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Dépêche Spéciale / Syrie

Le 27 novembre 2002 n° 443

Le ministre syrien des Affaires étrangères : les “zones d’exclusion aérienne” sont illégitimes ; la Syrie a voté la résolution 1441 de l’ONU pour renforcer le camp de la paix à Washington ; la politique américaine est tyrannique.


Voici quelques extraits d’une interview du ministre syrien des Affaires étrangères, Faruq Al-Shar. L’interview, conduite par Sanna Al-Saïd, a été publiée par l’hebdomadaire égyptien Al-Usbu, affilié à l’opposition : (1)

Les quartiers généraux du Djihad islamique à Damas ne seront pas fermés

Sanna Al-Saïd : Colin Powell a récemment critiqué la Syrie, qualifiant de terroriste le mouvement du Djihad, dont les quartiers généraux se trouvent à Damas. Quelle est votre position face à l’exigence de Washington de faire fermer les quartiers généraux du Djihad… ?

Al-Shar : L’activité dans les quartiers généraux du mouvement du Djihad se limite à son aspect médiatique, ceux qui y travaillent n’étant nullement liés à l’armée ou à l’organisation des opérations. Les initiateurs des opérations palestiniennes se trouvent sur le terrain… Ceux qui vivent en Syrie ne sont pas en mesure de planifier des opérations devant être exécutées sur le sol palestinien…

Sanna Al-Saïd : Doit-on comprendre que la Syrie ne se pliera pas à la demande américaine ?

Al-Shar : Nous nous y plierons à une seule condition : que les Palestiniens retournent vivre dans leur patrie, en Palestine… Nous espérons que les Etats-Unis accepteront cette condition et exerceront des pressions sur Israël, afin que les Palestiniens retournent vivre dans leur patrie, conformément à la résolution 194 [de l’Assemblée générale de l’ONU].

La Russie a promis à Sharon de ne pas envoyer de missiles SAM-19 en Syrie

Sanna Al-Saïd : Est-il vrai que la Russie s’est pliée aux exigences de Sharon, refusant d’accorder des missiles SAM-19 à la Syrie, ce qui signifierait que la Russie est soumise à Israël, avec qui elle collabore militairement, et que Sharon peut se vanter de ce que l’Amérique et les autres pays lui obéissent ?

Al-Shar : Je ne tiens pas à répondre à ce genre de questions ; je me contenterai de dire que Sharon se vante de tout. Il a convoqué l’ambassadeur américain pour lui dire que la Syrie devait fermer les bureaux du Djihad islamique, se considérant comme un vainqueur. La seule chose qui fasse actuellement plaisir à Sharon est d’aller se plaindre auprès de l’ambassadeur américain en Israël. Je dois dire que ses plaintes n’ont eu aucun écho, vu que les bureaux [du Djihad islamique] ne sont que des bureaux d’information, et que ceux qui y travaillent ont le droit d’exprimer les espoirs de leur peuple. Pour ce qui est du mensonge selon lequel ils seraient habilités à réaliser des opérations…, ils [le Djihad islamique à Damas] ne peuvent mettre au point aucune opération contre Israël en se trouvant à l’étranger, loin du sol ou elles sont mises à exécution.

La résolution 1441 du Conseil de Sécurité de l’ONU

Sanna Al-Saïd : Qu’en est-il du vote de la Syrie favorable à la résolution 1441 ? Se peut-il que la Syrie cesse de figurer sur la liste des pays sponsorisant le terrorisme, liste établie par les Etats-Unis il y a plusieurs années ?

Al-Shar : La décision se trouve entre les mains des Américains. Quand nous avons voté la résolution 1441, nous ne l’avons pas fait dans le but d’obtenir quoi que ce soit des Etats-Unis, mais par conviction et en vertu de notre position [syrienne] panarabe. Nous avons voté pour afin d’éloigner l’Irak de la guerre, priver la Résolution de son contenu belliqueux et [éviter] des frappes automatiques susceptibles d’atteindre l’Irak et toute la région.

Sanna Al-Saïd : Que répondez-vous à ceux qui affirment que la Syrie ne veut pas d’invasion en Irak parce qu’elle a peur pour sa propre situation et craint d’être le prochain pays sur la liste ?

Al-Shar : Ce n’est pas une honte pour un homme de se tenir aux côtés de son frère du fait qu’il soit le prochain sur la liste. Les fondements de la pensée panarabe stipulent même que l’on défend son frère parce que l’on est une cible directe ou indirecte, que si l’on n’en est pas une [aujourd’hui], on en deviendra une demain ou après-demain. C’est pourquoi il n’y a rien ici qui contredise la position syrienne. C’est exactement comme un homme qui dirait qu’il ne vole pas parce qu’il craint la loi. C’est une bonne chose. Si la crainte de la loi l’empêche de voler, nous avons atteint notre but.

Sanna Al-Saïd : Beaucoup ont toutefois le sentiment que des pays comme la France et la Russie ont reconsidéré leurs positions face aux Etats-Unis. On aurait pu croire que ces pays utiliseraient leur droit de veto pour empêcher la ratification de la résolution 1441.

Al-Shar : Le recours au veto signifie le rejet total de la politique américaine ; or ils ne la rejettent pas complètement. Ils ont besoin [des Etats-Unis]. Oui : ils ont besoin de la politique américaine de ségrégation et de tyrannie.

Sanna Al-Saïd : Que répondez-vous à ceux qui accusent la Syrie d’avoir placé les intérêts américains au-dessus des intérêts arabes en votant pour la Résolution ?

Al-Shar : Ce sont des paroles vides et vaines. Le vote syrien de la résolution 1441 avait pour but de renforcer le camp de la paix à Washington et d’empêcher une offensive contre l’Irak, au moins dans sa phase initiale. Ce que la Syrie a essayé de faire avec ce vote était d’établir une barrière empêchant une quelconque attaque militaire contre l’Irak.

Sanna Al-Saïd : Il existe une autre interprétation : si la Syrie avait eu la conviction que les pays arabes n’accepteraient pas la résolution 1441 et que l’Irak refuserait de coopérer, elle se serait abstenue. Ce qui aurait poussé la Syrie à voter favorablement était sa conviction que les [autres pays] arabes ratifieraient la résolution et que l’Irak coopérerait.

Al-Shar : A cela, je dois ajouter que le président Saddam Hussein a déclaré, une semaine avant le vote de la résolution 1441, qu’il accepterait toute nouvelle résolution du Conseil de sécurité n’incluant pas d’action militaire contre l’Irak et préservant la souveraineté irakienne ; c’est le point sur lequel nous avons insisté au cours des pourparlers avec les membres du Conseil de sécurité, afin que les changements nécessaires soient apportés à cette résolution. Et c’est ce qui a été fait.

Les zones d’exclusion aérienne sont illégitimes

Sanna Al-Saïd : “Peut-on penser que le but du vote syrien était le contrôle de la situation dans un avenir proche, en rendant possible la coopération avec d’autres parties telles que la Russie, la France, la Chine, cela afin que l’Amérique ne puisse faussement accuser l’Irak d’enfreindre la résolution et attaquer ?

Al-Shar : Je dirai que nous, par exemple, ne pouvons accepter la logique américaine selon laquelle l’opposition irakienne à la présence aérienne américaine dans les " zones d’exclusion aérienne " viole la résolution 1441, comme l’Amérique l’a récemment déclaré. C’est de la stupidité, en contradiction avec les règles élémentaires de logique et du droit international. Nous avons affaire à un pays [les Etats-Unis] qui en menace un autre [l’Irak]. Est-il concevable que quand ce dernier pays se défend, il soit considéré comme violant le droit international ? On n’a jamais entendu une chose pareille, même au Moyen-âge.

Sanna Al-Saïd : D’autant plus que ces " zones d’exclusion aérienne " sont illégitimes, vu qu’elles ont été imposées par les Etats-Unis, indépendamment des Nations-unies ?

Al-Shar : En effet… Ces ‘zones d’exclusion aérienne’ ont été imposées en dehors du cadre international légitime ; c’est pourquoi Kofi Annan a décrété que l’opposition irakienne à la présence d’avions américains et britanniques dans ces ‘zones d’exclusion’ ne représentait pas une violation de la résolution 1441 de l’ONU.

Les Etats-Unis craignent le droit international et le respectent

Sanna Al-Saïd : Mais nous ne devons pas oublier que le Congrès américain a autorisé Bush à attaquer l’Irak.

Al-Shar : En effet, mais le vote du Congrès se base sur la nécessité d’épuiser toutes les autres possibilités avant d’entrer en guerre, laquelle représente le recours ultime. Les Démocrates ont soutenu la décision à cette condition. Ainsi, [la résolution] a été retirée des mains de l’extrême droite chrétienne ; comment les Etats-Unis pourraient-ils entrer en guerre sans tenir compte de qui que ce soit, ni même de la masse des manifestants qui a défilé à Londres et en Amérique ? Ils auraient dû se tourner vers les Nations unies. Cette nécessité est donc utile, en ce qu’elle révèle la crainte des Américains face au droit [international], qu’ils respectent. Ceci est une bonne chose, et c’est une nouveauté importante sur la scène internationale.

Sanna Al-Saïd : Beaucoup redoutent que l’Amérique poursuive sa campagne consistant à inventer des prétextes, qu’elle n’accuse l’Irak de saboter les inspections – ce qui lui permettrait de déclarer la guerre à l’Irak sous les auspices des Nations unies. Pensez-vous que c’est ce qui va arriver ?

Al-Shar : Ma réponse est : ni oui ni non. Tout dépend d’un point essentiel : le rapport des inspecteurs. Ils doivent le remettre au Conseil de Sécurité, non à l’Amérique. C’est le premier élément. En plus de cela, tous les membres du Conseil de sécurité devront débattre du rapport des inspecteurs, et pas uniquement les membres américains permanents. " Tous les membres ", la Syrie compris. Ils ne peuvent en aucune circonstance ignorer les 10 membres non permanents du Conseil de sécurité, comme ils l’ont fait par le passé. C’est une faute que nous ne permettrons plus.

Les armes de destruction massive et le nouveau colonialisme

Sanna Al-Saïd : Comment les Arabes peuvent-ils se sortir du cercle vicieux de l’illusion qu’ils détiennent des armes [non-conventionnelles] et de l’arsenal nucléaire bien réel d’Israël que l’Amérique ignore délibérément ? Nous avons récemment vu la Corée du Nord confirmer l’existence d’un programme nucléaire secret. Or les Etats-Unis ne lui imposent pas pour autant de sanctions, trouvant des excuses, expliquant que chaque pays est un cas à part...

Al-Shar : Ce comportement partial sous-tend une attitude colonialiste. Dans la presse londonienne et parisienne, ils ont beaucoup parlé des droits de l’homme, agissant hors de chez eux en totale contradiction avec leurs propos, au 18ème et 19ème siècle … Oui, ils défendaient les droits de l’homme à Londres, tout en commettant les actes les plus répugnants, sans aucune considération pour lesdits droits de l’homme, dans les régions qu’ils colonisaient. Jack Straw, ministre britannique des Affaires étrangères, l’a reconnu la semaine dernière en évoquant le passé colonialiste.

Les Etats-Unis ont une politique partiale en ce qui concerne les armes de destruction massive

Sanna Al-Saïd : Peut-on dire aujourd’hui que le colonialisme est revenu et qu’il est représenté par l’Amérique ?

Al-Shar : Sauf qu’aujourd’hui, l’opinion publique et les gouvernements occidentaux sont plus conscients du fait qu’une attitude partiale peut leur faire perdre toute crédibilité politique… Aujourd’hui, on évoque [partout] le problème de la partialité, que ce soit en rapport avec la Palestine, l’Irak ou les armes de destruction massive. Le fait qu’il existe deux poids, deux mesures est dénoncé, la guerre étant le moyen choisi pour désarmer l’Irak, alors qu’avec la Corée ils ont recours au dialogue.

Sanna Al-Saïd : Bien que la Corée du Nord ait ouvertement reconnu qu’elle possédait un arsenal nucléaire secret ?

Al-Shar : Oui. Et cela s’ajoute au cas d’Israël, qui possède des armes de destruction de masse sur lesquelles personne ne dit mot… Notre optimisme tient au fait que certains signes montrent que le monde commence à rejeter cette partialité.

La feuille de route

Sanna Al-Saïd : Tout se recoupe : … Qu’en est-il du plan de paix appelé " feuille de route ? " que les Etats-Unis ont proposé comme solution au problème palestinien et qui doit être annoncé le 20 décembre à la réunion [européenne] du quartette ?

Al-Shar : A ma connaissance, il n’existe pas de " feuille de route " ; ce n’est qu’une nouvelle illusion présentée à certains pays arabes. Ce plan n’existe que dans les médias. En réalité, on essaie ainsi de remplir un vide [politique], rien de plus.


(1) Al-Usbu (Egypte), le 25 novembre 2002


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