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Enquête et Analyse / Etats-Unis et Moyen-Orient

Le 30 avril 2002

Réaction des dirigeants et des médias arabes à la visite de Colin Powell au Moyen-Orient

Le récent parcours du Secrétaire d’Etat américain Colin Powell au Moyen-Orient a été semé d’embûches. Voici un récapitulatif des diverses réactions des dirigeants et de la presse arabes:

Réaction palestinienne

Al-Sharq al-Awsat, quotidien saoudien diffusé à Londres, a cité une " source palestinienne sûre " au sujet de la première rencontre Powell-Arafat : la rencontre aurait débuté par un long discours de Yasser Arafat, centré sur " les massacres perpétrés par Israël… et les importantes manifestations survenues dans les pays arabes et le monde entier. " M. Arafat aurait soutenu qu’un citoyen japonais s’était suicidé en signe de solidarité avec le peuple palestinien.

En réponse, M. Powell aurait déclaré : " … Soyons francs. Vous êtes général, tout comme moi. Les généraux se doivent d’être clairs, directes et pratiques. Le Japonais qui s’est suicidé est déjà mort. Les manifestations sont ce qu’elles sont : des manifestations. Je vous parle franchement : si vous ne faites pas un pas en avant, les choses n’avanceront pas. Mais si vous vous conformez au désir international de lutter contre le terrorisme, les choses bougeront amplement. " (1)

Après que Colin Powell eut quitté la région, l’agence de presse palestinienne [WAFA] a publié un éditorial intitulé : " Le facteur américain ", exprimant la déception ressentie à l’égard de M. Powell et de l’Administration américaine en général :

" Powell n’a rien fait. Il a entièrement adopté le point de vue israélien, n’en démordant à aucun moment. Il a manifesté une prudence constante, même sur la question du retrait israélien qui aurait dû déjà avoir lieu si le président américain, Powell lui-même et la géniale miss Condoleezza avaient tenu leurs promesses !… " (2)

Les responsables de l’Autorité Palestinienne ont été plus durs. Saeb Ereqat, responsable palestinien des pourparlers, a suggéré de menacer les intérêts américains dans la région. Il a expliqué que le président Bush continuerait de soutenir Israël tant qu’il serait " convaincu que les intérêts américains dans les pays arabes ne courent aucun risque — et je pense aux accords bilatéraux conclus avec les pays arabes dans le domaine de la lutte anti-terroriste, aux accords militaires, à la présence militaire des Etats-Unis dans les pays arabes… ainsi qu’aux intérêts économiques américains, aux compagnies américaines, à leurs ressources de pétrole, etc.…Rien de tout cela n’a été atteint. Comment nous étonner, dès lors, des propos du président Bush  … " (3)

Réactions de la Syrie et du Liban

A l’issue de sa rencontre avec M. Powell, le 15 avril 2002, le président syrien Bashar Assad a déclaré que les Américains " perdaient leur temps " en réclamant la condamnation des attentats-suicide, vu que " ces opérations-martyre [attentats-suicide] sont le résultat, non la cause, des agissements israéliens. Puisque des centaines de millions de personnes dans le monde arabe et islamique soutiennent ces opérations, les condamner ne mène à rien. Il vaut mieux en ôter la cause que de perdre son temps à les condamner… " (4)

A Damas, 300 étudiants ont clamé, au cours d’une manifestation : " Colin Powell, rentrez chez vous ! ", " La Syrie ne se rendra pas ! " et " L’Intifada continue ! ". (5) Au Liban non plus, nul ne s’est montré prêt à condamner les attentats-suicide. En revanche, les Libanais ont insisté sur le fait que les tirs visant des cibles israéliennes au-delà de la Ligne bleue instaurée par l’ONU [à la suite du retrait israélien] ne constituaient pas des actes terroristes, mais entraient dans le cadre de la " résistance légitime ". Colin Powell a été accueilli par une série de manifestations et de clameurs scandant : " Mort à l’Amérique ! ", " Mort à Israël !" et " Powell n’est pas le bienvenu au Liban ! "

Deux avocats libanais, Muhammad Talal Adib et Nabil Al-Halabi, ont présenté une demande d’arrestation du Secrétaire d’Etat américain - malgré son immunité diplomatique — ou alternativement, d’expulsion, pour crimes contre l’humanité et participation au meurtre de civils, de militaires ainsi qu’à la destruction d’infrastructures civiles au Liban… et parce qu’ " il cherche à limiter le droit de la résistance libanaise à amener la libération. " (6)

Réaction égyptienne

La rencontre qui devait avoir lieu entre Colin Powell et le président Hosni Moubarak a été annulée par le gouvernement égyptien, Powell ayant dû se contenter d’une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères Ahmed Maher. Lors d’une conférence de presse tenue le dernier jour de son séjour dans la région, Powell a été interrogé sur le sens de l’annulation de la rencontre par M. Moubarak. Il a répondu : " Je devais rencontrer le président Moubarak, mais j’ai appris qu’il ne se sentait pas bien et je vais donc rencontrer son ministre des Affaires étrangères. J’ai parlé au président Moubarak avant-hier soir : il n’y a pas d’autre raison à son annulation. " (7)

La presse gouvernementale égyptienne a toutefois expliqué que l’annulation du président avait pour but de transmettre un message aux Américains. Galal Duweidar, directeur du quotidien gouvernemental Al-Akhbar, écrit dans un article intitulé " Non à la provocation de Powell et au parti pris évident de l’Amérique en faveur d’Israël " : " Le président Moubarak a bien fait, en tant qu’homme d’Etat et dirigeant pan-arabe national, de déléguer le ministre des Affaires étrangères Ahmed Maher, cela pour montrer que le président est trop important pour perdre son temps en rencontres, subir des provocations, et s’entendre proposer des solutions basées sur le parti pris [américain] non déguisé en faveur de l’agression israélienne… 

Le problème de Bush et de son Administration est qu’ils refusent d’admettre qu’il y a une différence entre les attentats du 11 septembre à Washington et New York d’une part et les opérations palestiniennes dans les territoires occupés d’autre part. L’Amérique n’occupe pas le territoire des terroristes qui l’ont attaquée ; c’est pourquoi le monde entier condamne ces actions… Les opérations palestiniennes contre les Israéliens entrent dans le cadre de la résistance légitime… Washington, qui terrorise tous ceux qui osent critiquer les crimes d’Israël, les traitant d’antisémites héritiers du nazisme hitlérien, se tient tranquillement de côté, allant même jusqu’à soutenir les crimes nazis d’Israël, crimes qui dépassent tout ce que le monde a pu connaître en matière de nazisme. " (8)

Samir Ragab, directeur du quotidien gouvernemental Al-Gumhuriya, s’est répandu en propos anti-powelliens, discutant du rôle de ce dernier dans la région : " En conséquence de toute cette frustration et du manque de clarté des opinions émises, le président Moubarak aurait-il conclu que l’envoi de ‘la navette’ Powell n’avait pas conduit au résultat espéré, résultat qui lui aurait permis de le rencontrer  Cest, à mon avis, ce qui s’est passé. " (9)

Le soutien aux opérations suicide / martyre

Les journaux officiels ont continué d’exprimer un soutien illimité aux attentats-suicide, allant parfois jusqu’à encourager les Palestiniens à élargir leur champ d’action. Concluant sur la visite de Powell dans la région, M. Ragab écrit : " Les Palestiniens doivent étendre leur champ d’action et intensifier la violence de leurs attentats contre tout ce qui est ‘juif’. Toutes les autorités religieuses islamiques, des diverses écoles, ont déclaré que ces opérations menaient au Paradis. C’est-à-dire que leurs auteurs ne meurent pas, mais continuent de vivre auprès de leur Seigneur.

Les conditions ne leur sont évidemment pas favorables, vu le resserrement de l’étouffante emprise [des Israéliens] sur les courageux auteurs de ces opérations, les barrages routiers et les barrières électriques installés pour isoler les implantations, les villes et les villages [juifs]. Mais il ne fait aucun doute que chaque opération fedaï [martyre] aura un écho. Si l’Amérique et Israël considèrent [ces activistes] comme des " terroristes ", c’est leur problème… La parole d’Allah n’en est pas moins suprême. Malheur aux agresseurs et aux pécheurs qui rongent aussi bien la chair des morts que celle des vivants ! L’enfer sera leur châtiment, et ils auront droit au feu [de l’enfer] dans ce monde et dans le monde à venir. " (10)

Mahmoud Abd El-Munim Murrad, chroniqueur à Al-Akhbar, a évoqué la frustration engendrée par les tentatives américaines de faire condamner les attentats-suicide par les Etats arabes : " … La dernière invention des Israéliens, des Américains et des Européens est d’interdire aux Palestiniens de se suicider — le martyre — parce qu’il est interdit de mettre fin à ses jours. Ils ne doivent pas se tuer dans des opérations-martyre ; ils doivent laisser Sharon, cet être sanguinaire, se charger de leur exécution, parce que l’exécution de Palestiniens, individuelle ou groupée, relève exclusivement de son secteur de juridiction…

Au début, j’ai été pris d’un bonheur cruel, idiot et illusoire en apprenant par les médias que les représentants américains, russes, européens et onusiens [en référence à la déclaration de Madrid] exigeaient tous qu’Israël se retire immédiatement des villes et territoires palestiniens occupés. Mais en même temps ils demandaient aux Arabes en général, et aux Palestiniens en particulier [de prévenir] les opérations-martyre qui leur permettent d’exprimer leur sentiment d’injustice et d’espérer pour leurs frères une vie honorable… Cette demande, en apparence humaine et juste, exprimait en réalité un parti pris favorable à l’occident et aux Juifs, au détriment des Arabes et des musulmans… " (11)

Un éditorial d’Al-Akhbar a débattu des femmes auteurs d’attentats-suicide : " … Il y a eu quelques 200 opérations-martyre ; cela montre bien que le peuple palestinien ne se rendra pas tant que sa terre ne sera pas libérée de la souillure de l’occupation, et qu’il continuera de se battre même si partout ailleurs on baisse les bras…

Toutes ces personnes ont préféré mourir en martyrs que vivre avec les envahisseurs juifs nazis… Ils ont semé l’horreur dans le cœur des sionistes, sionistes qui vivent dans la peur de fréquenter les cafés, les centres commerciaux et [autres] lieux publics. D’autre part, le taux de soldats et officiers israéliens qui se soustraient au service militaire a augmenté… Les Juifs, ces tueurs de prophètes, ont tué des enfants de sang froid… Bénis soient tous les martyrs de l’Intifada ainsi que les jeunes filles [auteurs] d’opérations-martyre : Wafa, Darin et Ayat, et tous ceux qui préfèrent le martyre aux menaces de Sharon. " (12)

Fahmi Huwendi, chroniqueur à Al-Ahram, a réfuté les affirmations de journalistes occidentaux selon lesquels les attentats-suicide expriment le mépris de la vie humaine inhérent à la culture islamique : " …Personne ne peut prétendre enseigner le respect de la vie humaine à la culture islamique… Le Hadith [tradition islamique] affirme que quiconque tue injustement, [ne serait-ce qu’] un animal, ou quiconque tue par intérêt [non vital] commet un péché pour lequel il sera puni au Jour du Jugement. Et je ne parle même pas du meurtre d’êtres humains… Comment, dès lors, peut-on prétendre que les musulmans méprisent la vie humaine… " (13)

" Mais la culture islamique ne défend pas n’importe quelle vie ; elle défend la vie dirigée par la vérité, la justice et la liberté, la vie où l’homme connaît un sentiment de force et d’honneur… C’est pourquoi le djihad militaire considère toute personne qui meurt en défendant des droits, la justice et l’honneur comme un martyr et un moudjahid [un guerrier du djihad] qui agit pour Allah… Les hadiths précisent que de tous les résidents du Paradis, seuls les martyrs souhaitent revenir 10 fois sur terre pour mourir encore et encore en martyr. " (14)

Condamnation des attentats-suicide

Alors que la plus grande partie de la presse arabe soutient les attentats suicide, les journaux arabes diffusés à Londres (à l’exception d’Al-Qods al-Aarabi, plus extrémiste que les autres) ont publié des articles condamnant cette forme d’attentats. Al-Sharq al-Awsat, quotidien saoudien diffusé à Londres, premier journal arabe à utiliser l’expression " opération-suicide " au lieu de l’expression plus répandue d’" opération-martyre ", a publié un article du chroniqueur Ali Ibrahim contenant le passage suivant : " … Nul ne peut nier que ces opérations ont causé un tort considérable aux Palestiniens en affectant le soutien de l’opinion publique mondiale à leur cause… Même ceux qui soutiennent et encouragent ces opérations se sont trouvés forcés de se défendre sur le plan moral à chaque fois que des enfants, des femmes ou même des Arabes israéliens étaient tués. Même si les événements actuels participent d’une véritable guerre menée en représailles à l’agression [israélienne], même si le peuple palestinien a le droit de résister, y compris avec des armes, nous devons accepter le fait que cette guerre aussi admette des règles, la première étant de ne pas toucher aux civils ! Il ne fait aucun doute que l’armée israélienne a enfreint ces règles… mais notre réaction doit être de dénoncer ces violations et de juger les responsables [israéliens]. " (15)

Le chroniqueur libanais Wadhah Shararah a lui aussi rédigé un article condamnant les attentats-suicide, paru dans Al-Hayat (16). Le quotidien chrétien libanais Al-Nahar a, quant à lui, récemment publié trois articles les dénonçant. ~

 

  1. Al-Sharq al-Awsat (Londres), le 18 avril 2002
  2. WAFA (Agence de presse palestinienne), le 17 avril 2002
  3. Al-Jazira (télévision du Qatar), le 18 avril 2002
  4. Al-Hayat (Londres), le 16 avril 2002
  5. Al-Mustaqbal (Liban), le 16 avril 2002
  6. Al-Hayat (Londres), le 16 avril 2002
  7. www.state.gov
  8. Al-Akhbar (Egypte), le 18 avril 2002
  9. Al-Gumhuriya (Egypte), le 18 avril 2002
  10. Al-Gumhuriya (Egypte), le 17 avril 2002
  11. Al-Akhbar (Egypte), le 12 avril 2002
  12. Al-Akhbar (Egypte), le 11 avril 2002
  13. Al-Ahram (Egypte), le 16 avril 2002
  14. Al-Ahram (Egypte), le 16 avril 2002
  15. Al-Sharq al-Awsat (Londres), le 18 avril 2002
  16. Al-Hayat (Londres), le 10 avril 2002

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