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Dépêche spéciale - Egypte

Le 29 décembre 2000

Un intellectuel égyptien en soutien à la paix

Depuis l'irruption de la violence israélo-palestinienne en septembre 2000, les voix soutenant les négociations avec Israël dans le camp de la paix égyptien ont diminué significativement, alors que les déclarations anti-israéliennes dans les media égyptiens ont augmenté. L'avocat de la paix Amin-Al Mahdi est un des très rares journalistes à continuer à prôner la négociation avec Israël. Voici des extraits d'un article récent d’Al-Mahdi, publié dans le quotidien londonien de langue arabe Al-Hayat.[1]

L'Extrémisme Arabe Empêche une Paix Réelle

"...Arafat avait besoin d'un paravent arabe [pour pouvoir accepter les propositions de Camp David]. Mais ce paravent fut lent à venir-- et Arafat commença, une fois de plus, à parler d'une guerre d'indépendance, comme quelqu'un se tirant une balle dans le pied."

"Ce fut la dernière version de [nombreuses] occasions de paix manquées dans [l'histoire du] problème palestinien-- Il était clair dès le début que les manifestations qui ont éclaté dans le monde arabe ne contrariaient pas outre mesure les gouvernements arabes-- Dans certains pays arabes, les manifestants qui dévastèrent et incendièrent des biens publics et blessèrent grièvement des dizaines d'agents des forces de l'ordre n'encoururent même pas de poursuites."

"Dans cette atmosphère, les slogans fondamentalistes champignonnèrent, alors que la justice, l'humanisme et les droits de l'homme étaient abandonnés. Le président d'un pays arabe [Iraq] exigeait des terres adjacentes à Israël afin de pouvoir prendre le commandement de la guerre pour la libération de la Palestine; le président d'un autre pays arabe [Syrie] demanda que soient annulés tous les accords arabes avec Israël; un troisième président [du Yémen] demanda qu'un djihad soit lancé pour libérer Jérusalem et les terres palestiniennes de la rivière [le Jourdain] jusqu'à la mer [Méditerranée]-- Le chef d'un certain parti politique égyptien déclara qu' ‘Israël doit être jeté à la mer’ -- une déclaration qui fut retouchée par la presse égyptienne pour donner : ‘le sionisme doit être jeté à la mer’; un des chefs du Fatah déclara même : ‘L'Intifada doit être exportée partout à travers le monde arabe afin de renverser les dirigeants traîtres, de telle sorte que la Palestine puisse être libérée.’ En effet, ils sont arabes."

"Ainsi, soumis à un inimaginable cercle vicieux, les Arabes reproduisent infatigablement et désespérément le même moment historique depuis cinquante ans. La première fois fut le 14 mai 1948-- quand ils rejetèrent le plan de partage de la Résolution 181, qui conduisit le jour suivant à la guerre [de 1948], et nous connaissons le reste de l'histoire. La seconde fois fut le 4 juin 1967, quand l'Egypte ferma le golfe d'Aqaba aux bateaux [israéliens]-- un acte qui se termina par la guerre des 6 jours, et nous connaissons aussi le reste de l'histoire. La troisième fois, ce furent les opérations suicides de mai 1996 en Israël, après lesquelles Natanyahou arriva au pouvoir-- Après chacun de ces moments historiques, les gémissements arabes suivirent rapidement--"

Intifada 87 contre Intifada 2000

Al-Mahdi critique la croyance répandue selon laquelle le combat d'aujourd'hui est similaire à l'Intifada de 1987. Il met en évidence les différences existant entre "l'Intifada" de 1987 et "la guerre" de l'an 2000 :

1. "L'Intifada de 1987 aida à diviser le public israélien entre camp de la paix et camp de la guerre-- La guerre de l'an 2000, au contraire, a unifié la société israélienne.

2. L'Intifada de 1987 se focalisa sur les droits de citoyenneté, sur la justice et l'humanisme; la plupart des slogans de la guerre de l'an 2000, au contraire, sont religieux et confus.

3. L'Intifada de 1987 rassembla d'écrasants soutiens internationaux alors que la guerre de l'an 2000 est conduite au milieu d'une sorte d'isolement [international].

4. Au cours de l'Intifada de 1987, Israël était perçu comme seule partie coupable et les Palestiniens comme seule victime; dans le portrait médiatique de la guerre actuelle, au contraire, les deux parties sont coupables, même si c'est à des degrés différents.

5. L'Intifada de 1987 éclata en réaction au contexte de l'occupation-- alors que la guerre de l'an 2000 éclata dans des territoires sous contrôle palestinien, après plusieurs accords de paix, et en pleine époque de négociations sur le statut permanent.

6. Comme résultat de l'Intifada de 1987, l'OLP entra dans les territoires occupés : la guerre de l'an 2000, au contraire, a dépouillé l'entité palestinienne. Les infrastructures, les institutions et les symboles de l'Autorité Palestinienne ont été détruits, et l'existence même d'Arafat a été compromise. La guerre a ouvert la porte à la désintégration de la société palestinienne et du gouvernement, en faisant des entités locales, tribales et fondamentalistes.

7. L'Intifada de 1987 était un combat populaire dans tous les sens du terme. Les opérations militaires étaient réduites au minimum-- Dans la guerre actuelle se trouvent au contraire de nombreuses forces armées et organisées comme la police, l'appareil de sécurité préventive, les appareils de sécurité et de renseignement, les Tanzim et les milices armées du Fatah.

8. Le caractère civil de l'Intifada de 1987 plaça sur le devant de la scène l'élite culturelle et politique qui menait le public--; dans la guerre actuelle, au contraire, le statut de personnalités militaires ou sécuritaires comme Muhammad Dahlan, Marwan Bargouti, Hajj Isma'il Nasser et Tawfiq Tirawi a été promu...

9. Le nombre de morts et de blessés en cinq ans d'Intifada est égal au nombre de pertes des six [premières] semaines de la guerre de l'an 2000."

Le Fascisme Mène le Conflit

Al-Mahdi fait plusieurs observations à propos du rôle de la culture politique arabe dans les violences actuelles :

a. "--La raison principale de la visite de Sharon à Al-Aqsa était son désir de saper l'accord de paix avec les Palestiniens-- Les Arabes, cependant, sont allés dans le sens de Sharon. Ainsi, ils adhérèrent à l’une des règles primordiales du conflit au Moyen-Orient : l'alliance indirecte entre forces d'expansion sioniste et fascisme arabe--

b. Il existe une autre alliance entre régimes politiques autoritaires et forces fascistes représentant à la fois l’idéologie pan-arabe et l’idéologie religieuse [islamiste].

c. L'histoire nous enseigne que l'objectif des accords de paix arabes avec Israël n'a jamais été d'atteindre une paix véritable menant à la démocratie, la modernisation, le développement et la coopération régionale. Le véritable objectif a été et continue d’être de résoudre les crises [internes]-- de camoufler l'incapacité des régimes arabes à s'adapter à la vie moderne et de justifier les ambitions territoriales dans la région--

d. Le leadership palestinien a démontré qu'il faisait peu de cas d'un fait historique de base : les accords de paix avec Israël ont toujours tourné à l'avantage des Arabes-- les guerres ont conduit les Arabes à des pertes et des défaites, alors que tous les gains [arabes] ont été atteints par des négociations.

e. Le sommet arabe tenu au Caire a délivré un important message de paix. [2] Cependant, au même moment, les media arabes lancèrent une guerre et créèrent une atmosphère de violence en utilisant des slogans fondamentalistes--

f. Il est temps de passer en revue le comportement du leadership palestinien en temps de crise, des événements de septembre 1970 [en Jordanie], à ceux du Liban--, sa position dans la guerre du golfe, et finalement l'établissement de 11 appareils de sécurité sur 450 kilomètres carrés [de territoires palestiniens] au cours de la première étape de la mise en place de l'entité palestinienne. En d'autres termes, un autre état policier arabe a été fondé, avec ses habituelles bandes mafieuses--

g. Les politiciens et media arabes ont exagéré l'ampleur de la réussite et la victoire de la résistance libanaise[Hezbollah]... venant d’un simple succès tactique sur un front de petite taille, et qui n’eut aucune espèce d’influence sur l'équilibre des forces dans la région. Cette exagération fut la raison de la reviviscence de la mentalité guerrière dans les esprits arabes--

h. Alors que le monde devient unipolaire et que les USA remplissent les rôles diplomatiques, politiques et économiques dans tout le monde arabe--des voix s'élèvent, appelant au boycott des marchandises américaines, à la rupture des relations avec Washington, et même au déclenchement d'une guerre contre les Etats-Unis. [Ces cris] sont devenus un rituel folklorique rappelant l'usage du Tam-Tam en Afrique--"

La Paix a Besoin de la Démocratie Arabe

"L'esprit arabe s'est révélé maintes fois comme étant simplement un esprit religieux-- Ainsi, d'une action rationnelle, [le combat pour] les droits des Palestiniens s'est mué en une expression de haine et de violence. Les émotions politiques ont pris la place de la raison; la glorification du suicide, du meurtre et l'absence de respect pour la vie humaine sont devenus [des valeurs] primordiales-- La mentalité arabe n'a pas réalisé que même des accords de paix imparfaits sont préférables à la guerre. En effet, de tels accords n'octroient pas tous les droits ou une paix parfaite : la vraie paix, c’est la démocratie, la coexistence, le développement et la modernisation-- autant de choses auxquelles les régimes autoritaires arabes ne sont pas prêts--


[1] Al-Hayat (London- Beyrouth), le 6 décembre 2000.

[2] Référence aux résolutions du sommet arabe qui ignorent les appels à la guerre des facteurs extrémistes du monde arabe, et à une prise de position claire du président égyptien contre la guerre avec Israël.

 

 

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