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Dépêche Spéciale — Arabie Saoudite

Le 25 janvier 2002

Un membre du Conseil saoudien de la Shura : L’Arabie Saoudite devrait se trouver un autre partenaire que les Etats-Unis

Le 18 janvier 2002, un article paru dans le Washington Post citait sans les nommer de hauts fonctionnaires saoudiens faisant part de leur désir de voir cesser la présence militaire américaine en Arabie Saoudite. Ceux-ci affirment que cette présence américaine est devenue une " charge ", vu l’hostilité de l’opinion saoudienne envers les Etats-Unis. Quelques jours auparavant, le Dr Othman Al-Rawwaf, membre du Conseil saoudien de la Shura, avait publié un article dans le quotidien Al-Sharq al-Awsat, où il appelait les Saoudiens à déplacer leur attention des Etats-Unis vers l’Europe. Voici quelques extraits de l’article :

Relations tendues entre Saoudiens et Américains (1)

Les relations entre Saoudiens et Américains ont toujours été basées sur des intérêts stratégiques communs liés au pétrole et au transfert de technologies de pointe en Arabie Saoudite. Ces intérêts communs ont donné naissance à des relations amicales, renforcées avec le temps. Quoi qu’il en soit, dès le début, Saoudiens et Américains ont eu à relever deux défis majeurs : en premier lieu, l’existence d’un désaccord portant sur la politique américaine de soutien absolu à Israël. Deuxièmement, il y a de grandes différences entre les valeurs politiques et culturelles des deux pays…

La campagne médiatique des Etats-Unis contre l’Arabie Saoudite

Les événements du 11 septembre 2001 ont exacerbé ce défi. Les relations officielles entre Riyad et Washington n’ont pas été tellement affectées, grâce à l’existence d’intérêts communs d’ordre stratégique et économique. Quoi qu’il en soit, les médias américains et certains commentateurs d’instituts de recherche américains ont lancé une campagne médiatique extrêmement virulente contre l’Arabie Saoudite, qui continue jusqu’à ce jour.

Cette campagne est essentiellement liée au problème palestinien et aux différences de valeurs auxquelles Américains et Saoudiens doivent se confronter depuis un demi-siècle. Certains chroniqueurs y ayant participé sont connus pour leur parti pris pro-israélien et les critiques qu’ils émettent à l’encontre des Arabes et des musulmans. Ils mobilisent leurs plumes pour attaquer les Etats arabes qui mènent le combat contre Israël.

Il va sans dire que dans les années 90, l’Arabie Saoudite s’est vivement opposée à la normalisation des relations avec Israël, amenant les autres pays arabes à soutenir l’Intifada et à défendre les droits du peuple palestinien dans tous les forums nationaux et internationaux.

Certains de ces chroniqueurs… ont maintenant trouvé l’occasion rêvée d’exercer des pressions sur l’Arabie Saoudite et lui régler son compte… Ils exigent que Washington adopte une attitude hostile envers l’Arabie Saoudite…

Il est également évident que la campagne médiatique américaine menée contre l’Arabie Saoudite est principalement due aux différences culturelles et politiques qui opposent les deux pays.

Ce qui est nouveau dans la campagne médiatique actuelle, c’est le lien établi entre wahhabisme et violence ainsi que l’accusation selon laquelle les manuels scolaires saoudiens enseignent la violence et l’extrémisme.

Tout le monde sait que le mouvement du cheikh Muhammad Ben Abd El-Wahhab est un mouvement réformiste religieux, non un mouvement politique appelant à la confrontation et au conflit avec l’Occident. La création de ce mouvement remonte à il y a plus de 250 ans, et l’Etat saoudien repose sur lui depuis sa naissance. Il en est de même aujourd’hui, à l’époque de l’Arabie Saoudite moderne. Beaucoup d’Américains et d’Européens, ces quarante dernières années, ont qualifié ce mouvement de sage et de modéré, [reconnaissant qu’il] a abandonné la violence… Alors pourquoi, tout à coup, s’en prennent-ils au mouvement de Muhammad Ben Abd El-Wahhab avec une telle absence d’objectivité ?

Les affirmations selon lesquelles le programme scolaire d’Arabie Saoudite enseigne l’extrémisme et la violence relèvent d’un autre problème et ne peuvent être acceptées ou scientifiquement prouvées. Dans les années 80 et 90, l’Egypte et l’Algérie ont été témoins d’actes violents et barbares perpétrés au nom de l’islam par des groupes extrémistes. Chacun sait que le programme scolaire de ces deux pays… diffère du programme saoudien en ce qu’il ne comprend pas d’études religieuses aussi intensives… Si l’extrémisme était vraiment dû au programme scolaire, il n’y aurait pas de violence et d’extrémisme en Algérie et en Egypte…

Que peut-on pronostiquer, dès lors, sur les relations américano-saoudiennes après les événements du 11 septembre ?

Il est difficile aujourd’hui de se montrer optimiste ou pessimiste. Peut-être que, comme le pensent certains, les relations continueront comme avant… basées sur des intérêts communs — malgré les événements du 11 septembre et malgré… le soutien continu que l’Amérique accorde… à Israël… et malgré… la guerre médiatique que les Américains mènent contre la culture et la religion des Saoudiens…

Remplacer les Etats-Unis par l’Europe

Peut-être l’Arabie Saoudite va-t-elle dorénavant compter plus sur l’Europe et moins sur les Etats-Unis pour ce qui est du partenariat économique et des intérêts stratégiques. Peut-être les Etats-Unis accepteront-ils ce changement s’ils s’aperçoivent que la communauté des intérêts saoudiens et européens ne leur cause pas directement de tort. Si l’Amérique décide qu’elle a surtout intérêt, à ce stade, à être liée à Israël, il est naturel que l’Arabie Saoudite se cherche un autre partenaire susceptible de servir ses intérêts propres.

?Ce partenaire, qui pourrait remplacer l’Amérique et développer de solides relations basées sur des intérêts communs [avec l’Arabie Saoudite] n’est autre que l’Europe. L’Amérique aura du mal à contrecarrer la consolidation de telles relations. Des pays ayant des intérêts différents peuvent aller chacun leur chemin, sans nécessairement s’opposer.

Pour être franc, l’Europe constitue aujourd’hui une partie importante des intérêts communs aux Etats-Unis et à l’Arabie Saoudite. Si jamais le scénario évoqué ci-dessus venait à se réaliser, l’Europe en viendrait à remplacer l’Amérique comme premier allié stratégique de l’Arabie Saoudite — et, dans le cadre des nouvelles relations entre l’Arabie Saoudite et l’Occident, l’Amérique serait reléguée à la deuxième place. (2)

  1. Sous-titres ajoutés à la traduction.
  2. Al- Sharq al-Awsat (Londres), le 15 janvier 2002

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