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MENACES CONTRE LES JOURNALISTES ISRAÉLIENS

Dossier de l'hebdomadaire israélien Yerushalayim, (supplement du Yedioth Aharonoth)

Des journalistes étrangers en Israël envisagent un boycottage des médias à l'encontre de l'Autorité Palestinienne, en réponse aux menaces dont ont fait l'objet des journalistes israéliens. De nombreux journalistes étrangers préfèrent ne pas dire la vérité sur ce qui se passe dans le territoire sous Autorité palestinienne, de peur d'en souffrir. Un journaliste américain a déclaré : " Si les Israéliens se comportaient de cette manière, la presse étrangère deviendrait folle ". Le monde n'est plus contre nous.

Des représentants de la presse étrangère en Israël se demandent s'ils vont déclarer un boycottage des médias contre l'Autorité Palestinienne, en réaction aux menaces proférées par des responsables de l'Autorité Palestinienne contre des journalistes israéliens. Des journalistes étrangers ont appelé l'Autorité Palestinienne a mettre fin à ses menaces contre les journalistes israéliens qui couvrent les événements dans le territoire sous son contrôle. D'autres se sont adressés à des organisations internationales pour les droits de l'homme et la liberté d'expression, et ont demandé qu'elles interviennent pour empêcher que des journalistes israéliens ne soient touchés.

C'est la première fois que des journalistes étrangers se sont manifestés publiquement contre la manière dont l'Autorité Palestinienne traite des journalistes. Les directeurs des grandes chaînes de télévision américaines et européennes se sont concertés afin de formuler une position commune face aux menaces qui pèsent sur la vie des journalistes qui entrent dans le territoire de l'Autorité Palestinienne.

Cette initiative de journalistes étrangers vient en réaction aux menaces de mort reçues par Kaid Daher, reporter de la ITV pour les affaires arabes. Daher, Druze israélien vivant au nord d'Israël, a rendu compte d'une réunion secrète qui s'est tenue au Hyatt Hotel, entre Avi Richter, chef du Shin Beth (sécurité intérieure israélienne), Jibril Rajub, chef de la Sécurité Préventive de l'Autorité Palestinienne et Marwan Bargouti, leader du Fatah en Cisjordanie. Bargouti et Rajoub, qui ont nié l'existence de cette rencontre, ont menacé Daher de le tuer s'il remettait les pieds dans le territoire de l'Autorité Palestinienne. Une déclaration du Fatah parue le lendemain à Ramallah appelait à un boycottage des journalistes israéliens, proclamant que ces derniers servaient d'instruments de propagande aux forces israéliennes de sécurité.

C'est la seconde fois depuis le début de l'Intifada que des éléments de l'Autorité Palestinienne menacent de nuire à des journalistes israéliens. Deux mois auparavant, les dirigeants du Fatah de la région de Bethléem ont publié une déclaration appelant clairement au meurtre de tout journaliste israélien entrant dans la ville. Cette menace venait en réponse à une émission de radio de l'armée israélienne, Galé Tsahal, selon laquelle l'un des dirigeants du Fatah à Bethléem était accusé de corruption. L'information était fondée sur une nouvelle diffusée à Bethléem et présentée à la station de radio par des reporters palestiniens de cette ville.

Deux poids, deux mesures

Le bureau palestinien d'informations a exprimé des réserves concernant ces menaces contre la vie de journalistes israéliens, ainsi que sa crainte qu'Israël et d'autres pays n'utilisent cette affaire pour salir l'image de l'Autorité Palestinienne et effrayer d'autres reporters souhaitant couvrir l'Intifada. Un responsable de ce bureau d'informations a déclaré que l'Autorité Palestinienne n'a rien à voir avec ces déclarations et continue à fournir des laissez-passer de presse aux journalistes israéliens. Il a déclaré qu'elle condamne les menaces et a fait remarquer que ce sont les journalistes palestiniens qui sont menacés et attaqués presque chaque jour. En une seule semaine, a-t-il ajouté, six journalistes palestiniens ont été blessés par des soldats israéliens et des colons, à Hébron et à Bethléem. L'un des journalistes, Mazen Deaga, photographe de l'agence Reuter, a été gravement blessé après avoir été attaqué à Hébron par des colons.

Les informations concernant des attaques contre des journalistes palestiniens bénéficient d'une large diffusion dans les médias, en Israël et à l'étranger, et le ministère israélien des Affaires étrangères a été inondé de furieuses protestations. Par contre, les menaces contre la vie de journalistes israéliens ont à peine paru dans la presse étrangère - fait qui, selon un journaliste américain connu, démontre qu'on utilise deux poids, deux mesures. Ce journaliste, qui a demandé l'anonymat, a déclaré que si les Israéliens en avaient fait autant, la presse étrangère en aurait été très perturbée, aurait présenté des protestations officielles et aurait donné une large couverture à l'affaire. Mais la presse étrangère adopte deux poids, deux mesures dès qu'il s'agit des Palestiniens. Ceci est dû - et les journalistes étrangers le savent bien, même s'ils ne l'admettent pas ouvertement - au fait que l'Autorité Palestinienne est régie non par des principes démocratiques mais par la loi des armes. Ce journaliste américain a également fait savoir que certains cas de menaces et d'attaques physiques perpétrées contre des journalistes étrangers dans les territoires n'ont jamais été rapportés par les média. " J'ai honte ", a-t-il déclaré " de ce qu'aucun journaliste étranger, moi-même inclus, n'ait jugé opportun de le signaler. Ceci montre à quel niveau nous sommes tombés. "

La plupart des journalistes israéliens prennent ces menaces au sérieux et évitent de se rendre à Ramallah ou dans d'autres villes du territoire sous contrôle palestinien. Les équipes israéliennes travaillant pour des chaînes de télévision étrangères évitent également, depuis un certain temps, de se rendre dans les territoires et souffrent, de ce fait, d'une perte de revenus importante. La plupart des chaînes de télévision étrangères ont rapidement remplacé les cameramen israéliens en en faisant venir tout spécialement de l'étranger. Cependant, l'expérience enseigne que même les journalistes étrangers ne sont pas à l'abri de l'Autorité Palestinienne : un éminent journaliste britannique arrivé à Bethléem il y a quelques mois a été agressé et frappé par des officiers de sécurité palestiniens pour avoir été soupçonné de collaboration avec Israël. Lors d'un autre incident, un reporter américain a reçu des menaces de mort au cours de son séjour à Ramallah, pour avoir publié un article critique sur Yasser Arafat et l'Autorité Palestinienne. Le reporter a eu la vie sauve en s'enfuyant.

Controverse concernant le boycottage des médias

Stephen Janson, grand reporter de la seconde chaîne de Télévision Danoise a déclaré avoir cessé, depuis certain temps, d'utiliser les services de cameramen israéliens pour préparer des reportages sur le territoire de l'Autorité Palestinienne. " Je peux comprendre, dit-il, que des cameramen craignent pour leur vie. Ces menaces ne sont pas à l'honneur de l'Autorité Palestinienne. De même que nous protestons et sommes scandalisés à chaque fois que nous entendons qu'un journaliste palestinien a été attaqué par des soldats ou des colons israéliens, je m'attends également que des journalistes palestiniens se prononcent contre les menaces proférées conte les journalistes israéliens. La seule chose que nous, journalistes étrangers, puissions et devons faire, est de publier ces menaces, de montrer la situation telle qu'elle est réellement dans les territoires sous Autorité Palestinienne. Je pense que nous avons également le devoir d'aborder cette question à chaque fois que nous interviewons un représentant officiel de l'Autorité Palestinienne. "

Janson émet une objection à l'idée, émise par certains de ses collègues, d'un boycottage médiatique contre l'Autorité palestinienne jusqu'à ce qu'elle cesse ses menaces de mort contre des journalistes israéliens. Il ne pense pas que ce soit aux journalistes de boycotter ou de faire grève. " Notre tâche, dit-il, est de relater la situation telle qu'elle est et de dire la vérité sur ce qui se passe là-bas. "

Un autre adepte de cette opinion, Martin Fletcher, est reporter à la NBC américaine. Fletcher, toutefois, ne cache pas avoir été profondément choqué par ces menaces. " Je suis véritablement horrifié, mais non surpris, dit-il, par les menaces de mort à l'encontre des journalistes israéliens, parce que ce n'est pas la première fois que cela arrive. " Fletcher s'est également entretenu de ce problème avec Howard Goller, directeur de l'association des correspondants étrangers, lequel a exprimé sa propre inquiétude de la situation. Fletcher s'est rendu à Ramallah pour couvrir la manifestation palestinienne contre le blocus imposé par l'armée israélienne à la ville et à ses environs. Il a raconté comment il y a rencontré Bargouti et s'est entretenu avec lui de ce sujet. Bargouti lui a déclaré que les journalistes israéliens peuvent entrer dans les territoires, mais qu'il ne peut garantir leur sécurité.

Il a ajouté que les journalistes ne doivent pas accepter cette situation ou ignorer les menaces de mort contre des journalistes. Il est très inquiet parce qu'il ne s'agit pas d'une plaisanterie - il cite le cas de 12 journalistes assassinés en Croatie. L'aspect le plus inquiétant est que les menaces proviennent de représentants officiels de l'Autorité Palestinienne. Les journalistes étrangers se trouvent dans un dilemme parce qu'ils doivent poursuivre leur travail envers et contre tout. Les journalistes ne prennent pas part aux conflits et ne doivent pas le faire. Pas plus qu'ils ne doivent rester silencieux face aux menaces, ajoute Fletcher.

Selon Lee Hockstater, correspondant du Washington Post en Israël, on ne peut rien face aux menaces de mort de l'Autorité palestinienne contre les journalistes israéliens. Cela se produit partout où il y a un conflit et la guerre : " les deux parties pensent que si vous n'êtes pas avec eux, c'est que vous êtes contre eux. C'est triste, mais inévitable. Les journalistes font partie du tableau même quand ils ne le veulent pas ". Hockstater ne pense pas qu'ils devraient menacer l'Autorité Palestinienne ou la boycotter.

Matt Reese, reporter du prestigieux hebdomadaire américain Time, pense que, dans cette situation, Palestiniens et Israéliens seront perdants, si les journalistes israéliens ne sont pas présents dans les territoires sous contrôle palestinien. " Ce n'est bon pour aucune des deux parties, dit-il, le public israélien n'aura pas d'informations sur ce qui se passe dans ce territoire, et sur ce que l'on fait aux Palestiniens, et les Palestiniens ont besoin des médias israéliens comme source d'informations ". Cette situation montre le danger encouru lorsque l'on couvre des zones de combat et les difficultés auxquelles les journalistes sont confrontés. Quoi qu'il en soit, Rees prend au sérieux toute menace dirigée contre un journaliste, où que ce soit dans le monde.

Eric Silver, le reporter britannique le plus connu et le plus ancien en Israël, rejette les déclarations de certains éléments palestiniens selon lesquelles les journalistes israéliens ne sont pas objectifs et que nombre d'entre eux servent d'instruments de propagande aux mains de l'establishment israélien. Si les Palestiniens ont des plaintes de cette nature, ils doivent en faire part et prouver ce qu'ils avancent, déclare Silver. Il se dit également très inquiet de toute menace contre un journaliste. Les journalistes qui couvrent les guerres prennent des risques, parce qu'il y a toujours des gens qui ne veulent pas qu'ils décrivent ce qui se passe. Les journalistes palestiniens ne peuvent accuser Israël de limiter ou d'empêcher leur entrée dans certains régions, tandis que les Palestiniens menacent les journalistes israéliens.

Rejet de responsabilité sur les éditeurs des journaux

Un autre journaliste britannique, qui a demandé l'anonymat, a admis qu'il réfléchit deux fois avant de se rendre dans les territoires. " La situation y est extrêmement dangereuse, et pas seulement pour les reporters israéliens. Dans les territoires régis par l'Autorité Palestinienne, il n'y a ni démocratie ni liberté d'expression et j'entends tous les jours proférer des menaces contre des journalistes étrangers. Les responsables de l'Autorité Palestinienne ne menacent pas seulement les journalistes israéliens, mais aussi les journalistes palestiniens. Tout le monde se souvient du cas du reporter. D'autres journalistes palestiniens ont été victimes de violence de la part de représentants de l'Autorité Palestinienne. C'est très triste. Si nous passons sous silence ce phénomène dans les médias étrangers, il ne fera que se répandre davantage. Hier, un journaliste palestinien, aujourd'hui, un journaliste israélien, et demain, n'importe quel autre journaliste que l'Autorité Palestinienne n'aimera pas. "

Des journalistes étrangers révèlent, lors d'entretiens, qu'ils ont de très graves motifs de plainte concernant l'atteinte à la liberté d'expression dans les territoires de l'Autorité Palestinienne, mais qu'ils préfèrent ne pas les exprimer, afin de pouvoir continuer à y circuler en sécurité. D'autres s'en prennent aux éditeurs de leurs journaux, à l'étranger, peu empressés de publier des histoires qui pourraient provoquer l'irritation des responsables de l'Autorité Palestinienne.