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Dépêche Spéciale/ Egypte - Projet de réforme

Le 8 mars 2001

Un écrivain : Le régime égyptien encourage la persécution des Coptes.

Un auteur égyptien résidant à New York a dénoncé le traitement infligé à la minorité chrétienne des Coptes par le gouvernement égyptien dans un article du quotidien Al-Qods al-Arabi, diffusé à Londres. Voici quelques extraits de l’article :

Le 10 février 2002, les agences de presse ont rapporté les attentats perpétrés contre des Coptes dans un village de la région d’Al-Minia. Les demeures des Coptes, leurs véhicules et leurs églises ont été brûlés, tandis que 10 Coptes ont été blessés… J’aimerais analyser pourquoi ce scénario d’attaques contre les Coptes ne cesse de se répéter, de l’incident d’Al-Khanda, en 1972, jusqu’aux derniers événements.

  1. L’absence de peines claires : Dans les sociétés qui se respectent, il n’y a ni dialogue ni compromis avec un criminel qui enfreint la loi. Mais en Egypte… le vrai criminel se retrouve en liberté tandis qu’un procès est intenté à des jeunes contre qui les juges ne détiennent aucune espèce de preuve… Tout cela a lieu alors que chacun sait pertinemment qui sont les coupables : pas ceux qui, pour des raisons inconnues, paraissent en justice et sont punis.
  • Même traitement aux agresseurs et aux agressés : Depuis que le président Sadate a fait sienne la politique maudite consistant à mettre au même niveau [les responsables et les victimes] — politique qui a conduit à évoquer [l’existence d’affrontements entre] "extrémistes des deux bords", notre vie est un cauchemar. Quelle est donc la logique, la loi ou la religion qui veut que l’on compare l’agresseur à l’agressé ? Après chaque violente attaque dirigée contre les Coptes a lieu une série d’arrestations dans les deux camps ; la victime finit par renoncer à ses droits… Ce qui signifie que l’Etat n’est pas neutre, qu’il encourage l’agression des Coptes.
  • Récompenser l’agresseur… : A chaque fois, l’Etat récompense les extrémistes au lieu de les punir. C’est ainsi que les extrémistes réussissent à imposer leur volonté. Dans le village d’Al-Timsahiya, dans la région d’Asyut, quand la foule [des musulmans] s’est déchaînée au sujet de la hauteur de l’église, on a accepté d’élever le minaret de la mosquée afin qu’il dépasse l’église. En parallèle à la reconstruction de l’église [détruite par une foule de musulmans] dans un récent attentat, le ministère du Logement a lancé une campagne de recherche de fonds pour la construction d’une mosquée. Pourquoi les musulmans devraient-ils se contenir si les choses se terminent par l’incendie des foyers chrétiens et des églises et la réalisation de leur but [la construction d’une mosquée] ? Je tiens à signaler que je ne m’oppose pas à ce que les mosquées s’élèvent plus haut. En ce qui me concerne, elles peuvent aller jusqu’au ciel. Ce qui m’inquiète, c’est que l’on se plie aux exigences des extrémistes, qu’on récompense l’agresseur.
  • Des lois oppressives, arbitraires : Il est clair que les lois concernant la création de lieux de culte chrétiens en Egypte sont oppressives et non constitutionnelles. A cause de cette injustice, les chrétiens ont payé cher, avec leur sang et leurs propriétés, les tentatives de création de lieux de culte.
  • Une attitude gouvernementale qui encourage l’extrémisme : Quand le gouvernement détruit une église de quatre étages à Shubra Al-Khayma — ce qui a mécontenté le président Moubarak, qui a ordonné sa reconstruction aux frais de l’Etat plus d’un an après l’incident ; quand, il y a quelques mois, ce même gouvernement détruit les murs et les fondations de l’église d’Al-Oubour ; quand le gouvernement empêche que l’on élève l’église de la Vierge à Al-Zeytoun sous prétexte que cela gênerait la circulation aérienne - bien que l’église se trouve plutôt loin de l’aéroport (!) ; quand il fait construire une mosquée au milieu de la rue d’Al-Abbasiya pour qu’elle fasse face à la cathédrale ; quand le gouvernement fait preuve d’une telle mentalité, quel message transmet-il à la foule [musulmane] ?
  • Le spectacle des embrassades : Le gouvernement égyptien pense que les Coptes devraient s’estimer contents et remercier Dieu qu’on leur fasse l’honneur de quelques gestes en leur faveur : " Qu’est-ce donc que cette avidité copte ? Ca ne leur suffit pas que les cheiks serrent les prêtres dans leurs bras devant les caméras télévisées ?… Et après cela, ils geignent encore pour quelques maisons brûlées, la destruction d’une église, quelques morts et blessés à l’occasion de l’ouverture ou la reconstruction d’une église ? ! " Nous [les musulmans égyptiens] avons une philosophie qui nous autorise à incendier les demeures et les églises des Coptes puis à aller nous excuser auprès de leurs ecclésiastiques… Et remerciez Allah que l’on ne vous anéantisse pas !
  • L’image au détriment de l’essence : Tout ce qui intéresse le régime égyptien, c’est son image à l’étranger ; la situation sur le terrain est un problème secondaire. Ainsi, le régime recrute des hommes d’affaires chargés de faire savoir, par les principaux journaux américains et européens, que tout va bien. Il envoie, aux frais du ministère égyptien des affaires étrangères (lequel est aussi financé par le contribuable copte), des délégations chargées de faire savoir que tout va parfaitement bien et que nous avons établi un dialogue culturel ! ! Ils nient les faits et répandent des propos trompeurs. Malheureusement pour eux, depuis le 11 septembre, l’efficacité de ces méthodes est limitée.
  • La taxe de rénovation et de reconstruction : A chaque tentative de construire ou reconstruire une église, les Coptes doivent payer en vies et en biens, et cela bien qu’ils disposent de permis de construire. En juillet 2000, le citoyen copte Fakhri Iyad est mort pour avoir entrepris de construire une église dans un village de la région de Sol in Al-Fayyoum. Un incident identique s’est produit en août 2000, à l’église de Qasr Rashwan à Al-Fayyoum. L’église a été attaquée, ainsi que sept demeures coptes. Quatre personnes ont été blessées. Ainsi, en échange de la rénovation d’une église, on brûle quelques demeures coptes, à moins qu’on ne fasse payer les personnes en leur ôtant la vie.
  • Des rituels répétitifs : Certains rituels particuliers sont apparus lors des attentats perpétrés contre les Coptes. L’un d’eux consiste à l’incitation à la haine des " Coptes infidèles " à partir des haut-parleurs des mosquées… Mais le personnel de la Sécurité se montre indulgent envers ces agresseurs, collabore avec eux. De plus, les lignes téléphoniques sont coupées pour qu’on ne puisse pas appeler les secours. Un autre de ces rituels est d’accuser les chrétiens de provoquer les musulmans, comme si les chrétiens étaient à l’origine des attaques. Au nom du ciel, comment une cloche d’église qui appelle les gens à la prière une fois par semaine peut-elle constituer une provocation pour les musulmans ? L’existence des Coptes est-elle aussi une provocation ?
  • [Conclusion] : J’ai lu le commentaire d’un Américain qui disait que du temps de Sadate, l’Egypte et l’Arabie Saoudite s’étaient mises d’accord pour éliminer la présence chrétienne, principalement celle des Coptes d’Egypte, au Moyen-Orient. Cette politique a pris de l’ampleur depuis le décès de Sadate. Sadate lui-même aurait dit qu’il comptait faire des Coptes des cireurs de chaussures et des mendiants. Ainsi, l’Arabie Saoudite a financé le radicalisme religieux en Egypte. Malheureusement, trois décennies plus tard,… L’Egypte est devenue le plus gros exportateur de cheiks extrémistes… Les fonds saoudiens ont aidé l’Egypte à peindre la vie aux couleurs de l’extrémisme religieux.
  • En conclusion, je déclare ouvertement que l’Etat se trompe, que tous en Egypte se trompent s’ils pensent qu’encourager la majorité à persécuter la minorité conduira à la soumission des Coptes. Ce comportement mènera au suicide collectif et à la destruction de l’Egypte… (1) ~

     

    1. Al-Qods al-Arabi (Londres), le 7 mars 2002

     

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