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Dépêche Spéciale / Autorité Palestinienne

Le 20 octobre 2002 n° 430

M. Dahlan, chef de la Sécurité palestinienne,

menace le Hamas et évoque un arrangement américano-palestinien concernant l’affaire du Karine A

Dans une interview publiée le 16 octobre dans Al-Hayat, quotidien en arabe édité à Londres, Mohammed Dahlan, qui a démissionné lundi dernier de son poste de conseiller pour la sécurité nationale du président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat et qui, depuis la création de l’Autorité, dirigeait la sécurité préventive pour la bande de Gaza, a vivement critiqué le Hamas ainsi que la direction d’Arafat. Le jour suivant, M. Dahlan a démenti avoir tenu ces propos. (1) Voici quelques extraits de l’interview :

Différend entre l’Autorité palestinienne et le Hamas

Ibrahim Hamidi, correspondant à Damas d’Al-Hayat, quotidien arabe édité à Londres, rapporte les faits suivants :

Le colonel Mohammed Dahlan, ancien conseiller pour les affaires de sécurité du président Arafat, a vivement critiqué le mouvement de résistance islamique Hamas, menaçant de ‘mettre le feu à tous les centres du Hamas en représailles a tout incendie perpétré contre une station de police de l’Autorité palestinienne’, ajoutant : ‘Nous avons nos hommes de main tout comme le Hamas a les siens.’ Dahlan a estimé que le Dr Abd El-Aziz al-Rantisi, l’un des chefs du mouvement [Hamas], représentait ‘une guerre civile ambulante, en plus d’un ignorant. Pour qui se prend-il ? Pour le mollah Omar, chef des talibans ?’ "

Arrangement concernant le Karine A

" Dahlan a révélé que les chefs palestiniens se seraient mis d’accord avec les Américains pour que le Secrétaire d’Etat américain Colin Powell déclare que le Karin A avait pour destination le Hezbollah et non l’Autorité palestinienne. ‘Les Américains voulaient que l’un des dirigeants palestiniens affirme que s’il s’avérait exact que des membres de l’Autorité palestinienne étaient mêlés à l’affaire, nous nous occuperions d’eux. Mais avec notre grande intelligence, nous avons déclaré : ‘Powell nous a disculpés dans l’affaire du bateau.’ Les Etats-Unis ont compris qu’ils avaient affaire à un gang ou une mafia, et c’est ce qui a déclenché la crise avec les Américains, ainsi qu’un important scandale diplomatique "  

Les dirigeants palestiniens comparés à Ben Gourion

Hamidi rapporte qu’au cours d’une réunion de l’Association des hommes d’affaires tenue dimanche dernier à Gaza, M. Dahlan s’est entretenu avec un groupe de journalistes à qui l’on avait demandé de ne pas prendre de notes. Des sources proches de Yasser Arafat ont toutefois envoyé au bureau d’Al-Hayat à Damas quatre pages de notes incluant ce qui représente, selon leurs estimations, la plus importante des déclarations de Dahlan.

" [Dahlan] a révélé que suite aux événements du 11 septembre, il avait envoyé au président Arafat un rapport suggérant de ‘laisser tomber l’Intifada. L’Intifada est un moyen, pas un but… Nous aurions dû en faire une Intifada populaire et mettre un terme aux opérations armées, mais nous ne l’avons pas fait parce que le courage nous manque, à la direction, pour agir ainsi.’ 

Il a ensuite qualifié le peuple palestinien de ’masse qui opte pour l’extrémisme et le refus’, ajoutant : ‘La direction palestinienne doit forcer le peuple à respecter ses décisions…, le cas échéant au moyen du bâton.’ Il a précisé que Ben Gourion, ‘le plus grand homme d’Etat de toute l’histoire de l’Etat d’Israël, a accepté la création d’un Etat sans Jérusalem, afin d’établir une entité [politique] et de la consolider. Il a accepté la résolution 181… et a annoncé la création de l’Etat d’Israël, en dépit du désaccord de nombreux Israéliens. Nous pouvons forcer une faction [donnée] à cesser de lancer des obus de mortier, vu que les Israéliens rasent 200 dounams en représailles. Si Arafat avait déclaré un Etat sans Jérusalem, il aurait été traité de ‘traître’, même par le Fatah.

La direction palestinienne n’a manqué aucune occasion de faire des erreurs… Le peuple palestinien a cette capacité particulière de mourir en martyr et de tenir bon. Il existe deux courants au sein de l’Autorité palestinienne : Ceux qui disent que le peuple peut souffrir et rester déterminé, et ceux qui disent que le peuple s’est écroulé. Les deux se trompent : le peuple peut souffrir si son sacrifice est politiquement récompensé. "

Relations Hamas-Autorité palestinienne

" Au sujet des relations avec le Hamas, M. Dahlan explique qu’‘un courant [croissant] au Hamas considère que l’Autorité palestinienne ne mérite pas de vivre... Nous nous sommes assis pour nous remémorer notre expérience passée avec le Hamas, et avons décidé de ne pas permettre au mouvement de penser qu’il se trouve en présence d’une belle occasion d’éliminer l’Autorité palestinienne.

Nous connaissons les limites. La société palestinienne ne sera pas entraînée dans une guerre civile. Les [12 hommes du Hamas accusés du meurtre du colonel Abou Liyia, de l’Autorité palestinienne] doivent être arrêtés (2), aussi bien que tous ceux qui ont participé ou planifié ce crime odieux. Nous ne renoncerons pas à [cette exigence], même si cela entraîne un conflit. Nous avons abandonné l’idée d’exiger du Hamas de livrer [les 12 suspects]… mais il ne doivent pas nous empêcher de procéder à une arrestation. [En représailles] à l’incendie perpétré contre une station de police de l’Autorité palestinienne, nous allons mettre le feu à tous les centres du Hamas. Nous avons à notre disposition des hommes de main, tout comme eux. Si nous ne pouvons faire confiance au Hamas, nous procéderons à des arrestations. " (3)

Jihad Al-Khazen, chroniqueur à Al-Hayat et ami proche de M. Dahlan, rapporte fréquemment ses conversations avec ce dernier dans sa chronique quotidienne. Al-Khazen évoque l’impasse où se retrouvent les relations entre le Hamas et l’Autorité palestiniennes, suite à la demande de livrer les personnes soupçonnées d’avoir participé au meurtre du colonel Abou Lihya. Al-Khazen a discuté avec " deux amis appartenant à la direction du Hamas et de l’Autorité palestinienne. " Etant donné qu’Al-Khazen a pour habitude de conter ses rencontres avec M. Dahlan, on peut penser que ces déclarations sont également de lui :

" La deuxième position [celle de l’officiel de l’Autorité palestinienne, apparemment Dahlan], m’a surpris par sa dureté. Il a insisté pour que soient livrés Aql [l’activiste du Hamas], quoi qu’il arrive, menaçant de le saisir de force, même si cela devait entraîner des affrontements armés avec le Hamas dans toute la bande de Gaza.

L’ancien [de l’Autorité palestinienne, apparemment Dahlan]… a dit : ‘Ce n’est pas un cas de [vengeance du sang] tribale. Douze hommes ont participé à l’enlèvement [et au meurtre de l’officier de l’Autorité palestinienne]. La famille Aql dans son ensemble ne comporte que six hommes. Le Dr Abd El-Aziz Al-Rantisi a revendiqué l’opération. Ils ne nous tourneront pas en bourriques. S’ils nous livrent le garçon [Aql] — ça ira. Sinon, pas une seule institution du Hamas ne demeurera.

Nous ne permettrons à personne de verser notre sang [aux forces de sécurité palestiniennes]. Si l’on ne nous remet pas le jeune qui a tiré, je l’exécuterai et laisserai sa famille avec un autre cas de vengeance du sang à régler. C’est le Hamas — et non le jeune Imad Aql — qui a enlevé un officier de l’Autorité palestinienne dans la rue. Ils lui ont cassé les jambes et les bras avant de l’achever. Ils pensent peut-être que l’Autorité palestinienne est finie, mais nous ne sommes pas finis — ni la Sécurité préventive, ni les Tanzim [Fatah]

Il n’existe aucune solution de compromis : soit ils nous livrent le jeune, soit nous éradiquons le Hamas. Je ne permettrai pas qu’un autre officier de l’Autorité palestinienne se fasse tuer en pleine rue par le Hamas. Huit membres du Hamas ont une fois exécuté deux policiers. Nous les avons libérés, mais je peux à nouveau les enfermer. Le Dr Maqadma a tué deux policiers. Nous l’avons libéré, mais je peux le refaire enfermer et l’exécuter. Nous pouvons demander à dix personnes de tirer sur Al-Rantisi puis les condamner [uniquement] à la prison à vie.

Nous nous sommes montrés conciliants avec le Hamas. Ils nous ont causé des problèmes avec les Américains et les Israéliens, et après tout cela ils nous prennent encore pour des idiots. Ils ont incendié des stations de police puis ont dit : " C’est le peuple qui y a mis le feu. " Nous allons faire sortir tout le peuple [dans la rue] pour incendier tous les centres du Hamas.

S’ils exigent la condamnation de tous les accusés [du côté de l’Autorité palestinienne], et bien nous avons aussi des exigences. Toutefois, livrer le jeune en question ne relève d’aucun autre problème [n’est pas conditionné au procès des membres de l’Autorité palestinienne soupçonnés du meurtre de membres du Hamas]. Soit ils nous le remettent, soit nous irons le chercher.

Le Hamas a exécuté l’un de nos jeunes hommes [le colonel Abou Lihya de l’Autorité palestinienne], lequel avait participé à toutes nos batailles depuis septembre 2000. Je vais leur donner une leçon dont ils se souviendront à jamais. Je jure sur la vie de votre père, et prenez-en note, que si le Hamas incendie une station de police, je mettrai le feu à 50 de leurs centres. S’ils désirent l’unité nationale, eux aussi, et pas seulement nous, doivent en payer le prix. "

Al-Khazen précise que ce qu’il s’est abstenu de publier était " deux fois plus dur ". (4)

 

  1. Al-Sharq al-Awsat (Londres), le 17 octobre 2002
  2. M. Dahlan s’est exprimé dans le contexte de la reprise des affrontements entre le Hamas et les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne. Suite aux attentats terroristes du 11 septembre, la police de l’Autorité palestinienne a tué deux hommes en essayant d’empêcher les partisans du Hamas d’afficher leur soutien à Oussama Ben Laden. L’une des victimes était " Youssef " Aql. Sa famille ainsi que le Hamas ont accusé le colonel Rajeh Abou Lihya, officier de la Police palestinienne, d’avoir commis le meurtre. La semaine dernière, le colonel Abou Lihya a été enlevé puis brutalement exécuté par le fils de Youssef Aql, dit-on, membre de la branche militaire du Hamas (les brigades Azzedine El-Qassem), lequel se fait aussi appeler " Imad Aql ".
  3. Al-Hayat (Londres), le 16 octobre 2002
  4. Al-Hayat (Londres), le 16 octobre 2002

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