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« Si l'on continue sans partition, c'est dangereux à long terme sur le plan démographique »

Dan Méridor, ministre sans portefeuille chargé des questions stratégiques, souhaite susciter un débat sur la séparation unilatérale. Conscient des difficultés de sa mise en œuvre, il ne propose pas de plan précis. A défaut d'accord avec les Palestiniens, la séparation serait, selon lui, la moins mauvaise solution et permettrait de lutter contre une évolution démographique défavorable à la population juive.
Propos recueillis par Catherine Dupeyron - 1 septembre 2001


"Depuis quand êtes-vous un partisan de la “séparation unilatérale”? Et pourquoi?

Avant tout, je voudrais dire que, pour moi, la priorité reste d'obtenir un accord final ou même – à défaut – un accord temporaire. Ces deux solutions seraient préférables à la séparation unilatérale mais, s'il n'y a pas d'accord, alors la séparation peut être une solution de rechange. Ma perception de la réalité a changé après Camp David. M.Arafat ne veut pas d'une paix qui mette fin au conflit. Il veut le droit au retour des réfugiés en Israël, et ça c'est impossible. Cela modifierait l'équilibre démographique du pays et remettrait en cause l'existence d'un Etat juif. L'échec de Camp David nous oblige donc à repenser le conflit. Je ne sais pas comment il faudrait mettre en œuvre la séparation unilatérale, mais il faut en parler pour changer la mentalité de la population israélienne. Nous devons nous demander si l'idée qui nous a guidés depuis une dizaine d'années, selon laquelle la réalité ne peut être modifiée sans accord, reste valable. Je ne le crois pas. Quelle sera la réalité dans dix ou vingt ans si nous ne faisons rien? Les juifs représentent aujourd'hui une solide majorité de 80 % en Israël. Mais si l'on continue comme cela, sans frontière, sans partition, sans division, sans ligne claire, c'est dangereux à long terme sur le plan démographique.
"Si nous nous séparons, il y aura un Etat palestinien et un Etat juif et un conflit de frontières entre les deux pays. Je crois que cela serait préférable au maintien de l'occupation qui dure depuis trop longtemps. Mais la mise en œuvre de la séparation est difficile. Faut-il se retirer sur une frontière que l'on considère comme finale, annexer les territoires dont on ne se retire pas ou les garder comme monnaie d'échange pour de futures négociations? Et qu'en serait-il de la frontière avec la Jordanie?


Les colonies, et notamment les petites, seraient-elles évacuées?

– C'est l'une des questions les plus graves à discuter. Si on arrivait à une situation où les frontières d'Israël englobaient les grands blocs de colonies, qui représentent 80% de cette population, ce serait une grande victoire.


Certains, à gauche, parlent de retrait unilatéral, comme au Liban, sur la base des frontières de 1967. Qu'en pensez-vous?

– Au Liban, il y a un Etat libanais. Ici, cela aboutirait à la création d'un Etat nouveau qui n'a jamais existé dans l'histoire de cette région. Moi, je crois que ce territoire est ma patrie; eux croient que c'est la leur, d'où le conflit. La frontière ne sera pas celle de 1967; celle-ci n'est pas valable pour Israël: on en a fait l'expérience en 1967. Et puis, j'ai compris à Camp David que le problème des implantations n'était pas le vrai problème. Le monde entier pense que les implantations constituent le principal obstacle à la paix, mais ce n'est pas vrai. Sur la question des frontières, on était très proches d'un accord. Le principe était que les grands blocs d'implantations israéliennes qui représentent la majorité de cette population restent sous souveraineté israélienne. Quant à la question de Jérusalem, elle ne peut bien sûr pas être résolue dans le cadre d'une séparation unilatérale.


– Comment les choses se passeraient-elles? Y aurait-il une clôture? Les Palestiniens pourraient-ils venir travailler en Israël?

– On ne peut pas avoir des frontières ouvertes en temps de guerre. Si la violence s'arrête, alors on peut ouvrir des points de passage. Nous n'avons rien contre les travailleurs palestiniens (...) . Si les attaques cessent, les Palestiniens pourront avoir un permis de travail.


– Les Palestiniens pourraient-ils déclarer leur Etat ?

– Cela pourrait être le résultat. Tout Israël, M.Sharon comme M.Pérès, est prêt à accepter un Etat palestinien.


– Que deviendraient les Palestiniens de Jérusalem?

– Ils sont comme les Palestiniens de Jaffa ou de Haïfa. D'ores et déjà, ils peuvent devenir citoyens israéliens s'ils le demandent. En tant que résidents de Jérusalem, ils ont automatiquement le droit de vote aux élections municipales. Avec la citoyenneté israélienne, ils peuvent voter pour les députés à la Knesset.


– La séparation unilatérale étant justifiée par des considérations démographiques, les Arabes israéliens pourraient-ils rester Israéliens?


– Ils restent totalement israéliens. Israël n'est pas un Etat seulement pour les juifs. Lorsqu'il existe une majorité juive de 80 %, il faut résoudre le problème des minorités; l'égalité formelle existe, mais il faut parvenir à l'égalité réelle. Mais s'il y avait 50 % ou 60% d'Arabes, ce ne serait plus un Etat juif: ce serait un Etat binational."