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Dépêche Spéciale - Israël

Le 4 janvier 2002

A.B. Yehoshua, écrivain israélien :

" Je hais Arafat du plus profond de moi-même "

A.B. Yehoshua, grand écrivain israélien et figure importante du camp de la paix, a accordé une interview au journal arabe israélien Kul Al-Arab (1), où il fait part de ses doutes quant à la validité d’Arafat comme partenaire de paix, l’accusant d’avoir conduit le peuple palestinien à une situation catastrophique. Yehoshua appelle aussi les membres du parti travailliste à démissionner du gouvernement d’union nationale, expliquant que le moment est venu pour la gauche de se renouveler, en prenant position pour une séparation unilatérale. Voici quelques extraits de l’interview :

Kul Al-Arab : Existe-t-il encore une gauche israélienne ?

Yehoshua : Il ne fait aucun doute que l’échec des négociations de Camp David représente un sacré coup pour la gauche israélienne, assené par les Palestiniens. Je considère que le grand responsable de la chute de la gauche israélienne est Yasser Arafat. En rejetant avec entêtement les propositions de Barak à Camp David, il a conduit le peuple palestinien à la catastrophe. Barak a proposé de rendre 95% du territoire et Arafat a refusé, ce qui est une grosse erreur de sa part. Après [le début de l’Intifada], j’ai rencontré plusieurs Palestiniens à qui j’ai demandé pourquoi ils en étaient venus aux armes, arguant qu’Israël était dirigé par un gouvernement de gauche qui voulait la paix et proposait des solutions pour y arriver. Le choix palestinien de l’Intifada a provoqué un changement général de l’opinion – des patis politiques les plus neutres aux plus radicaux – quant à Arafat et son peuple.

Kul Al-Arab : Considérez-vous toujours Yasser Arafat comme le partenaire de la paix ou tout au moins comme celui des négociations ?

Yehoshua : Franchement, je vous avoue que personnellement, je hais Arafat du plus profond de moi-même. Le rêve que nous essayons de réaliser depuis 1967 – celui de la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël, s’est transformé aujourd’hui en fiction. Si j’étais palestinien, J’informerais le monde en pleurant et criant de ma haine d’Arafat, et je m’insurgerais contre lui. Dernièrement, j’en suis venu à douter de la validité d’Arafat comme partenaire pour la suite [des négociations de paix].

?Les Palestiniens traversent une période très difficile en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, mais Arafat ne tient pas compte des intérêts de son peuple ou de la nécessité de trouver une solution immédiate à leurs problèmes. Au lieu de cela, il place le problème palestinien dans un contexte plus large et continue de chercher les moyens de faire revenir les réfugiés.

Kul Al-Arab : Pour combien de temps encore est-ce que la question de Jérusalem et des réfugiés restera sans solution ?

Yehoshua : Je pense qu’il vaut mieux ne pas s’occuper de ces questions pour le moment, vu qu’elles ne font que compliquer les choses. Je pense que le problème palestinien ne sera résolu qu’avec la création d’un Etat palestinien. Alors les réfugiés palestiniens pourront venir s’installer dans l’Etat palestinien. C’est une solution d’autant plus praticable que la Cisjordanie comprend de vastes étendues disponibles.

?Idem pour Jérusalem : je ne pense pas qu’il soit utile de poser maintenant la question de Jérusalem. Ce qui compte pour moi, c’est qu’Arafat et les autres leaders palestiniens fassent ce qu’il faut pour subvenir aux besoins des Palestiniens, aussi bien d’un point de vue national qu’individuel.

Kul Al-Arab : A votre avis, que faut-il faire pour mettre fin à la violence meurtrière qui sévit des deux côtés ?

Yehoshua : Je pense que c’est l’occasion pour la gauche [israélienne] de se renouveler. La gauche doit plancher sur la question de la séparation unilatérale entre la Cisjordanie et Israël vu que dans les conditions actuelles, il est difficile d’arriver à un accord. Je suis pour une solution temporaire dont le but serait de mettre fin à la violence, de ramener le calme. Cette solution nécessite un retrait supplémentaire de 42% des territoires ou la reconnaissance de l’appartenance de 85% de la Cisjordanie et de la bande de Gaza aux Palestiniens, plus le retrait de certaines petites implantations, la mise en place d’une frontière solide et continue entre Israël et les territoires sous contrôle palestinien, ainsi que d’autres mesures qu’Israël peut prendre unilatéralement, sans l’accord des Palestiniens. En ce qui concerne la frontière, je suis pour faire venir dans la région des forcesinternationales chargées de la sécurité.

Par ailleurs, je veux ajouter que j’ai toujours été partisan d’un gouvernement d’unité nationale. Mais aujourd’hui, vu la situation, je suis contre, et j’appelle les membres du parti travailliste à adopter une position commune et à agir pour la cessation de la violence meurtrière. ~

  1. Kul Al-Arab, le 28 décembre 2001

 

 

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