de réfugiés de Balata, en Cisjordanie, un fusil d'assaut M-16 volé posé sur les cuisses, Khaled affirme que les Palestiniens n'ont jamais été aussi bien organisés qu'aujourd'hui pour affronter Israël par les armes.

Il commande une milice armée palestinienne qui se bat depuis quatre semaines contre les troupes israéliennes et les colons juifs, dans et autour de la ville cisjordanienne de Naplouse, au cours de combats de rue meurtriers. "Tanzim" est le nom qu'Israël donne aux groupes comme celui de Khaled. Lui appelle simplement le sien "la milice". "Ce sont les armes qui négocient", déclare Khaled, 30 ans, en tripotant son M-16 de fabrication américaine, qu'il affirme avoir acheté pour l'équivalent de 4.000 dollars à un soldat israélien toxicomane qui l'avait dérobé dans sa caserne.

Le Premier ministre israélien Ehud "Barak est un chef militaire, pas un politique. Son langage est celui de la force, il donne des ordres pour bombarder les villes palestiniennes et utilise des armes lourdes contre nous", fait valoir Khaled, tout de noir vêtu.

Membre du Fatah, le parti du président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat, Khaled dit avoir reçu six mois d'entraînement militaire à Bagdad. Il travaille en coordination avec Abed, un des responsables du Fatah à Naplouse, mais affirme être autorisé à prendre des décisions par lui-même, notamment quand et où attaquer les Israéliens, tant que cela n'interfère pas avec la douzaine de services de sécurité placés sous l'autorité de Yasser Arafat.

"Nous ne sommes pas des supplétifs des services de sécurité ou leurs rivaux, mais nous sommes là pour les aider", affirme-t-il, estimant à quelque 500 le nombre de miliciens à Naplouse et dans les villages environnants, où vivent environ 250.000 personnes. Selon lui, de nombreux chefs des milices armées ont été entraînés en Irak et d'autres ont servi dans un des services de sécurité palestiniens.

"Aux termes de l'accord de paix d'Oslo, les forces de l'ordre de l'Autorité palestinienne ne peuvent patrouiller qu'en zone A", explique de son côté Abed, faisant référence aux villes et agglomérations de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, totalement sous contrôle palestinien. "Les services de sécurité palestiniens ne pouvant se rendre en zones B et C, se sont les milices qui y vont", poursuit Abed, vêtu d'un costume civil noir, et arrivé dans une Audi neuve, munie des plaques rouges des véhicules officielles de l'Autorité palestinienne, et flanqué de deux gardes du corps.

L'armée israélienne est responsable de la sécurité dans les territoires en zone B, où les Palestiniens sont détenteurs de l'autorité civile. Les régions de la zone C sont sous contrôle total israélien. "Les milices défendent, dans ces zones, nos citoyens contre l'armée et les colons qui les tuent tous les jours", affirme Abed.

Les membres du Fatah, qui possèdent depuis longtemps et illégalement des armes à titre privé, se sont organisés en cellules le 10 octobre dernier, selon Abed. Alors qu'Israël voit en eux des terroristes constituant une véritable menace, les Palestiniens se considèrent assiégés et estiment avoir besoin de leur protection.

Les milices patrouillent la nuit dans les rues des villes palestiniennes, à la recherche de colons qui, selon eux, s'y rendent en profitant de l'obscurité. Ils ouvrent également le feu durant la journée contre les soldats israéliens qui tirent à balles réelles sur les manifestants palestiniens. "Quand les soldats passent des gaz lacrymogènes aux balles caoutchoutées, puis aux balles réelles, nous demandons aux enfants de se retirer et nous les attaquons, à armes égales", indique Khaled.

Il rappelle que "quand les colons sont venus nous tirer dessus, nous les avons combattu pendant six heures et l'armée (israélienne) ne pouvait pas faire atterrir ses hélicoptères", faisant référence à la bataille qui a opposé le 19 octobre Palestiniens et colons juifs, faisant un mort de chaque côté.

La plupart des armes vues au camp de Balata ont été achetées au marché noir et proviennent de l'armée israélienne. Mais certaines portent la marque du cèdre de l'Armée du Liban-sud (la milice supplétive de l'Etat hébreu qui a disparu après le retrait israëlien du Liban en mai), tandis que d'autres proviennent de contrebande en provenance de Jordanie.