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Dépêche Spéciale — Recherches sur le djihad et le terrorisme

Le 30 janvier 2002

Le doyen de la faculté de droit au Qatar soutient les Etats-Unis,

la lutte anti-terroriste et la réforme du programme éducatif.

2ème partie

La première partie de l’interview du Dr Abd El-Hamid Al-Ansari accordée au quotidien Al-Raya (1), du Qatar, évoquait la nécessité d’une réforme du programme éducatif dans le monde arabe, l’incitation à la haine dans les mosquées, la guerre en Afghanistan et la popularité de Ben Laden. Dans cette deuxième partie, le Dr Al-Ansari soulève le problème des relations américano-arabes et le besoin de réformes dans le monde arabe. Voici la suite de l’interview :

Les Etats-Unis vis-à-vis des Arabes et des musulmans

L’une de nos plus grandes erreurs, qui nous a causé du tort, ainsi qu’à d’autres, est d’avoir qualifié d’" hostiles " nos rapports avec l’Occident en général et l’Amérique en particulier… Nous sommes prêts à mettre une croix sur tout ce que nous avons construit, à renoncer à notre niveau de vie et à revenir au niveau de vie des pays " hostiles " aux Etats-Unis, comme l’Iraq, le Soudan et l’Iran. Ce serait vraiment idiot de notre part de laisser le désaccord au sujet du conflit israélo-arabe nous placer au bord du gouffre.

Une bonne partie des idées religieuses ou pan-arabes sont suicidaires et destructrices… Je ne cherche pas à engendrer la crainte ou [à dénigrer la valeur du] sacrifice au nom de la religion et de la patrie. Mais notre attitude irresponsable et notre compréhension partielle des choses nous ont conduits à nous focaliser sur ce débat vain qui nous mène tout droit, les yeux bandés, à la destruction. Il existe des stratégies, des choix qui permettent de résoudre les contradictions et les problèmes qui nous opposent aux Etats-Unis…

Tous ceux qui qualifient d’hostiles nos rapports avec l’Amérique sont injustes, pour les raisons suivantes :

L’Amérique, son administration comme son peuple, ne sont pas hostiles à l’islam et aux musulmans. Au contraire : le peuple américain accueille l’islam mieux que n’importe quel autre peuple. La communauté musulmane là-bas s’élève à plus de huit millions d’individus, et il y a là-bas des centaines de mosquées, de centres islamiques, d’associations et d’organisations qui s’occupent de l’islam. L’islam se porte bien en Amérique : chaque jour il gagne du terrain et de nouveaux cœurs.

Par contre, il est vrai que le peuple américain et son administration sont hostiles à la forme destructrice de l’islam. Oui : certains écrivains et politiciens, ainsi que l’extrême droite, sont hostiles à l’islam et aux musulmans. Mais ils ne représentent qu’un secteur [de la population]. Ce ne sont pas eux qui forment l’opinion et décident de la politique du pays…

L’administration américaine n’a cessé de répéter qu’elle respectait l’islam et les musulmans — surtout le président Bush, qui a défendu l’islam avec plus de ferveur que tous les [précédents] présidents. Il a pris soin de bien différencier islam et fanatisme. Lorsque le terme " croisade ", qu’il a employé, a été mal interprété, il s’est rendu sans tarder au centre islamique pour y rencontrer les dirigeants musulmans et leur donner des explications, n’hésitant pas à présenter ses excuses — bien que ce mot n’ait pas de connotations religieuses dans le contexte moderne…

Les médias aussi ont fait l’éloge de l’islam, encourageant les Américains - même après [les attentats du 11 septembre] - à étudier l’islam pour mieux le comprendre. L’administration a fait ce qu’il fallait pour que l’islam et les musulmans soient représentés à tous les événements officiels. La poste a créé son premier timbre commémorant les festivités islamiques… La chambre des représentants a ouvert l’une de ses sessions par la lecture de la Surat Al-Fatiha… Est-ce qu’autant d’intégrité de la part de l’administration et du peuple peut être qualifiée d’hostilité envers l’islam et les musulmans …

Les relations américano-arabes ont connu différentes époques : il y a eu des accords et des désaccords, mais les points positifs sont bien plus nombreux que les points négatifs. Nous nous contenterons de n’en mentionner qu’une petite partie :

Le soutien des Etats-Unis aux musulmans et aux Arabes

L’ultimatum américain [posé à la Grande-Bretagne, la France et Israël] au cours de la guerre de Suez [1956] ; la libération du Koweït ; les accords pour la défense du Golf contre les dangers régionaux et les aspirations étrangères ; l’aide américaine dont bénéficie l’Egypte depuis plus de 25 ans et qui a atteint 52 milliards de dollars. Après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis ont continué à soutenir l’Egypte en lui accordant encore un milliard de dollars. Qui plus est, les investissements américains dans les pays arabes sont les plus importants, et la vente d’armes américaines aux pays arabes est massive : l’Amérique a dernièrement conclu avec l’Arabie Saoudite une affaire de 2.4 milliards de dollars.

Sans l’intervention américaine, l’Egypte n’aurait pas récupéré le Sinaï, ni l’Autorité palestinienne une partie de ses terres… De plus, les Etats-Unis soutiennent le budget de l’Autorité palestinienne, aident la Jordanie et sont les plus grands donateurs de pays comme l’Afghanistan, le Soudan, la Somalie. L’Amérique est la source d’armement, de technologie et d’entraînement des forces armées de plusieurs pays arabes. Les forces militaires arabes comptent sur les armes américaines pour développer leur capacité guerrière, pour leurs exercices d’entraînement ainsi que pour les pièces de remplacement. Sans l’intervention armée américaine au Kosovo en 1998, et avant cela en Bosnie, contre l’agression serbe, les musulmans n’auraient pas été libérés. L’Amérique s’est engagée à verser 7 millions de dollars à la Bosnie… Sans l’intervention américaine et l’armement américain, l’Afghanistan n’aurait pas été libéré des Russes.

Et n’oublions pas comment l’Amérique a soutenu l’indépendance des pays arabes et musulmans contre la colonisation. N’oublions pas non plus les accords économiques, commerciaux et militaires conclus avec l’Amérique, et souvenons-nous du soutien américain aux tentatives de démocratisation, de modernisation et à la reconnaissance des droits de l’homme dans le monde arabe.

Quant aux points négatifs, ils consistent dans le parti pris pro-israélien des Américains ainsi que leur soutien constant à Israël. Effectivement, c’est un trait négatif non négligeable. Quoi qu’il en soit, ce trait est le seul élément négatif de ces relations fondamentales… Il n’embrasse pas l’ensemble des relations… Les points positifs sont beaucoup plus nombreux.

C’est vrai : l’Amérique a un parti pris en faveur de notre ennemi : Israël. Mais laisserons-nous ce problème définir nos relations avec ce pays  Que gagnerons-nous à nous montrer hostiles envers les Etats-Unis  N’avons-nous pas suffisamment perdu à l’époque où, leur étant hostiles, nous avons placé notre confiance dans la Russie, en faisant notre allié, où nous nous sommes mis entre les mains de révolutionnaires clamant des slogans anti-américains, appelant à attaquer les intérêts américains  N’était-ce pas un mauvais coup à tous les niveaux, et n’en payons-nous pas le prix jusqu’à aujourd’hui 

Que gagne la nation à débiter des imprécations contre Washington, à répandre la haine anti-américaine au moyen de la télévision et de la presse  Qu’avons-nous gagné de ces manifestations où l’on brandit la photo de Ben Laden et où l’on brûle le drapeau américain 

Au lieu de maudire et d’injurier, rangeons l’Amérique dans notre camp…, comme d’autres l’ont fait. Notre désaccord politique avec l’Amérique est une affaire de quantité, pas de qualité. C’est un désaccord portant sur le pourcentage de territoires occupés en 1967 qui doivent être rendus aux Palestiniens. L’Egypte a récupéré ses terres, de même que la Jordanie. Les Palestiniens ont une Autorité et un Etat, et il y a des accords qui ont été signés avec Israël sous les hospices américains et internationaux que l’on ne peut ignorer. C’est pourquoi répondre aux appels et aux slogans clamés dans la rue - des slogans faux et obsolètes - n’aidera aucunement notre cause.

La nécessité de réforme

Notre situation doit changer : il doit y avoir plus d’ouverture démocratique, sociale et économique, plus de respect pour les droits de l’homme, de la femme et des minorités. Le peuple américain ne respecte pas ceux qui ne respectent pas son propre peuple. .. Le monde est en mutation permanente, et nous ne devons pas être de simples spectateurs.

Nous devons comprendre que l’islam n’est pas l’objet de quelque complot que ce soit. Nous devons nous libérer de notre complexe de haine. Nous ne devons pas rester piégés dans des théories de conspirations mondialistes qui nuisent à nos relations avec l’Occident et les Etats-Unis… Pourquoi la communauté arabe [aux Etats-Unis] n’agit-elle pas, au lieu de répandre des exagérations sur la puissance du lobby sioniste … Nous devons apprendre à pénétrer la mentalité américaine pour lui faire comprendre ce que nous voulons.

Mais il faut d’abord que nous nous débarrassions de la haine qui règne sur notre presse et circule sur nos chaînes télévisées, attisée par les prédicateurs de nos mosquées…

Nos jeunes paieront cher cette déformation des faits par les prédicateurs… Nous devons savoir… qu’une grande majorité [d’Américains] désire le dialogue et la compréhension mutuelle.~

 

 

  1. Al-Raya (Qatar), le 6 janvier 2002
  2. Sous-titres ajoutés à la traduction

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