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Dépêche Spéciale / Koweït

Le 27 octobre 2002 N° 433

Un chroniqueur koweïtien suggère de reconsidérer l’éducation dans les pays arabes et musulmans

Le quotidien palestinien Al-Qods (1) publie un article du journaliste koweïtien Hamid Al-Hmoud qui appelle à reconsidérer le programme scolaire des pays arabes et musulmans ainsi que son impact sur les enfants. D’après Al-Hmoud, le seul moyen efficace de maîtriser le radicalisme dans le monde arabo-musulman est une réévaluation globale de l’éducation et la religion. Voici quelques extraits de l’article :

Réévaluation du programme scolaire

" Suite au 11 septembre, la question de l’influence du système scolaire sur le radicalisme religieux dans le monde arabo-musulman a été soulevée à plusieurs reprises. Les médias occidentaux ont publié une quantité d’articles et d’études sur le sujet. Si nous rejetons [la plupart de] ces publications, qui manifestent à notre sens racisme et haine à l’encontre des Arabes et des musulmans,… certaines études s’avèrent objectives et analytiques, et attribuent le radicalisme du monde arabe à l’éducation des jeunes enfants...

Nous trouvons rarement dans les médias arabes des articles traitant du rôle de l’éducation dans la formation d’opinions extrêmes parmi les jeunes. Au lieu de considérer [le 11 septembre] comme l’occasion de se pencher sur ce problème de première importance et d’en discuter ouvertement, certains parmi nous ont prétendu que soulever le sujet reviendrait à admettre une responsabilité collective [arabo-musulmane dans les attentats du 11 septembre] ou à encourager ceux qui nous épient sournoisement, nous et notre religion, à nous faire porter la faute des attentats.

Les musulmans qui refusent de s’intéresser au rôle de l’éducation dans la formation d’opinions radicales oublient que le plongeon dans l’extrémisme, qu’il soit de nature radicale, nationale ou religieuse, se fait par étapes. Il provient généralement d’un écart religieux ou d’une mauvaise interprétation d’une idéologie et d’une culture qui sont modérées. Analyser les causes et identifier les racines [du mal] ne signifient pas accuser quelque religion, idéologie ou culture que ce soit. L’analyse et un débat ouvert sur les raisons des écarts de certains musulmans nous permettraient d’apprendre les principes de base de notre religion et de nous débarrasser des déviances.

L’extrémisme commence à l’école

Suite au 11 septembre, tous les jeunes musulmans qui se sont battus aux côtés des talibans ont été catalogués comme extrémistes, bien que la majorité d’entre eux aient quitté leurs pays en en informant leurs familles et gouvernements. Le plongeon dans l’extrémisme s’est fait progressivement, mais nous devons admettre qu’il a commencé par l’éducation [qu’ils ont reçue] et [l’influence] du milieu social…

Quels sont les éléments religieux et culturels que ces ‘Afghans arabes’ ont puisé dans leur programme scolaire et leur milieu religieux ? Qu’est-ce qui a forgé leurs opinions et sentiments, les conduisant à abandonner leurs familles, leurs villes, leurs vies, lesquelles leurs semblaient ennuyeuses en ce qu’elles n’étaient pas au niveau de la culture religieuse qui leur a lavé le cerveau ?

Nous devons nous rendre compte que nos enfants, nos adolescents, nos hommes et nos femmes sont continuellement exposés à une culture religieuse [déformée] qui autorise la haine de l’autre. [Nous devons nous rendre compte] qu’il existe un lien entre la culture islamique telle qu’elle apparaît dans notre programme scolaire, à la maison et dans le quartier, et la culture qui enfante le fanatisme… [Cette culture islamique] apporte une information partiale, imprégnée de haine injustifiée à l’encontre des religions et des cultures des autres peuples, comme si ces autres peuples passaient leur temps à planifier des guerres contre les musulmans.

Les cultures occidentales, les cultures de l’Est et leurs peuples [sont décrits comme] les ennemis des musulmans tandis que chaque vendredi, certains prédicateurs fondamentalistes insistent sur les mauvaises actions de ces cultures et de ces peuples… Mais quand l’un de ces prédicateurs tombe malade, c’est un médecin du camp adverse qui lui sauve la vie, et il absorbe les médicaments élaborés et fabriqués par ce camp [l’Occident].

Il ne fait aucun doute que cette sorte de culture religieuse engendre, au mieux, des idées confuses et un comportement contradictoire à l’égard de l’autre, parfois même un dédoublement de personnalité. Elle entraîne en outre un conflit entre les directives religieuses d’un côté, la société civile et la culture moderne de l’autre.

C’est pourquoi la migration de nos jeunes vers l’‘Emirat islamique d’Afghanistan’ ne leur a pas semblé [un choix] extrémiste, mais une tentative de réconciliation entre la culture religieuse qu’ils ont assimilée et l’idéal religieux formé par leurs esprits…

Réévaluation et rectification ne signifient pas capitulation

On estime que chacun est responsable de son comportement… et je parle de responsabilité directe, vu que la responsabilité indirecte relève d’un domaine beaucoup plus vaste, comprenant la culture religieuse, sociale et politique dont on se nourrit depuis sa naissance. C’est pourquoi une réévaluation des fondements éducatifs, programme scolaire compris, et de la perception que l’étudiant a de lui-même et des membres des autres obédiences ainsi que la rectification de cette perception dans le but de permettre à l’étudiant de comprendre l’islam et d’en être fier, tout en acceptant les autres, [toutes ces choses] ne constituent pas une capitulation.

Forger une nouvelle perception de notre religion et culture en procédant à une réévaluation de programme scolaire, des médias et du discours religieux (essentiellement le fait des sermons du vendredi), est principalement de notre ressort, à nous musulmans, et non de celui de l’Occident et des pays de l’Est. Nous conserverons nos caractéristiques arabes et musulmanes, mais nous souhaitons aussi vivre en harmonie avec nous-mêmes et les [autres] peuples de la terre.

Il est nécessaire de rectifier la perception du monde dans lequel nous vivons si nous voulons maîtriser le radicalisme dans toutes ses formes et manifestations… Pour être efficace, le changement doit être global, prendre en compte l’âme et l’esprit…

L’Amérique et l’Occident sont bien équipés pour se défendre contre les effets [du radicalisme]. Mais qui nous défendra, nous Arabes et musulmans, contre les maux de notre société ? "

 

  1. Al-Qods (Autorité palestinienne), le 30 septembre 2002

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