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Dépêche Spéciale / Israël / Arabes israéliens

Le 3 mai 2002

Les Arabes israéliens s’opposent à l’idée

d’un échange de territoires

Le principe de l’échange territorial entre Israéliens et Palestiniens est le suivant : troquer certains territoires à l’est de la Ligne verte, où sont implantées d’importantes localités juives, contre des territoires israéliens à forte population arabe.

Le camp pacifiste ainsi que le parti travailliste débattent actuellement de cette option pour deux raisons :

A — La radicalisation des Arabes israéliens, dont les dirigeants cautionnent en outre l’OLP.

B — La nécessité de trouver, dans le cadre d’un futur accord de paix israélo-palestinien, une solution politique au problème des implantations, tout en les laissant sous souveraineté israélienne.

Cette idée d’échange a d’abord été émise en 1996 par le parlementaire travailliste Yossi Beilin. Arnon Sofer, professeur de géographie à l’université de Haïfa, a formulé une idée de projet similaire l’année dernière, idée qui a ensuite été débattue par le professeur Sergio de la Pergola, spécialiste de la démographie de Jérusalem. Plus récemment, le Dr Éphraïm Sneh, ministre du parti travailliste, l’a de nouveau sortie de l’ombre.

D’après un rapport d’Haaretz, fruit d’une enquête menée sur le terrain, la perspective d’un échange territorial provoque un violent rejet de la part des Arabes israéliens, éveillant à la fois colère et sentiment d’outrage. Voici quelques extraits du rapport : (1)

Réaction des Arabes israéliens

" …En entendant qu’ils pourraient [les Arabes israéliens] se retrouver à l’avenir du côté Est de la frontière séparant Israël et la Palestine, ils ont ri bien fort.

Un jeune homme de Musmus, qui a demandé à garder l’anonymat, a déclaré : ‘… Je n’irai jamais m’installer en Palestine. Après tout, je travaille en Israël et mes amis sont tous juifs. Je suis né Israélien et j’ai grandi en Israélien. Personne ne peut venir me dire : Allez vivre ailleurs.’ "

Le reporter Oni Nir, d’Haaretz, commente : " Si jamais un accord était conclu entre les deux Etats pour réajuster la frontière et incorporer Musmus à l’Etat palestinien, le jeune homme affirme qu’il quitterait son village pour aller s’installer en Israël : ‘Heureusement, dit-il, j’ai le choix : j’ai des petites copines juives à Tel-Aviv, à Acre et à Ashkelon. Je n’ai qu’à décider chez qui je veux m’installer…’

Ahmed Saïd s’est écrié : ‘Les Juifs montent des projets sans même se donner la peine de consulter les personnes concernées !’

Un autre Arabe israélien ajoute : ‘Nous ne sommes pas des chats que l’on peut faire fuir à sa guise. Les Juifs ne veulent pas de nous, les Palestiniens non plus : nous sommes rejetés des deux côtés. Les Juifs nous considèrent comme des Palestiniens et pour un peu les Palestiniens nous considèreraient comme des Juifs. Ils nous appellent les ‘gros chats arabes’. Nous savons qu’ils ne voudront pas de nous dans leur Etat.’ "

Enquête menée au sein de la population arabe israélienne

Le reporter Oni Nir, de Haaretz, poursuit : " Des enquêtes menées dans le secteur arabe indiquent qu’une forte majorité d’Arabes s’opposent à l’idée de l’échange. Un sondage portant sur un large échantillon de population, rendu public l’an dernier par les professeurs Sami Smouha et Assad Ghanen, indique que seuls quelques 30% des sondés sont favorables à l’annexion des localités arabes du Triangle de Wadi Ara à l’Etat palestinien. Un quart des résidents du Triangle se sont déclarés favorables à l’idée contre un tiers des sondés dans les villes de Taybeh et Al-Fahm. Dans une enquête menée en octobre 2003 par le professeur Ephraïm Yaar, du Centre Steinmetz d’études pour la paix (dépendant de l’université de Tel-Aviv), 23% étaient favorables à l’idée. Les résultats d’une enquête, récemment rendue publique par l’hebdomadaire arabe israélien Panorama, publié à Taybeh, indique qu’à Umm al-Fahm, seuls 9% de sondés soutiendraient une telle initiative. "

Personnages politiques israélo-arabes

Ghaleb Majadla, chef de la section israélo-arabe du parti travailliste, déclare : " …Il y en a qui aimeraient utiliser notre identité palestinienne à des fins cyniques, en créant un conflit entre cette identité et notre citoyenneté israélienne. Je pense que c’est du racisme. Personne ne peut nous empêcher de nous identifier à notre peuple et à ses souffrances, et à nous battre pour lui dans la légalité. De même, personne ne nous ôtera notre nationalité israélienne, à laquelle nous avons droit et qui n’a rien d’une faveur qu’on nous aurait accordée. "

Oni Nir : " A Umm al-Fahm, certains organisent une contre-offensive, refusant l’idée du transfert des Arabes israéliens vers un Etat palestinien. Qassem Ziyad, autrefois journaliste du parti socialiste israélien " mapam ", aujourd’hui éteint, et ancien professeur d’arabe ayant eu pour élèves des milliers d’étudiants juifs dans les institutions éducatives des kibboutzim, s’est trouvé si offensé qu’il a décidé de rallier les représentants locaux contre cette initiative. Il raconte avoir décidé d’agir en apprenant que certains dirigeants du parti travailliste étaient également favorables à l’idée de l’échange.

Qassem Ziyad : ‘Le mouvement travailliste, que nous considérons comme un allié depuis 50 ans, et qui a toujours estimé qu’il pouvait venir cueillir des voix chez nous, doit faire attention à ne pas encourager l’abstinence. Le mouvement travailliste doit nous prouver qu’il existe une différence entre lui et les adeptes du Grand Israël, favorables au transfert.’

M. Ziyad a cité un par un les arguments qu’il compte développer dans un document qu’il fera circuler auprès des dirigeants arabes dans les régions de Wadi Ara et du Triangle, document qui a pour but d’expliquer sa prise de position contre le transfert vers un Etat palestinien. ‘Je dis aux Arabes israéliens : faites-vous entendre ; je suis convaincu qu’il se trouvera parmi vous une majorité absolue pour s’élever contre ces idées nuisibles.

Nous ne sommes pas des biens ou de la marchandise. Nous sommes des êtres humains pourvus de désirs et de rêves, et nous sommes les fils de cette terre, les fils de cet Etat. Pendant 54 ans, on a voulu faire de nous une composante de la société tout en nous maintenant à l’écart et en nous privant d’une coexistence heureuse. Je ne connais pas de meilleur exemple de loyauté que celui apporté par les Arabes de ce pays, surtout quand on considère les difficultés que traversent leurs frères dans les territoires.

Plusieurs générations d’Arabes, israéliens sur le plan social et civil, se sont suivies. Nous formons une partie intégrante du tissu social de ce pays ; c’est un fait. Nous servons ce pays au sens le plus positif du terme. Alors ne nous envoyez pas au diable.

Il y a d’autres raisons [à notre rejet du transfert] : l’Etat palestinien aura du mal à absorber dans ses territoires des centaines de milliers de nouveaux citoyens [arabes israéliens] qui se sont habitués à un important degré de liberté individuelle et de démocratie, lesquelles ne sont pas encore monnaie courante dans les territoires. Nous ne ferions que compliquer la tâche de l’Etat palestinien, encore au stade de la petite enfance, et nous en deviendrions la brebis galeuse. "

 

  1. Haaretz, le 26 avril 2002

 

 

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