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Rapport Spécial

Le 11 septembre 2002 - N° 7

Nouveau mythe antisémite dans les médias du Moyen-Orient : Les attaques du 11 septembre ont été perpétrées par les Juifs

Avant propos de Tom Lantos, membre du Congrès américain

L’un des développements les plus choquants et les plus bouleversants de ces dernières décennies est l’émergence, dans le monde arabe, d’un antisémitisme épanoui dans la veine du vieil antisémitisme européen. En tant que survivant de l’holocauste, je suis particulièrement attristé — en fait dégoûté — par ce phénomène, qui s’est manifesté dans une moitié de siècle où l’antisémitisme européen allait déclinant. Il est en effet tragique que le monde arabe, qui a rejeté les libertés européennes et les institutions démocratiques, n’ait importé d’Europe que les pires idées que cette dernière avait à offrir.

En 1986, Bernard Lewis, spécialiste du Moyen-Orient, explique l’antisémitisme arabe contemporain comme étant une réaction à l’humiliation ressentie par les Arabes face aux défaites militaires répétées face à Israël, défaites d’autant plus douloureuses qu’elles étaient administrées par un peuple, le peuple juif, longtemps considéré comme inférieur.

D’après Lewis, les Arabes avaient pour habitude de considérer les Juifs comme rien de plus qu’ " une minorité soumise tolérée qui…, en se comportant comme des conquérants et des dirigeants, a renversé l’ordre universel instauré par Dieu. " (1) Quel qu’en soit la cause, le cancer de l’antisémitisme s’est métastasé et répandu dans le monde arabe. Les Juifs, en tant qu’Israéliens ou tout simplement en tant que Juifs, sont quotidiennement diabolisés par la presse arabe, les médias électroniques, les manuels scolaires, fréquemment à l’aide d’illustrations et de dessins " politiques " à mettre au niveau des pires [caricatures] de Die Sturmer, (de Julius Streicher). En effet, l’imagerie de style nazie et la croyance [en l’existence] d’un complot [juif] sont choses courantes dans le monde arabe, tous les maux du monde étant attribués " aux Juifs ". Comme le remarque un récent article du New York Times, " dans n’importe quel hôtel cinq étoiles où vous vous rendez, de la Jordanie à l’Iran, vous pouvez vous procurer le tristement célèbre ouvrage mensonger Le protocole des sages de Sion. Ramassez un journal n’importe où dans le monde arabe : vous avez toutes les chances d’y trouver une croix gammée superposée au drapeau israélien. " (2)

Ce problème, qui va en empirant, a de sinistres implications sur le conflit israélo-arabe, apportant une dimension de guerre de religion à un problème politique particulièrement épineux. De plus, en une torsion des plus dérangeantes, le Moyen-Orient semble se retrouver à exporter vers l’Europe l’antisémitisme qu’il y a d’abord trouvé. Depuis le début de la dernière phase de violence arabe à l’encontre d’Israël, en septembre 2000, des centaines d’incidents antisémites ont été rapportés en Europe, principalement en France.

Certains des cas les plus inquiétants sont apparus à la suite des attentats du 11 septembre contre les Etats-Unis, comme le rapporte cet ouvrage d’envergure. La réaction des médias arabes à l’horreur engendrée par le 11 septembre comportait tous les éléments de la diffamation de style nazie — notamment l’élément du complot juif.

Nous trouvons dans cet ouvrage les déclarations aujourd’hui célèbres qui veulent que le Mossad ait organisé les attentats du 11 septembre ; que 4 000 employés juifs, [soit-disant] avertis à l’avance, ne se seraient pas rendus au World Trade Center ce jour-là, où ils exerçaient ; que les Juifs auraient profité d’avoir pris connaissance de la tragédie à venir pour bénéficier du marché boursier. Nous pouvons remarquer le choquant sentiment d’infériorité culturelle — qui sert d’excuse, mais qui n’en est pas moins réel — d’animateurs arabes qui " prouvent " la complicité juive dans les assassinats du 11 septembre du fait que " seuls les Juifs sont capables de planifier à l’avance un tel incident, vu qu’il a été organisé avec une précision dont Oussama Ben Laden, toute organisation islamique ou tout service de renseignements sont incapables. " Et nous apprenons quel horrible châtiment, de type nazi, un dignitaire religieux musulman souhaite aux Juifs d’Amérique.

Mais le contenu des pages qui suivent reflète aussi une bien triste réalité : l’incapacité du monde arabe à accepter, premièrement, le fait que les Arabes aient planifié et perpétré ces terribles actions ; deuxièmement, leur incapacité à réfléchir dans un esprit constructif au comment et au pourquoi de ces événements. Telle est l’utilité classique que l’antisémite trouve à l’antisémitisme : faire des Juifs son bouc émissaire [en l’accusant] des problèmes qu’il a lui-même créés.

Je suis plein d’admiration pour le travail de MEMRI, qui a constitué cet ouvrage et qui, de manière plus générale, s’applique à dénoncer l’antisémitisme arabe. Avant que MEMRI n’entreprenne de parcourir et de traduire la presse arabe, le public américain n’était que vaguement conscient du problème. Grâce à MEMRI, cet inquiétant phénomène a été dévoilé, et porté à l’attention de nombreux auteurs américains.

Pour ne citer qu’un exemple : une récente série d’articles parus dans un journal saoudien a évoqué les anciennes accusations diffamatoires selon lesquelles les Juifs introduiraient du sang humain (non-juif, évidemment) dans les préparations culinaires destinées à leurs célébrations religieuses. MEMRI a traduit et diffusé ces articles, qui ont provoqué un sentiment de révolte générale : un éditorial de Voice of America a notamment condamné l’incitation arabe à l’antisémitisme. Quel en fut le surprenant résultat  Le directeur du journal s’est senti gêné de cette dénonciation et obligé de reconnaître publiquement que les accusations de l’article " ne se fondent pas sur des faits scientifiquement ou historiquement prouvés " - une rare victoire de la vérité dans le monde arabe. On ne peut que souhaiter qu’embarrasser les médias arabes en rendant publics leurs préjugés choquants, aura plus souvent un effet salutaire.

Je félicite MEMRI pour son travail innovateur, consistant à dévoiler au grand jour l’antisémitisme arabe, et je recommande cet excellent ouvrage. Aux laïques, aux diplomates, aux spécialistes du Moyen-Orient et de la solution du conflit. Cet ouvrage met en lumière, comme peu l’ont fait, l’un des phénomènes les plus problématiques de notre temps : l’imprégnation antisémite de la culture arabe. ~

 

 

 

Par Tom Lantos, démocrate de renom,

Comité des relations internationales,

Chambre des Représentants

Le 1er mai 2002

L’ouvrage peut être téléchargé en anglais sur le site www.memri.org.

  1. Lewis, Bernard, Sémites et antisémites : Enquête au sein du conflit et des préjugés (W.W. Norton & Company, New York / Londres, 1986), pp. 239-240
  2. Le New York Times, le 27 avril 2002, " L’antisémitisme prend de l’ampleur parmi les musulmans : des images de haine du Juif imprègnent la culture populaire islamique " (par Susan Sachs), pp. A19, A21

L'Institut de Recherche Médiatique du Moyen-Orient (MEMRI) est une organisation indépendante à but non lucratif mettant à votre disposition des traductions de la presse du Moyen-Orient, une analyse originale des faits ainsi que le résultat de recherches sur le développement de la situation dans la région. Des copies des articles originaux et autres documents cités, ainsi que toute information d'ordre général, sont disponibles sur simple demande.

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