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Dépêche Spéciale / Arabie Saoudite

Le 2 septembre 2002 - N° 416

Réactions saoudiennes au procès intenté par les familles des victimes du 11 septembre

Le procès intenté aux responsables arabes et saoudiens par les familles des victimes du 11 septembre a éveillé la colère des médias saoudiens. Voici quelques extraits d’articles parus dans les journaux saoudiens sur le sujet :

Des chroniqueurs saoudiens : Les Etats-Unis devraient être poursuivis pour le meurtre de millions de personnes

" Si l’Amérique tient à soulever le problème des dédommagements aux victimes des deux tours ", publie le quotidien Al-Riad dans un éditorial, " elle doit accepter l’instauration d’un tribunal international qui se penchera aussi sur ses crimes, ses pillages, ses beaux coups, les agissements des services de renseignements américains avec les barons de la drogue, la politique d’enlèvements et de meurtres, le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki, les imputations encore en suspens concernant le commerce des esclaves noirs, l’annihilation délibérée des Indiens… afin que nous ayons le sentiment de vivre sur une planète qui applique les mêmes principes moraux [avec tout le monde]… " (1)

Saleh Al-Shihi, chroniqueur au quotidien saoudien Al-Watan, a émis un point de vue analogue. Dans un article intitulé " C’est cela, l’Amérique ", il écrit : " D’après les critères américains, peu importe ce que perd le monde ; ce qui compte, c’est ce que l’Amérique gagne. Telle est la logique américaine et le langage américain. Telle est l’Amérique, la civilisation qui s’est bâtie sur les crânes étrangers.

L’Amérique, qui a perpétré le massacre d’Hiroshima et celui du Vietnam ; l’Amérique, qui a monté la Corée du Sud contre la Corée du Nord et Taiwan contre la Chine ; l’Amérique, qui est intervenue dans les affaires du Chili, du Nicaragua et du Panama ; l’Amérique, qui a tenté d’assassiner plusieurs dirigeants dans le monde… dont Castro, qui à lui seul a été la cible de 30 tentatives d’assassinats — l’une d’entre elles consistant à introduire du poison de plutonium, mortel, dans ses cigares ! L’Amérique, qui a érigé la Statue de la liberté afin de s’en servir pour piller les autres ; l’Amérique, qui a instauré la liberté pour tuer des millions de personnes en son nom, des Indiens aux enfants afghans… Et derrière tous ces actes se tenaient les membres de la CIA. Les pères ont commencé et les fils ont suivi leur voie. C’est cela, l’Amérique, la tyrannie ; tout ce qui lui reste à faire est de se transformer en pharaon [symbole d’un régime malfaisant]. C’est cela, l’Amérique, le pays de la liberté, de la démocratie !

Je me souviens encore de l’histoire de ce chef indien s’en retournant du combat avec ce colonialiste américain, et découvrant que d’autres soldats américains avaient, en son absence, fait un raid sur sa demeure, tué ses enfants et sa femme. Tout ce qu’il a pu faire fut de crier : ‘Je me suis longtemps battu, mais je n’ai jamais abattu un enfant ou une femme. Ces Américains sont inhumains’. C’est cela, l’Amérique, messieurs — et vous voudriez que nous lui fassions confiance ! " (2)

Le procès n’a aucune chance

Mohammed Ahmed Al-Hassani, chroniqueur au quotidien saoudien Okaz, a fait une autre comparaison. Dans un article intitulé " Washington et les oiseaux ", il écrit : " Autrefois, quand on souhaitait décourager un homme épris de se coucher avec celle qui lui avait ravi le cœur…, on demandait au pauvre amoureux de pourvoir une dot consistant en lait d’oiseau. Il partait alors vers les terres sauvages et le désert à la recherche de lait d’oiseau, et finissait par mourir de soif et de solitude, pour avoir cru aux illusions et leur avoir couru après, pensant que ce qu’on lui réclamait était trouvable !

Je me suis souvenu de cette histoire en prenant connaissance de la demande faite par certains groupes américains aux institutions saoudiennes populaires et officielles de payer une somme dépassant les 100 trillions de dollars [sic] pour dédommager les familles des victimes du 11 septembre… Outre la stupidité fondamentale de ce procès, la réclamation de la somme mentionnée est semblable à la quête de lait d’oiseau, ou même de fourmis, en admettant que les fourmis aient des mamelles et du lait… " (3)

Un quotidien saoudien édité à Londres : un changement en Arabie Saoudite représenterait la solution de la crise

Toutefois, Daoud Al- Shirian, chroniqueur au quotidien saoudien Al-Hayat, édité à Londres, a cherché à minimiser les tensions : " La presse saoudienne s’est attaquée au procès intenté par un groupe de familles des victimes du 11 septembre, exhortant même Riad à revoir ses relations stratégiques avec Washington… L’offensive des [médias saoudiens] n’a pas distingué entre gouvernement américain et [initiative] privée… Le tort causé par ce procès a été présenté comme s’il s’agissait d’un règlement de comptes du [gouvernement américain] avec l’Arabie Saoudite, en raison de la position de cette dernière sur le problème palestinien…

Le conflit médiatique opposant Riad et Washington n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis la catastrophe de septembre. Cette escalade continue fait que certains Saoudiens mettent en doute la non-participation du gouvernement américain aux événements actuels [en référence au procès], en dépit du démenti constant de l’Amérique face aux accusations de la presse saoudienne à l’égard de sa politique [officielle]…

Il est difficile de minimiser certaines peurs saoudiennes concernant le procès. Il est difficile également d’attribuer ces attaques à un complot américain contre l’Arabie Saoudite. Et pourtant les craintes saoudiennes sont justifiées : l’utilisation perpétuelle de l’expression " l’hostilité de l’Arabie Saoudite envers les Etats-Unis " témoigne d’un changement de l’humeur politique générale [aux Etats-Unis]. Ce changement serait susceptible d’affecter la politique officielle si des groupes de pression et des centres d’influence présents dans les couloirs de la politique américaine le cautionnaient…

Si l’on ignore la position américaine officielle qui veut que l’Arabie Saoudite soit un allié proche et puissant, [on peut dire que] les événements du 11 septembre ont conduit à une réouverture du dossier des relations américano-saoudiennes et à la reconstruction [de ces relations]. Le désir à Washington de préserver les relations avec Riad est authentique, mais ce n’est pas un seul homme ou un seul parti qui décide de la politique américaine : elle se décide à plusieurs niveaux, et les événements actuels peuvent être considérés comme les premiers signes d’un changement de politique. Ce changement ne signifie ni hostilité, ni conflit, mais une modification de certains fondements et croyances…

Un retournement de la perception de l’opinion publique dans les deux pays, principalement en Arabie Saoudite, est la clé de la crise… " (4)

L’ambassadeur saoudien à Londres : L’Amérique se comporte comme si elle était paranoïaque

Ghazi Al-Qusaibi, ambassadeur saoudien à Londres, a aussi minimisé le refroidissement des relations stratégiques entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite : " …Quand le président américain a déclaré que ceux qui ne se rangeaient pas du côté de l’Amérique dans sa guerre contre le terrorisme se rangeaient du côté des terroristes, il pesait chacun de ses mots. Ce monde, auquel nous appartenons, doit s’adapter à une nouvelle réalité. Cette réalité veut que les Etats-Unis que nous connaissions et avec qui nous savions communiquer, ait disparu dans la fumée des explosions, faisant place à une nouvelle Amérique, saisie de peur et désireuse de se venger, qui voit partout le fantôme de la terreur et perçoit tout homme neutre comme un ennemi devant être combattu…

Les Etats-Unis — le président, le Congrès et l’opinion publique — ont un point de vue qui diffère peu de celui d’une personne atteinte de paranoïa. Les psychiatres savent, de même que tout semi-intellectuel, que les paranoïaques ont aussi peur de leurs amis que de leurs ennemis, et voient le danger là où il n’existe pas…

La nouvelle réalité politique veut que l’Arabie Saoudite [soit perçue par l’Amérique] comme étant plus proche [du camp] ennemi que du camp ami. Cette perception des choses n’a pas surgi subitement du rapport du Pentagone… Ceux qui suivent les médias américains depuis les événements de septembre, essayant de lire entre les lignes, s’aperçoivent que l’attaque contre l’Arabie Saoudite est soigneusement orchestrée et entretenue. L’ ‘orchestre’ reçoit ses instructions du chef d’orchestre, qui n’est autre que l’alliance chrétienne d’extrême droite soutenue par le lobby sioniste. Cela a permis le succès de l’attaque, confortée par le fait que la plupart des terroristes détenait effectivement des passeports saoudiens, et que l’Arabie Saoudite ait encaissé les accusations d’extrémisme et de financement du terrorisme en silence… 

Les relations entre l’Arabie Saouditeet les Etats-Unis sont nées d’intérêts communs, intérêts qui existent toujours. Les Saoudiens, tout comme les Américains, doivent se souvenir de cela. L’Arabie Saoudite détient un quart des réserves mondiales de pétrole, et cela ne changera pas simplement du fait des intrigues américaines dans la région de la mer Caspienne [en référence à la guerre en Afghanistan qui, selon les chroniqueurs arabes et iraniens, a été entamée dans le but de contrôler des réserves de pétrole de la mer Caspienne] ou des plans américains concernant les champs de pétrole irakiens.

Dans un avenir proche, la stabilité du marché du pétrole et le bien-être mondial dépendront de la politique saoudienne du pétrole ; et il serait plus utile d’insister là-dessus que de faire des allusions à un embargo [possible sur le pétrole]. L’Arabie Saoudite, située dans une région en proie au désordre, a toujours pris soin de jouer un rôle stabilisateur et modérateur, ce que nous devons également rappeler. D’un autre côté, on peut constater que les Etats-Unis ont investi beaucoup d’argent dans de grands projets industriels en Arabie Saoudite et continuent d’être la source essentielle en matière de technologie de pointe ; des milliers d’étudiants saoudiens intègrent chaque année les universités américaines. Dans un monde régi par une seule et unique puissance, il serait stupide de se montrer hostile envers cette puissance… " (5)

La presse saoudienne : Nous [Saoudiens] sommes les amis de la paix — Vous [les Etats-Unis] êtes des barbares.

Toutefois, en Arabie Saoudite même, l’humeur de la presse est demeurée belliqueuse. Abdallah Al-Kaïd, chroniqueur au quotidien saoudien Al-Riad, écrit : " Dans un esprit des plus provocateurs, Condoleezza Rice, conseillère du cow-boy qui dirige la Maison blanche, a déclaré : ‘Des considérations morales justifient un changement du régime de Bagdad.’ Depuis quand l’Administration américaine accorde-t-elle de l’importance à l’aspect moral et humain [des choses] … Il n’y a aucune raison d’imputer aux Saoudiens la situation horrible dans laquelle se trouve votre pays — une situation à laquelle vous n’échapperez pas… à moins de reconnaître les droits des peuples et de vous attaquer au mal qui se trouve chez vous, cessant ainsi d’agresser le monde. Vous devez vous souvenir que ‘le pays de la fausseté’ ne dure qu’une heure, tandis que ‘le pays de la vérité’ dure jusqu’au Jour du Jugement !!!

Nous n’avons aucun besoin de défendre notre renommée bonne et propre, vu que nous sommes les amis de la paix, n’ayant jamais initié une guerre contre qui que ce soit de toute notre histoire. Tandis que nul n’a besoin d’apporter les preuves de vos [en référence aux Américains] crimes, inscrits à l’encre aussi noire que l’est votre histoire de meurtres et de génocide. Le territoire japonais est la meilleure preuve de votre barbarie !!! Pourquoi avez-vous dû aller aussi loin  Voici la terre des Indiens, anéantie par vous…

Après tout cela, vous voulez [encore] nous faire croire que vous cherchez à instaurer la paix et la justice dans le monde, à combattre le terrorisme, et que vous avez des raisons morales d’attaquer les peuples et les gouvernements … " (6)

  1. Al-Riad (Arabie Saoudite), le 18 août 2002
  2. Al-Watan (Arabie Saoudite), le 20 août 2002
  3. Okaz (Arabie Saoudite), le 20 août 2002
  4. Al-Hayat (Londres), le 18 août 2002
  5. Al-Hayat (Londres), le 21 août 2002
  6. Al-Riad (Arabie Saoudite), le 20 août 2002

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