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Dépêche Spéciale / Autorité Palestinienne

Le 14 octobre 2002 n° 428

Une interview de Yasser Arafat

Yasser Arafat, président de l’Autorité palestinienne, a récemment accordé une interview à Saida Hamad, correspondant à Ramallah du quotidien arabe Al-Hayat, édité à Londres. Yasser Arafat a comparé le conflit actuel à celui de la Mecque, à l’époque du prophète Mahomet, conflit résolu grâce à l’accord d’Al-Hudaybiyya, conclu entre le Prophète et la tribu de Qurayche. Il a déclaré que nul n’était habilité à abolir le droit de retour des Palestiniens, ajoutant que le mur des Lamentations n’était en rien lié au Temple juif. Voici quelques extraits de l’interview : (1)

"O Allah, accorde-moi le martyre ! "

S. Hamad : C’est un fait connu que l’armée israélienne a projeté de vous expulser des territoires palestiniens pour vous conduire loin d’ici.

Y. Arafat : Loin d’ici ! Vous voulez dire : dans le désert ! Ils sont les bienvenus. " O montagne ! Le vent ne peut t’ébranler. " Avez-vous oublié ma devise ? Ils ne feront de moi un captif et un prisonnier qu’en tant que martyr, martyr, martyr… O Allah ! Accorde-moi le martyre ! [Le prophète Mahomet a dit] : " Il existe encore un groupe de gens dans ma nation qui suit sa religion, vainc son ennemi, et n’est atteint par aucun attaquant : son peuple est victorieux, grâce à la force d’Allah. " On a demandé [au Prophète Mahomet] : " O messager d’Allah, où sont-ils et qui sont-ils? " Le prophète a répondu : " Ils se trouvent à Jérusalem et dans ses environs, en première ligne jusqu’au Jour du Jugement. "

S. Hamad : Pendant que vous étiez assiégé, le peuple est venu à votre secour, [vous] prêtant serment d’allégeance. D’autre part, des sondages montrent que 60% des Palestiniens voteraient pour vous.

Y. Arafat : 60% est un pourcentage important. Je me serais contenté de 55%.

S. Hamad : Mais 80% sont pour la poursuite de l’Intifada et des opérations armées.

Y. Arafat : Qui peut croire que notre peuple se soumettra à cette occupation, à cette destruction et à ce siège ? Nous, les dirigeants comme le peuple, nous raccrocherons à la paix des braves, que j’ai signée avec mon partenaire Rabin, aujourd’hui disparu, lequel a payé de sa vie cette paix des braves, aux éléments extrémistes qui se trouvent actuellement aux postes clé du régime israélien. La paix sur cette terre de paix et sur ces terres saintes n’est pas juste pour les Palestiniens : elle est pour le monde entier, pour nos enfants et pour les leurs.

S. Hamad : Le Premier ministre Ariel Sharon propose actuellement une solution par étapes. Accepterez-vous de répéter les accords d’Oslo ?

Y. Arafat : Il y a des résolutions qui doivent être appliquées. Et il y a des accords qui doivent être mis à exécution.

S. Hamad : Accepteriez-vous encore une fois un accord par étapes ?

Y. Arafat : Ces choses seront présentées au Conseil national palestinien, et c’est lui qui avisera.

S. Hamad : Le gouvernement Sharon impose la politique du fait accompli afin de changer la réalité démographique. [D’où] l’annexion d’un lopin de terre, puis d’un autre lopin de terre, tandis que les Palestiniens cherchent toujours à faire appliquer les résolutions internationales.

Y. Arafat : Est-ce la première fois ? N’ont-ils pas, aux Nations-unies, annulé la résolution 181 ? Quand Golda Meir est venue au Canal de Suez et qu’on lui a posé des questions concernant les Palestiniens, n’a-t-elle pas répondu qu’il " n’existe pas de peuple palestinien " ? Le peuple palestinien doit faire face à cette situation depuis Picot-Sykes, et même avant, depuis le Congrès sioniste de Bâle, avec son programme [sioniste] de défense de la terre sainte et de ses lieux saints.

S. Hamad : Sari Nusseibeh, chargé du portefeuille de Jérusalem, a signé un document avec des éléments de la gauche israélienne, qui comprend l’abolition du droit de retour des réfugiés palestiniens à leurs habitations, d’où ils ont été expulsés.

" Nul ne peut abolir le droit de retour "

Y. Arafat : Nul ne peut abolir le droit de retour. Il y a la Résolution 194. Je le leur ai dit officiellement [dans le cadre] des accords que nous avons signés, et [je l’ai dit] également à Sharon et Netanyahou à Wye River.

S. Hamad : Le tribunal palestinien a décidé de libérer Ahmed Sadate, Secrétaire général du Front populaire ; or jusqu’à ce jour, sa décision n’a pas été exécutée. Combien de temps restera-t-il encore en prison ?

Y. Arafat : N’oubliez pas comme ils ont assassiné son frère, sans raison, et avec quelle agressivité. C’était un pauvre homme, ne participant à aucune activité politique. L’adjoint de Sadate, Abd El-Rahim Malouh, membre du comité exécutif du Front populaire, est en prison. Sadate et [Fouad] Al-Shobaki ne sont pas en prison : ils se trouvent temporairement à Jéricho, sous les auspices de l’Europe et des Etats-Unis.

S. Hamad : Cet accord représente un précédent à une intervention étrangère dans les affaires palestiniennes internes

Y. Arafat : Est-ce que je les ai remis aux Israéliens ?

S. Hamad : Vous n’avez remis ni Al-Tirawi, (2) ni Abou Awadh, (3), vu que cette fois il n’y a pas eu d’accord. Pensez-vous que les deux accords [en référence à la crise de l’église de la Nativité] étaient une erreur ?

Y. Arafat : Dans l’une des batailles d’Al-Muta, (4) datant du début de l’ère islamique, les premier, deuxième et troisième commandants sont morts en martyrs. Le quatrième commandant, Khaled Ibn Al-Walid, décida de se retirer. A son retour, les gens lui en voulaient. Mais le prophète l’a nommé [en signe d’approbation] " l’épée dressée d’Allah ". N’oubliez pas que des décisions difficiles se prennent au cours du combat, mais en fin de compte, ce qui est vraiment important, c’est qu’un de nos fils et une de nos filles brandiront le drapeau de la Palestine par-dessus les églises, les murailles et les tours de Jérusalem. Ils croient que ce temps est encore loin, mais nous voyons qu’il est proche, et la vérité est avec nous… " Ils entreront dans la mosquée comme ils y sont entrés la première fois " (le Coran, Al-Israa, 7).

S. Hamad : Le ministre israélien des Affaires étrangères, Shimon Peres, a déclaré que des réformes internes à l’Autorité palestinienne renverseraient l’Autorité.

Y. Arafat : Est-ce lui qui a décidé de réformes, ou est-ce moi qui ai annoncé des réformes dans mon discours au Conseil législatif [palestinien] ? Si les réformes me renversent, alors elles sont les bienvenues : je ne propose pas des réformes pour moi-même, mais pour la cause sainte.

S. Hamad : C’est la question de Jérusalem qui a torpillé les pourparlers du sommet de Camp David. Et maintenant elle…

Y. Arafat : Pas seulement Jérusalem. Il est vrai qu’ils voulaient ce qui se trouve sous le Haram, et nous laisser ce qui se trouve au-dessus. C’était leur proposition. Et ils auraient contrôlé le quartier arménien. Je leur ai dit que je ne trahirais pas les Arméniens. Ils voulaient également le contrôle de l’église Gethsémani et ses environs pour y construire des implantations. Cela, en plus du contrôle des frontières égyptiennes et jordaniennes. Sitôt revenu [de Camp David], j’ai convoqué le Comité de Jérusalem à un meeting pour leur présenter la proposition, et j’ai alors dit : " Si vous êtes d’accord, je leur répondrai oui, et si vous refusez, je ferai de même. "

S. Hamad : Aujourd’hui, sous prétexte qu’il existe des fissures dans le Mur occidental du Haram, le gouvernement Sharon essaie d’intervenir dans les affaires du Waqf.

" Le Temple ne se trouvait pas en Palestine "

Y. Arafat : C’est très dangereux. Et ce n’est pas a première fois. Pendant 34 ans, ils ont creusé des tunnels, le plus dangereux de tous étant le grand tunnel. Ils n’ont pas trouvé une seule pierre prouvant que le Temple de Salomon était situé à cet endroit, parce qu’historiquement, le Temple ne se trouvait pas en Palestine. Ils n’ont trouvé que les débris d’un lieu saint datant du Romain Hérode. Maintenant, ils empêchent le ministre des Cultes de surveiller la rénovation du Mur du Sud du Haram. Mais nous suivons cette affaire au niveau international, et vous verrez que le monde entier sera de notre côté …

S. Hamad : Les commandants de l’armée israélienne se sont vantés d’avoir vaincu les Palestiniens, exigeant que les Palestiniens reconnaissent leur défaite.

Y. Arafat : Après la bataille d’Uhud, (5) on a dit qu le Prophète avait été vaincu. Et que s’est-il alors passé ? L’accord d’Al-Hudaybiyya, (6) qu’Omar Ibn Khattab a qualifié d’humiliant.

S. Hamad : La rue palestinienne est offensée de ce que l’Autorité formule une déclaration condamnant les opérations armées. Après tout, les Palestiniens considèrent qu’elles sont une réaction normale à la réalité de l’occupation en plein cœur de leur pays, alors pourquoi condamnez-vous la résistance ?

 

 

L’accord d’Al-Hudaybiyya

Y. Arafat : Parce qu’il est nécessaire de respecter les décisions émanant de la direction palestinienne. Je vous ai donné deux exemples : la bataille de Muta et l’accord d’Al-Hudaybiyya. Nul n’est en droit de violer les décisions de la direction.

Hamad : Mais les Palestiniens disent que c’est une question d’autodéfense.

Y. Arafat : C’est nous qui décidons, en tant que dirigeants. D’autant plus que je ne peux accepter, au nom de mon honneur de militaire et de musulman, de tuer une femme dans la rue ou dans un café, de tuer un civil, un enfant ou [un étudiant] à l’université…

S. Hamad : Il y a aussi eu des condamnations palestiniennes quand des soldats et des colons ont été tués.

Y. Arafat : Non. Soyons précis. Ne commencez pas à me poser des questions [sans intérêt] ou à me donner des réponses du même type, parce que j’aurai le dernier mot. C’est moi qui prends les décisions, en accord avec la direction, et c’est moi qui décide de qui participe à la direction. Quand j’étais officier de l’armée égyptienne, je ne prenais aucune décision seul. J’obéissais aux ordres. En 1973, quand les Egyptiens, les Syriens et les Palestiniens ont participé ensemble à la guerre, la direction était entre les mains du commandant de l’armée égyptienne. Je commandais mon secteur et agissais en permanence en accord avec le commandant des trois armées qui se trouvait être le commandant égyptien. Je vous donne un autre exemple : en 1981, au cours de la bataille au Sud Liban, quand les forces internationales sont arrivées et que nous avons conclu un cessez-le-feu, nous avons cessé de [tirer]. Il y a des décisions que tous doivent respecter.

S. Hamad : Qu’en est-il du dialogue avec le mouvement islamique, et plus particulièrement le mouvement [Hamas] ?

Y. Arafat : Le dialogue continue : des frères s’occupent de l’affaire. ~

  1. Al-Hayat (Londres), le 5 octobre 2002
  2. Tawfik Al-Tirawi, chef du Renseignement palestinien. Il s’est caché avec Y. Arafat dans l’enceinte de ce dernier.
  3. Abou Awadh est le commandant de la force 17. Il s’est aussi dissimulé dans l’enceinte d’Arafat.
  4. La bataille de Muta a eu lieu en 629.
  5. La bataille d’Uhud, opposant, en 625, Mahomet et ses hommes d’un côté, les polythéistes de la Mecque de l’autre, s’est terminée par la défaite des hommes de Mahomet.
  6. L’accord d’Al-Hudaybiyya (628), conclu entre le Prophète et la tribu de Qurayche, à la Mecque, a été signé pour une durée de dix ans, durée qui est devenue, dans la tradition islamique, le temps maximal de validité d’un accord avec des non-musulmans. L’accord d’Al-Hudaybiyya a été rompu au bout de 18 mois. L’armée de Mahomet a ensuite conquis la Mecque.

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