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http://www.politis.fr/article.php3?id_article=272
14 septembre 2002

Quand le mensonge sert d’argumentation

de Jean-Pierre CHEMLA
à Monsieur Sieffert,


Je ne sais quelles sources vous ont permis de rédiger votre « Guerre Israélienne de l’information » étant donné que vous ne les citez jamais.



Seraient-elles suspectes de partialité ou tout simplement inexistantes ? Proviennent-elles du témoignage de je ne sais quel observateur secret tapi sous la table des négociateurs israéliens et palestiniens entre juillet 2000 et janvier 2001 ? Ou alors sont-elles le fruit de la docte observation de votre boule de cristal ?



Je n’aurai pas la prétention de produire un contre-article face à vos allégations pour la bonne raison que, tout comme vous, je n’étais ni à Camp David ni à Taba, et que donc, je me garderai bien de décrire comme vous le faites, les moindres tremblement, tressaillement de lèvres ou goutte de sueur perlant sur le front des protagonistes de ces négociations qui auraient pu trahir telle ou telle intention.



Cependant, une déclaration récente d’Arafat me tarabuste : « Le rejet des propositions de Camp David était une erreur…Si elles m’étaient présentées à nouveau, je les accepterais ».



Diantre ! De quelles propositions parle donc le brave Raïs ? D’une remise exceptionnelle sur l’achat de son prochain keffieh ? De la dernière recette du pâté en croûte de Maïté ? Apparemment pas d’avancées sérieuses dans le règlement du différend israëlo-palestinien puisque M. Sieffert sait tout ce qui s’est dit pendant ces tractations et n’y a vu aucune avancée sérieuse de la part des israéliens.



Votre don pour l’extrapolation et la télépathie en épatera plus d’un.



Mais pas moi…



Aussi allais-je quitter votre exposé somme toute assez ennuyeux, lorsque mon attention vacillante fut attisée par le passage suivant :

« on ne parle jamais de la situation réelle sur le terrain, de la misère des Palestiniens qui s'est aggravée depuis Oslo, du sentiment collectif et massif de s'être fait berner depuis sept ans. »

Et là, je me dis : « décidément pas bien informé le monsieur… »

« Ou alors, il fait semblant… »

« Ou alors, il ment… »



Aussi, à mon tour de devenir ennuyeux : les sources utilisées sont essentiellement celles du BCPS, Bureau Central Palestinien des Statistiques, et du MOPIC, Ministère Palestinien de la Planification et de la Coopération Internationale :

· Augmentation régulière de la croissance économique dans les territoires à partir de 1994, pour atteindre 6% en 1999.

· Taux de chômage dans les territoires en 1993 : 36% . En 1999 :10%.

· PNB/habitant.an en 1993 : environ 1.000 $. En 1999 :1.900 $

· Palestiniens travaillant en Israël en 1996 :55.000. En 1999 :126.000

· Aide internationale aux palestiniens de 6,5 milliards de $ : avec 195 $/habitant.an, l’aide internationale aux palestiniens compte parmi les plus élevées du monde.



En ce qui concerne le dernier point, il est intéressant de noter qu’Israël participait à cette aide à la même hauteur que certains pays arabes, 3 fois plus que l’Algérie, 1,5 fois plus que le Qatar, autant que l’Egypte, que la Jordanie ou que les Emirats Arabes.

A cette époque, les investisseurs étrangers, rassurés par les perspectives d’une paix qui paraissait certaine, injectèrent dans les territoires les fonds nécessaires aux grands projets : infrastructures hôtelières, aéroport et port de Gaza, projets de gestion autonome de l’eau et de l’électricité, casino de Jéricho, etc.…



En fait, contrairement à ce que vous décrivez, on était bien en plein boom économique et l’horizon palestinien n’avait rien de désespérant, bien au contraire. On n’était pas loin de déboucher le champagne et les juifs d’Israël s’apprêtaient à inviter leurs potes palestiniens à une « teuf » d’enfer et vice-versa.



En conséquence, et en compensation de votre tricherie journalistique, j’estime que, tout comme vous, j’ai droit à ma petite analyse de la situation et à l’interprétation des évènements qui ont suivi :



La première Intifada trouvait sa justification dans les problèmes socio-économiques que connaissaient les territoires en 1987 : les palestiniens de l’époque n’étaient pas contaminés par le discours des dirigeants de l’OLP, encore exilés à Tunis. Ces palestiniens-là étaient pragmatiques, avaient faim et c’est tout naturellement qu’ils se mirent à jeter des pierres vers ceux qu’ils jugeaient, à tort ou à raison, responsables de leur condition.



Rien de tel en 2000… Alors ? Que s’est-il passé ?



Arafat, voyant la paix arriver, comprit que c’était pour lui la fin de son emprise sur le peuple palestinien. Il était incapable de s’imaginer roitelet d’un état pacifié de 3 millions d’âmes, gérant la construction de routes et d’hôpitaux, après avoir exalté ses sujets à l’élimination physique d’Israël. Il se serait retrouvé exactement dans le cas de figure que lui avait proposé le roi Hussein de Jordanie en 1970 : devenir le premier ministre de l’état palestinien qu’était déjà la Transjordanie de l’époque. Le fougueux Abu Amar d’alors avait bien sûr refusé, était entré en opposition avec Hussein, ce qui avait abouti au fameux Septembre Noir où l’on assista au plus grand massacre de palestiniens de l’Histoire. Décidément, à la place d’un palestinien, je trouverais que ce leader porte bien malheur.



Il ne faut pas oublier que la paix aurait sans doute été aussi pour lui synonyme de restitution des sommes honteusement détournées à son profit personnel : 1,3 milliard de dollars sur ses comptes propres. 8 à 14 milliards de dollars détournés en tout par la classe dirigeante palestinienne (2 à 3 fois le PNB des territoires). Autant de misère créée, terreau de tous les terrorismes, par cette pratique maffieuse de la politique.



Alors, bien sûr, c’est tout naturellement que la solution d’une petite Intifada de plus s’imposa dans ce cerveau malade.



La guerre israélienne de l'information

Denis Sieffert

Directeur de la rédaction de « Politis », Denis Sieffert publie avec Joss Dray « la Guerre israélienne de l'information » (La Découverte), Un essai critique sur le traitement par les médias du conflit israélo-palestinien.

Nous sommes fin juillet 2000. Camp David est un échec. L'offensive idéologique israélienne peut se déployer. Elle sera conduite par un homme dont le rôle dans toute cette opération est central : Shlomo Ben-Ami. Négociateur à Camp David, il sera nommé par Barak ministre des Affaires étrangères au mois d'août 2000. Dans un entretien au Monde daté du 29 août, celui-ci accentue la pression sur Arafat : « Il s'agit maintenant de trancher, dit-il, d'atteindre un accord final. » Cinq semaines après la fin officielle de Camp David, les tractations se poursuivent en effet en coulisses. Ce délai supplémentaire sera d'ailleurs présenté ensuite comme une nouvelle manifestation de la générosité israélienne.

Mais il n'y a pas de négociation. Il n'y a jamais eu de négociation. L'offre, toujours aussi imprécise, est à prendre ou à laisser. L'idée qu'Arafat hésite, qu'il tergiverse alors qu'il a en mains tous les éléments, est discrètement insinuée. Ben-Ami ajoute : « Nous pensons que le marché global aujourd'hui sur la table des négociations n'est l'idéal pour aucune des parties, mais c'est un marché raisonnable. » Et il conclut sur ces mots menaçants, déjà : « Aurons-nous le courage de saisir l'occasion et d'éviter de nous engager dans un processus sans fin ? » Le « nous », en l'occurrence, c'est évidemment Arafat. Est-il incapable de décider ? Le message en tout cas est à peine voilé : ou bien il accepte ce qu'on lui donne sans piper mot, ou bien ce sera l'épreuve de force. Georges Marion, le journaliste du Monde, note cependant que M. Ben-Ami s'est « refusé à révéler les détails de ce "marché global" ». Et pour cause : les termes en sont extrêmement flous. Et ils n'ont surtout rien à voir avec ce que Ben-Ami va ensuite propager.

Arafat est donc devant un véritable ultimatum. Et on peut déjà deviner, dans les propos de Shlomo Ben-Ami, deux des principaux aspects de la manoeuvre. Il s'agit, sept ans après Oslo, de tout renégocier en s'adaptant au fait accompli imposé par les Israéliens. Depuis 1993, le nombre des colons a doublé. Avec ce nouveau point de départ, et l'exigence de nouvelles concessions palestiniennes, on impose à Arafat d'abandonner encore du terrain, au propre comme au figuré. Les Palestiniens, eux, estiment qu'ils ne peuvent entériner l'installation de nouveaux colons israéliens organisée en violation des accords d'Oslo. La « Déclaration de principes sur les arrangements intérimaires d'autonomie », selon l'appellation officielle du document ratifié le 13 septembre 1993 dans les jardins de la Maison-Blanche, précisait en effet qu'« aucune des parties ne devra prendre d'initiative qui changerait le statut de la Cisjordanie et de la bande de Gaza en attendant le résultat des négociations sur le statut permanent ». Or, entre 1993 et 1996, les implantations, les routes de contournement destinées à relier les colonies entre elles se sont multipliées. C'est tout le paysage qui a été transformé. Et la partie orientale de Jérusalem a été isolée du reste de la Palestine par un véritable mur de colonies israéliennes nouvelles. Camp David n'est rien d'autre, selon les Palestiniens, que la tentative d'imposer ce nouveau fait accompli en violation des accords d'Oslo [...].

Ainsi, ce qui est présenté comme une négociation n'est qu'une mise en demeure. On retrouve ici l'une des constantes de l'attitude israélienne : le refus de reconnaître à la partie palestinienne des droits pleins et entiers de négociateur. Au contraire, c'est avec une psychologie de colon que MM. Barak et Ben-Ami veulent imposer le lieu, la date et l'objet même de la négociation [...].

Une colombe au service des faucons

L'homme de la manipulation, c'est Shlomo Ben-Ami. Par sa personnalité, il est l'anti-Sharon. Il est même l'anti-Barak, dont il est pourtant l'homme de confiance. Shlomo Ben-Ami est un Juif d'Afrique du Nord, affable, chaleureux, sympathique. Toujours souriant, il apparaît dans le paysage politique israélien comme un personnage pondéré. Né à Tanger où il a fait ses études, il a baigné dans l'atmosphère cosmopolite du grand port marocain durant les douze premières années de sa vie, il connaît bien les Arabes avec qui il sait et il aime dialoguer. C'est un homme de culture, un historien, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Tel-Aviv. Et puis, il maîtrise parfaitement, en plus de l'hébreu, trois langues dont deux ne sont pas pour lui des langues étrangères. L'espagnol est sa langue maternelle, comme souvent dans ces familles séfarades héritières lointaines des Juifs chassés par Isabelle la Catholique en 1492. Mais le français est la langue qu'il a parlée au Maroc et qui lui a été enseignée à l'Alliance française israélite de Tanger. « J'ai longtemps cru que mes ancêtres étaient les Gaulois » (1), note-t-il avec humour. Bien sûr, il parle aussi l'anglais : n'a-t-il pas préparé un doctorat à Oxford ? Voilà donc un homme qui sait se faire comprendre et entendre des journalistes français, espagnols et britanniques. Il a su nouer aussi des amitiés avec des intellectuels palestiniens. Il ne manque d'aucune séduction auprès de ceux qui se méfient de la langue de bois, des préjugés anti-arabes et d'une pensée sommaire que l'on trouve assez souvent dans la classe politique israélienne. Ben-Ami, on l'écoute et on le croit volontiers. Il sait distiller ses critiques à l'adresse de son propre camp. Il est pour Ehoud Barak, si raide et si emprunté, le communicateur rêvé. Un ambassadeur séduisant auprès de la gauche israélienne, des intellectuels et des journalistes européens friands d'analyses nuancées.

C'est peu dire qu'il occupera la scène médiatique en Israël, en France et en Espagne, à partir de septembre 2000. Et plus encore, à partir de février 2001, lorsqu'il sera renvoyé dans l'opposition par le triomphe électoral d'Ariel Sharon. Le lancement en France de son livre d'entretiens avec trois interlocuteurs complaisants (2), au mois de septembre 2001, sera l'occasion d'une tournée de conférences entrecoupée de déjeuners avec les journalistes spécialisés. Étrangement, on a peu souligné l'ambiguïté de sa position. Lui qui avait été l'un des acteurs décisifs de Camp David et de tous les événements allant de juillet 2000 à février 2001, se glissait subrepticement, mais sans retenue, dans les habits du commentateur. Il se laissait solliciter tantôt comme témoin, tantôt comme partie, et toujours comme analyste et exégète. D'une certaine façon, cette posture allait conditionner les mouvements de caméras de toutes les télévisions du monde sur Arafat. Ben-Ami parlait, et montrait Arafat.

L'offensive idéologique se fera en deux temps. Mezza voce tout d'abord, entre août 2000 et février 2001. Avec une grande violence ensuite. C'est que, dans ce laps de temps, trois grands événements surviennent. Au lendemain de la visite provocatrice d'Ariel Sharon sur l'Esplanade des mosquées, le 28 septembre 2000, et de la sanglante répression qui s'ensuit, commence la deuxième Intifada que l'on nommera, pour la distinguer de la révolte des pierres de 1987-1993, « Intifada Al-Aqsa ». L'autre événement, c'est l'échec des pourparlers de Taba, en janvier 2001. Le troisième, c'est évidemment le triomphe électoral d'Ariel Sharon aux élections générales anticipées du 6 février.

Dès lors, l'entourage d'Ehoud Barak n'aura de cesse de faire porter à Yasser Arafat la responsabilité de la victoire du leader du Likoud. C'est la fameuse formule, reprise maintes fois dans la presse française, « Arafat a voté Sharon ». Laquelle résume tous les griefs accumulés sur la personne du vieux chef palestinien qui aurait repoussé une offre de paix généreuse à Camp David, lancé le mot d'ordre de la révolte (Intifada), puis torpillé la négociation de Taba. Les instigateurs de cette reconstruction idéologique usent d'un procédé que la presse occidentale reprendra quasi machinalement : ils orientent la lumière du projecteur sur l'homme Arafat. On évoque très peu le contenu des discussions, sinon par de vagues formules répétées sans examen ; on ne parle jamais de la situation réelle sur le terrain, de la misère des Palestiniens qui s'est aggravée depuis Oslo, du sentiment collectif et massif de s'être fait berner depuis sept ans.

Non, on scrute la personnalité d'Arafat, on brosse de lui un portrait psychologique peu flatteur. L'homme qui s'y emploie le premier est évidemment Shlomo Ben-Ami. Sous sa plume, on peut lire notamment : « Dans les entretiens avec Clinton, il [Arafat] donnait l'impression d'avoir peur de tout ; de ce qu'on lui disait ; de ce qu'on allait lui dire. » Ben-Ami décrit même le président de l'Autorité palestinienne « tremblant » « quand Clinton lui tenait des propos agressifs ». Ce qui n'est pas d'une grande élégance quand on sait qu'Arafat est affecté d'une maladie de Parkinson. Mais tout fait ventre dans ce portrait écrit au vitriol et qui conduit naturellement à cette conclusion : « Arafat [...] est resté le dirigeant qui a peur de prendre des décisions et l'amateur invétéré du "surf" destructeur sur les vagues de la martyrologie palestinienne, tandis qu'il n'a pas la force - ou pire, pas la volonté - d'y mettre un terme. »

On voit bien quel genre de figure se dessine sous le trait lourd du caricaturiste : celle d'un homme un peu fourbe (Ben-Ami dit de lui qu'il se « dérobe », ou encore, qu'il est « fuyant »), pas très courageux à l'heure des décisions, et tout imprégné de martyrologie musulmane. Versé dans l'opinion publique, repris par des mains moins habiles, ce portrait peut tomber dans une typologie qu'on imagine aisément.

Un propos confus et embarrassé

Mais la philippique anti-Arafat prend encore davantage de sens lorsqu'on la met en parallèle avec les silences et l'embarras de l'auteur sur le véritable contenu des propositions israéliennes à Camp David. À propos des cartes qui auraient été présentées par les Israéliens à Camp David, l'un de ses interviewers pose à Ben-Ami cette question essentielle : « Dans les documents présentés aux Palestiniens, y avait-il une continuité territoriale ? » Réponse de l'ancien ministre d'Ehoud Barak : « Absolument ; mais dans la zone de Jérusalem et la vallée du Jourdain, il y avait un problème de continuité. » Puis, il ajoute : « Les cartes établies après Camp David tenaient compte des paramètres de Clinton, qui sont flexibles et plus favorables aux Palestiniens. » On peut, sans forcer la traduction de ce discours alambiqué, en conclure qu'en vérité, il n'y avait pas de continuité territoriale dans les propositions israéliennes de Camp David. Ce que confirme l'enquête du Monde déjà citée (3).

La même confusion règne dans le propos de Ben-Ami sur Jérusalem. « S'agissant des quartiers extérieurs, dit-il, c'est-à-dire ceux du nord-est et du sud-est, il n'y a ni raison historique ni raison religieuse pour que nous les intégrions à la Jérusalem juive. » Qu'on lise bien ces lignes : elles laissent échapper une part de vérité. Le partage de Jérusalem à Camp David, que toute la presse occidentale reprendra ensuite en boucle, et qu'elle brandira à tout instant comme la preuve absolue de l'âme belliqueuse d'Arafat, c'est donc bien cela : quelques quartiers extérieurs à la ville. Et Ben-Ami précise généreusement qu'à cet octroi « s'ajoutent les camps de réfugiés qui se trouvent à l'intérieur des frontières municipales de Jérusalem, de même que des camps de Bédouins qui se trouvent dans la ville ». Pour le reste, il est question de quartiers ayant un statut d'« autonomie fonctionnelle sous souveraineté israélienne ». Voilà ce qu'Arafat a refusé à Camp David. Ce qui n'est pas exactement un « partage » de Jérusalem.

Or, cette énorme mystification a découragé le camp de la paix en Israël. Avec ce supplément de crédibilité qu'elle venait d'un homme de gauche. Elle a en outre abusé la presse occidentale. Elle a accru parmi les Palestiniens le sentiment qu'ils étaient face à une monumentale injustice.

Et elle a insinué dans l'opinion publique l'idée que le leader palestinien n'avait qu'un but, détruire Israël. Les mots peuvent tuer. Mais rarement des mots auront autant coûté de vies humaines que ceux-là, qui ont légitimé les funestes projets d'Ariel Sharon. Pour nous, la véritable interrogation réside moins dans les motivations du clan Barak que dans le mode de fonctionnement des médias occidentaux. Comment se fait-il que la thèse de Shlomo Ben-Ami ait systématiquement nourri les commentaires et les éditoriaux durant des mois, y compris au plus fort de la sanglante répression anti-palestinienne de mars-avril 2002 ? Comment se fait-il que toute autre thèse ait paru inaudible ? Plus extraordinaire encore : comment se fait-il que des éditorialistes, des « faiseurs d'opinion », aient continué de diffuser l'interprétation israélienne alors que des enquêtes, parues parfois dans leur propre journal, invitaient au minimum à approcher une vérité infiniment plus complexe ?

Les métamorphoses de l'information

La désinformation organisée par le clan Barak n'a pas seulement travesti la réalité de Camp David. L'histoire des événements qui s'ensuivirent a aussi été réécrite, réinterprétée, puis propagée sous une forme nouvelle, jusqu'à produire une vérité inaltérable, insensible aux démentis, sourde aux révélations.

Deux faits majeurs ont subi, au fil du temps, les assauts de la désinformation : le début de la deuxième Intifada, fin septembre 2000, puis, l'ultime négociation de Taba (Égypte), du 18 au 25 janvier 2001. Un troisième, de portée planétaire, allait favoriser une relecture a posteriori et tendancieuse de ces événements. Il s'agit, évidemment, des attentats anti-américains du 11 septembre. Ce n'est que dans les jours qui ont suivi l'effondrement des tours jumelles du World Trade Center que le nouveau récit a trouvé sa cohérence : celle d'un peuple palestinien majoritairement terroriste, qui n'a pas renoncé à ses rêves de reconquête de toute la Palestine, de la Méditerranée au Jourdain, et qui ne peut comprendre que le langage de la force. Ce discours n'a d'ailleurs pas attendu longtemps pour apporter la preuve de son efficacité : le 12 septembre 2001, onze Palestiniens périssaient sous les balles de l'armée israélienne. Et cela, dans l'indifférence du monde.

© La Découverte