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Dépêche Spéciale / Egypte

Le 29 septembre 2002 - N° 422

Un intellectuel égyptien libéral sur l’occasion manquée de Camp David 2000 et la responsabilité des régimes arabes

Dans un récent article du quotidien Al-Hayat, édité à Londres, l’auteur égyptien Amin Al-Mahdi (1), connu pour ses vues libérales, a critiqué l’exploitation par les régimes arabes du problème palestinien et dénoncé leur responsabilité dans le rejet palestinien des propositions de paix du président Clinton en juillet 2000. Voici quelques extraits de l’article :

Arafat et Camp David 2000" Les grands moments historiques forcent habituellement les peuples et leurs dirigeants à choisir entre façonner l’histoire ou se laisser porter par elle. Il ne fait aucun doute que la deuxième moitié de l’an 2000 fut un moment dangereux et fatidique dans l’histoire du peuple palestinien, et que ses ramifications se sont étendues à l’ensemble du monde arabe. Les résultats montrent que la direction palestinienne… n’a pas su être à la hauteur du choix [qui s’offrait à elle].

L’une des conséquences est que le problème palestinien en est revenu au point mort. Non seulement les Palestiniens ont-ils manqué une véritable occasion de parvenir à un arrangement raisonnable qui leur aurait permis d’intégrer les temps modernes et de saisir les rênes du changement ; ils ont [en plus] perdu ce qu’ils avaient obtenu : [le bénéfice] des négociations de Camp David II.

Le peuple palestinien avait un Etat en construction déjà avancée qui comprenait huit grandes villes et 400 villages, tandis que des négociations étaient en cours concernant le statut de deux villages de Jérusalem… [Cet Etat] bénéficiait d’un port, d’un aéroport, d’une ligne aérienne et de quartiers généraux à Jérusalem…, d’un immeuble parlementaire en construction à Abou Dis, de tourisme actif…, d’échanges commerciaux importants avec la Jordanie, Israël et l’Union européenne, d’une agriculture ayant accumulé les connaissances. Il bénéficiait de 127 000 travailleurs en Israël au revenu moyen de 100 dollars [par mois]… d’établissements éducatifs reconnus et d’une identité ; [il disposait de] sa propre police, de dispositifs de renseignements et de plus de prisons qu’il n’en faut, d’institutions médiatiques, d’une administration gouvernementale, d’un soutien politique et économique international.

Plus important : il possédait… une élite urbaine [s’étant avérée capable] de mener la première Intifada avec un succès rare dans le monde arabe. Cette élite savait s’adresser au peuple israélien et mobiliser de larges secteurs au soutien de la cause palestinienne. Le Président Arafat détient le record du nombre de visites à la Maison blanche. L’entité nationale palestinienne a reçu les visites de nombreux présidents, Clinton et Chirac en tête, ainsi que de la plupart des Premiers ministres et ministres des Affaires étrangères du monde. La déclaration d’un Etat était à portée de main — ou plus près encore que cela. Les propositions du Président Clinton… ont pavé le chemin du changement et du progrès.

Bien que le président Arafat ait admis avoir commis une erreur en rejetant les propositions du président Clinton [Haaretz, le 21 juin 2002], ses mots sont restés sans effet. Il aurait dû honnêtement expliquer l’origine de ce refus, d’où venait son erreur, et pourquoi il lui a fallu tant de temps pour la reconnaître. Je pense que la situation s’est détériorée au point de ne plus se limiter à l’erreur de ce refus. Celle-ci n’est qu’un maillon de la chaîne d’erreurs tragiques allant du recours à la violence (comme l’indique le rapport Mitchell, accepté par toutes les parties), à la formation d’une alliance directe, organique, avec les factions de l’islam politique la veille des négociations, et au transfert de la direction de la ‘rue’ palestinienne aux ‘Punks de la république Al-Fakahani’ (2) Ainsi, le principe des négociations de paix se trouvait complètement vaincu. [Cette défaite] a joué un rôle significatif dans l’effondrement de la gauche israélienne — centre de gravité [du soutien israélien] à une solution basée sur la paix, et avec elle s’est effondré le camp de la paix.

Dans la clameur de la guerre mondiale contre le terrorisme, la violence religieuse — qui a plus particulièrement été l’apanage des jeunes hommes et femmes issus de milieux pauvres, de l’oppression et du désespoir, jeunes au cerveau lavé pour perpétrer des attentats suicides contre des civils, avec des résultats meurtriers — est devenue un remake des événements du 11 septembre et un rappel permanent au monde que le terrorisme est arabe et islamique. C’est ainsi que le poids moral du problème palestinien a commencé à s’alléger. La différence entre la violence de Sharon et la violence palestinienne s’est estompée, et [la solution du] troisième transfert palestinien — c’est-à-dire la solution jordanienne — a pris plus de place que jamais auparavant, surtout à la lumière du vide politique susceptible de naître si le régime irakien venait à être remplacé.

…Les dommages [palestiniens] externes sont pires encore. La nouvelle administration américaine est faite de néo-conservateurs… pour qui les dirigeants palestiniens sont incapables d’opter pour la voie de la paix. Quand [l’administration] a exigé que le président Arafat combatte la ‘terreur’, elle a demandé l’impossible, parce qu’Arafat était déjà trop engagé dans une voie sans retour… "

Les régimes arabes et Camp David II

" Quand Arafat est revenu de Camp David, la foule l’a porté sur ses épaules en signe de respect du fait qu’il n’avait rien obtenu. Les dispositifs de propagande palestinienne et les déclarations de hauts responsables de certains pays arabes ont joué un rôle déterminant dans ces étranges réjouissances. Ce fut le moment choisi pour ajouter des conditions rendant le problème insoluble, comme le droit de retour des réfugiés en Israël — ce que revenait tout simplement à [exiger] la création de deux Etats palestiniens. De plus, une attaque démagogique sans aucun fondement [a été lancée] contre Clinton et la politique américaine (il existe plusieurs raisons de critiquer la politique américaine, mais je ne pense pas que le plan Clinton en fasse partie).

Tous ces éléments prouvent que le processus de paix avait pris une direction rétrograde… En parallèle, la victoire du Hezbollah [au Sud Liban] a été exagérée, au point de prendre des proportions mythiques, alors qu’il s’agissait là d’une simple victoire tactique sans aucun impact sur l’équilibre des puissances. Cette situation a duré six malheureux mois, jusqu’à ce que tout espoir de préserver le principe des négociations pacifiques disparaisse, avec l’élection de Sharon — Sharon étant le partenaire idéal dans cette danse avec la mort.

A mon avis, la proposition de paix présentée par Clinton à la partie arabe n’avait aucune chance d’être acceptée, quelle qu’elle fût. En effet, le problème palestinien a toujours été la première source de légitimité des régimes révolutionnaires [arabes] ayant établi des républiques militaires rurales et tribales. Le problème palestinien a toujours été l’objet des ‘Annonces n°1’ de tous les [coups d’Etat militaires arabes]. Plus grave : elle a été l’appui vertical de la déclaration de guerre faite à la démocratie et la modernisation [par les régimes arabes], le prétexte éternel à la facture du divorce d’avec le monde libre et aux diverses lois imposées, allant des lois d’urgence aux lois militaires.

Depuis que des tensions régionales, dont le conflit israélo-arabes, ont été mises en avant, pendant la guerre froide, au début de la réorganisation du monde…, les démocraties arabes militaires [ex-révolutionnaires] ont souffert de la pression exercée par cette réorganisation — de l’érosion de la souveraineté nationale, l’économie libérale, la mondialisation des droits de l’homme, la création de tribunaux internationaux et l’avènement de l’ère des peuples... Le régime arabe a essayé de créer une nouvelle forme de guerre froide en formant une alliance avec le fondamentalisme islamique et en établissant un nouvel empire de l’ombre en Asie centrale.

Les centres de tension, comme la question palestinienne, [la guerre] au Sud-Soudan et les frictions dans le Golf, ont remplacé le Rideau de fer et le Mur de Berlin… La situation est devenue telle que ces républiques militaires se sont permis de devenir des demeures royales où le clonage politique de père en fils est admis.

La proposition Clinton n’était rien de plus qu’une offensive de paix contre ce régime arabe et son Rideau de Fer en Palestine et au Sud-Soudan. Son but était d’ouvrir la région aux changements de la fin de la guerre froide. Ce fut un succès total pour les Américains ; il a donc rencontré une résistance cruelle, sans que ne soit jamais posée la question de ce qui serait bon pour les Palestiniens. Quand le président Clinton a quitté la Maison blanche, il a emporté avec lui ses propositions, laissant la place à de nouveaux locataires qui n’ont pas les mêmes croyances que lui…

Ainsi, Abou Ammar [Arafat] a encore fait du peuple palestinien un bouclier humain protégeant le régime arabe de l’agression de la modernité et de la liberté. C’est-à-dire qu’il a réussi à faire du problème palestinien un problème arabe. Si seulement il s’était contenté de cela ! Il a aussi dédommagé l’islam politique pour sa défaite humiliante en Afghanistan et en Asie du Sud, pour sa mauvaise réputation et pour le fait qu’il soit persécuté dans le monde entier… " (3)

 

  1. Pour lire d’autres articles d’Amin Al-Mahdi, voir la Dépêche Spéciale n° 104 de MEMRI : " C’est en engageant le combat contre Israël que nous avons perdu la démocratie. Profil d’un activiste égyptien de la paix " et la Dépêche Spéciale n° 169 : " Un intellectuel Egyptien en soutien à la paix "
  2. Référence au gouvernement de l’OLP à Beyrouth Ouest dans les années 80.
  3. Al-Hayat (Londres), le 9 septembre 2002

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