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Dépêche spéciale — Recherches sur le djihad et le terrorisme

1er janvier 2002

Chroniqueurs saoudiens :

Il n’existe aucun lien entre pauvreté et terrorisme

Deux chroniqueurs au quotidien saoudien Al-Watan ont apporté leurs points de vue sur la participation de citoyens saoudiens aux attentats du 11 septembre. Ils évoquent le processus socio-économique qui aurait joué un rôle dans la radicalisation des clans de la région du Sud de l’Arabie saoudite.

Dans un article intitulé : " La nouvelle guerre : mon clan et le terrorisme ", Tarrad Ben Saïd Al-Omari fait part du sentiment qu’il a eu en apprenant que parmi les pirates de l’air mêlés aux attentats du 11 septembre, certains appartenaient au même clan que lui. Voici quelques extraits de l’article :

" Le 11 septembre, je me trouvais à Washington D.C. au moment de la catastrophe. Mais [pour moi], la véritable catastrophe a eu lieu un peu après le 11 septembre, quand j’ai eu sous les yeux la liste des auteurs de l’attentat-suicide. Plusieurs d’entre eux étaient saoudiens, beaucoup originaires du Sud, de mon clan, héritiers de coutumes arabes anciennes, de valeurs élevées, d’une religion modérée sous tous rapports. Ces hommes du Sud incarnaient toutes les qualités les plus élevées : plusieurs d’entre eux s’étaient engagés dans le métier des armes et les services de sécurité intérieure. [J’étais conscient du fait] qu’ils s’investissaient entièrement à leurs tâches, étant véritablement dévoués… Les valeurs morales rurales profondément enracinées participent au mode de vie des gens du Sud

J’ai consacré beaucoup d ‘efforts… à essayer de comprendre l’origine de leur pensée extrémiste. Je me suis dit qu’elle résidait peut-être dans la négligence dont le Sud avait été l’objet en matière de projets de développement, ce qui pouvait éventuellement rendre compte de ce comportement abominable. Je me suis aussi dit que les gens du Sud avaient peut-être eu à souffrir de discrimination dans les secteurs de l’emploi et de l’enseignement, ce qui aurait engendré chez eux ignorance et hostilité. Mais je me suis aperçu que le Sud avait réalisé en trois décennies ce qui avait pris au monde dix mille ans. Et je n’exagère pas.

Dans son livre intitulé La troisième vague, Alvin Toffler dit que trois vagues ont submergé le monde : la première va de l’an 8000 av. J.-C. à l’an 1755 de notre ère : la société était alors primitive et basée sur l’agriculture. La deuxième vague s’est étendue de 1755 à 1975 : la société industrielle s’est développée, laissant les moyens de production pénétrer son mode de vie. La troisième vague est arrivée en 1975, amenant les moyens de transport et de communication, qui sont devenus partie intégrante de la vie.

La vie au Sud [de l’Arabie Saoudite] il y a trois décennies était identique à la vie primitive d’avant J.-C. En ces temps, les villages ne différaient en rien de ce que nous pouvons lire ou entendre dans des légendes qu’on nous conte, ou voir dans les films portant sur le commencement de la vie humaine. Nous quittions Al-Taef pour nous rendre à mon village, Al-Khattar, par Bisha. Le voyage durait trois jours, et se passait principalement à pied. Tout lien nous rattachant à la vie urbaine était rompu au moment où nous arrivions au village. La vie y était primitive au sens fort du terme : aucun élément moderne ne pouvait y être trouvé. Il y avait un brûleur dans lequel on rentrait un peu de mazout. Les ustensiles ménagers étaient en terre. On se déplaçait essentiellement à dos d’âne. Les maisons étaient en pierre, les toits en bois. On se servait de la force animale pour l’irrigation. Les marchés étaient ouverts en fonction des jours de la semaine. Le marché le plus proche de chez nous se trouvait à Al-Nammas et ouvrait le mardi. Le commerce se faisait par troc.

C’était une vie véritablement primitive. Les contacts étaient restreints : il n’y avait ni barrières ni voiles entre hommes et femmes, qui travaillaient ensemble chez eux, aux champs ou aux pâturages. Rien n’était jamais déplacé, humiliant dans ces relations. Cette société avait ses propres normes, ses propres lois et traditions qui fixaient la règle des relations dans tous les domaines de la vie…

Au début des années 70, l’urbanisation a commencé à s’étendre dans le Sud à une vitesse surprenante : les écoles, les hôpitaux, les aérodromes, les routes, l’électricité, le téléphone... Le Sud s’est trouvé d’un coup submergé par la deuxième et la troisième vague de Toffler. En quelques années, le Sud est devenu un centre de tourisme pour vacanciers d’Arabie Saoudite et des pays étrangers. Le festival d’Aba avait l’allure de ceux de Baalbek [au Liban], de Jarrash [en Jordanie] et de Carthage [à Tunis]. La vie des gens du Sud s’est urbanisée et une université a été construite à leur attention. Al-Nammas est devenue une ville entièrement moderne, avec ses supermarchés, et même son café Internet.

Alors où est l’échec  Aucun échec ne peut être [directement] lié aux événements du 11 septembre.

Les gens du Sud se sont intégrés à tous les secteurs d’activité et tous les domaines éducatifs, bénéficiant de l’égalité des chances. Même les postes les plus importants — dans les domaines de l’armée et de la sécurité — qui sont en principe réservés aux plus fidèles citoyens, n’étaient pas hors de portée.

Alors que s’est-il passé  L’urbanisation qui a balayé le Sud s’est-elle transformée en catastrophe pour ses habitants, pour le peuple saoudien et pour toute l’humanité  Ou la nouvelle génération du Sud est-elle devenue une proie facile pour les extrémistes et leurs lubies  Est-ce que ces gangs qui parlent au nom de la religion ont abusé de l’esprit naïf des gens du Sud  Les pères de la nouvelle génération se sont-ils noyés dans le matérialisme du mode de vie urbain, oubliant d’éduquer leurs enfants dans les valeurs élevées et la tolérance religieuse qui les avaient vus grandir  Etait-ce cela que l’Etat et la patrie attendaient des habitants de cette région dans laquelle tant avait été investi pour qu’ils ne se sentent pas inférieurs aux autres sujets du royaume  " (1)

Quelques jours plus tard, Al-Watan publie un autre article sur le même sujet, écrit par le chroniqueur Ali Saad Al-Moussa ; Al-Moussa déclare lui aussi que pauvreté et terrorisme ne sont pas liés. Mais là où Al-Omari se contente de poser la question de la responsabilité des attentats, Al-Moussa apporte des éléments de réponse, affirmant que la naïveté des gens du Sud s’est retournée contre eux, en faisant la proie des théories religieuses extrémistes. Voici des extraits de l’article :

" Au cours de ces derniers mois, j’hésitais à écrire cet article. Je me sentais honteux, et si mon honorable frère Tarrad Al-Omari ne m’avait précédé dans le numéro de samedi, j’aurais hésité mille fois avant d’avancer la moindre idée.

Tarrad Al-Omari a essayé de cerner les raisons pour lesquelles certains sujets de notre Sud bien-aimé ont participé aux récents attentats. Mais en fin de compte, la question est restée ouverte, [Tarrad Al-Omari] n’ayant pas eu le courage de chercher plus en profondeur.

Je suis d’accord avec lui sur le principe qu’il n’y a aucun lien entre terrorisme, pauvreté et chômage. Les derniers événements le confirment : la plupart des auteurs de ces attentats appartiennent à des familles à qui la fortune a souri. Dans la plupart des cas, ils ne faisaient même pas partie de la classe moyenne, mais de la classe supérieure. Si la pauvreté était la cause du terrorisme, il n’y aurait pas de Saoudien mêlé à l’affaire. Les accusations seraient dirigées contre la Somalie, le Burundi, le Tchad, le Bangladesh et d’autres payés qui vivent en dessous de seuil de la pauvreté. Or ces pays n’ont pas été représentés dans les attentats du 11 septembre, ni dans les autres attentats meurtriers.

Si la pauvreté et le chômage alimentaient le terrorisme, celui-ci aurait engouffré d’autres régions. La région de l’Asir est, selon toutes les estimations et toutes les statistiques, celle qui se développe le plus rapidement [en Arabie Saoudite]. Ses villes, petites et grandes, attestent d’un développement sans précédent, tandis que ses habitants sont représentés dans tous les secteurs du pays. C’est une région qui comprend une grande université, qui diffuse les journaux les plus lus. Tous les étés, elle devient la destination privilégiée après celle les deux villes saintes [La Mecque et Médine].

Alors où est le problème, et quelles en sont les solutions 

Ce n’est pas un problème de développement. Dire que le problème se trouve dans le développement, c’est se tromper d’adresse. [La vraie adresse], c’est la propagation du venin sous couvert de religion… C’est cet excès-là qui a conduit, il y a de cela quelques décennies, les leaders sociaux et religieux du Sud à croire qu’ils habitaient dans un vide spirituel, que leurs coutumes et traditions, leurs écoles de pensée et leurs courants religieux n’étaient pas à la hauteur des attentes des autres.

Les gens du Sud, à commencer par ceux des montagnes, sont des êtres fiables et authentiques, qui ont foi dans [la parole du] Prophète [Mahomet], dont [l’enseignement] les a touchés sans conquêtes ni guerres. Mais le problème est que dès lors, ils se sont mis à croire à tout ce qu’ils entendaient… Certains ont fait ce qu’ils ont fait parce qu’ils ont écouté un peu trop attentivement l’officiant, sans s’interroger sur son identité… " (2)

 

  1. Al-Watan (Arabie Saoudite), le 22 décembre 2001
  2. Al-Watan (Arabie Saoudite), le 24 décembre 2001

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