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Dépêche Spéciale / Egypte et Tunisie

Le 18 août 2002 - N° 412

Des intellectuels arabes sur le projet de campagne d’information de leurs gouvernements

Depuis le 11 septembre, de hauts responsables politiques et des médias arabes ont évoqué la nécessité d’une campagne d’information qui présenterait la position des Etats arabes au public occidental " dans un langage que l’Occident comprend ". Certains intellectuels arabes ont tourné l’idée en dérision. Voici quelques extraits de deux articles d’intellectuels arabes de renom sur le sujet :

Ali Salem, dramaturge égyptien de renom

Dans un article intitulé " Emission télévisée arabe pilote à l’attention du spectateur occidental : réfutation des mensonges par les faits ", Ali Salem écrit :

" Je suis tout à fait d’accord avec l’idée que nous n’ayons pas réussi à nous adresser à l’Occident en utilisant ses concepts modernes et que c’est la raison pour laquelle l’Occident persiste dans sa position hostile à notre égard, rejetant nos concepts.

?L’une des suggestions visant à remédier à cet état de fait est de créer des stations télévisées à son attention… Je suis pour la création d’une émission présentant la réalité aux Occidentaux — autrement que le font leurs agences de presse pas toujours innocentes… Nous ne devons pas nous contenter de nier les faits, mais de proposer des interprétations différentes qui auront raison de l’opinion publique occidentale…

?Prenez par exemple les nouvelles concernant M. Nizar Nayouf, lequel a passé neuf ans de sa vie en prison [en Syrie], en est sorti et a fait beaucoup de bruit jusqu’à ce qu’il disparaisse. Il n’est ensuite réapparu que pour affirmer avoir été enlevé. Puis il est parti pour la France, a de nouveau disparu et a été retrouvé 24 heures plus tard en Belgique, dans un bois, meurtri de coups. De là, il a été conduit à l’hôpital.

?Il ne fait aucun doute qu’en lisant ces nouvelles, l’Occident déduira que nous emprisonnons des personnes pendant près d’une décennie parce qu’elles ne pensent pas comme nous. Quant à l’histoire de sa découverte dans un bois, roué de coups, après qu’il eut disparu ou qu’on l’eut enlevé, elle pourrait malheureusement créer l’impression en Occident que certains éléments arabes l’ont kidnappé puis battu tant et si bien qu’il ait dû être hospitalisé.

?Permettre à une telle impression de suppurer dans l’esprit des Occidentaux causerait un tort sérieux à notre réputation d’Arabes. Mais c’est alors que la campagne d’information entre en ligne de compte, dans au moins deux langues, l’anglais et le français, et dans le cadre d’une émission à interviews intitulée ‘Faits contre mensonges’. En voici un échantillon :

M. Nizar [Nayouf] est assis en face d’une attirante modératrice. S’il n’est pas en mesure de figurer dans l’émission, on pourra faire appel à un autre personnage du même nom, pour qu’on ne puisse pas nous accuser de mensonge.

Question : M. Nizar, les agences de presse occidentales prétendent que vous avez été emprisonné pendant neuf ans à cause de vos opinions.

Nizar : Ha ha ha ! Moi ? Emprisonné ? Qu’est-ce que c’est que ce grand mot ? Il y a eu un malentendu à mon sujet, que je dois expliquer à l’Occident. Comme tout intellectuel, je me fais du souci et je tourne en rond. Cette inquiétude m’empêche de penser normalement. J’ai vainement recherché la stabilité, ce que le gouvernement a remarqué, entreprenant de me protéger de ces soucis pour que je puisse enfin vivre. Vous souvenez-vous du célèbre livre de Kazinji [sic] Abandonnez vos soucis et commencez à vivre ?

Modératrice : Vous voulez dire qu’on vous a emprisonné pour vous protéger de vos soucis et de la perdition ?

Nizar : Bien entendu !

Modératrice : Vous voulez dire que cela s’est fait conformément à un concept occidental inventé par un intellectuel occidental ?

Nizar : Précisément. Il était nécessaire de me garder en lieu sûr aussi longtemps que possible. Il s’agit d’un lieu qui n’a rien à voir avec les prisons telles que les Occidentaux les imaginent.

A ce stade, on passe un film : apparaît un magnifique palais entouré d’une luxuriante forêt verte. Les prisonniers, vêtus d’élégantes tenues de sport, jouent au basket et au foot. Il y a aussi des piscines où des prisonniers, heureux, nagent et s’amusent à s’éclabousser.?

Modératrice : " Par Allah ! Est-ce là le lieu sûr et somptueux où vous vous êtes installé ?

Nizar : Attendez donc de voir la cellule individuelle !

On projette alors les images d’une belle chambre meublée, avec télévision, téléphone, réfrigérateur, ordinateur, décorée de tableaux et de fleurs. Nizar fait son apparition, vêtu d’un bel uniforme de prisonnier en velours bleu. Un geôlier habillé en serveur lui apporte un plat.

Modératrice : Par Allah ! Les Occidentaux ne connaissent rien à nos prisons. On peut donc comprendre qu’ils aient mauvaise opinion de nous.

Nizar : Bien évidemment.

Modératrice : Quelles nouvelles idées avez-vous eu ces dernières années ?

Nizar : Je n’ai eu aucune idée, mais je me suis mis à penser de façon plus créative.

Modératrice : Qu’est-ce que c’est que cette histoire de disparition d’une durée de 24 heures ? Où étiez-vous ?

Nizar (riant et faisant un clin d’œil) : Peut-on imaginer que quand un homme comme moi, qui aime la vie, disparaît, on informe les gens du lieu de sa disparition ? Ha ha ha…

Modératrice : On dit que vous avez été retrouvé dans une forêt belge, terrassé après avoir reçu des coups violents.

Nizar : Violents ? En effet, j’ai été battu, mais on ne peut parler de coups violents. Vous auriez dû voir l’autre type. Il y a eu une bagarre, et j’ai été le plus fort. J’ai quitté l’hôpital au bout de quelques heurs, alors que lui se trouve entre la vie et la mort.

Modératrice : Pourquoi vous-êtes vous battus ?

Nizar : Inutile de plonger dans les détails. Mieux vaut préserver la réputation de cette femme belge. Ha ha ha…

Modératrice : Nous vous remercions, M. Nizar, d’avoir bien voulu apporter, à l’attention de l’opinion publique européenne et américaine, des éclaircissements sur ce qui vous est arrivé … (1)

Le chroniqueur saoudien Daoud Al-Shiran au quotidien Al-Hayat, édité à Londres

Commentant une rencontre entre les ministres de l’Information syrien et tunisien, Al-Shirian a tourné en dérision l’information " pensée pour l’Occident " évoquée par les régimes arabes :

" En Tunisie, le ministre de l’Information Adnan Omran et son collègue tunisien Fathi Al-Huwendi ont discuté de la coopération entre leurs pays dans le cadre d’une campagne d’information… Le ministre syrien a manifesté le désir d’accroître l’effort d’information arabe sur la scène internationale.

Il ne fait aucun doute que la rencontre intervenue entre les ministres syrien et tunisien sert cet effort, vu que la Tunisie est un pays qui apporte un soin méticuleux à la protection des intérêts de l’individu arabe : elle voit la grande utilisation des médias et d’Internet comme une menace aux valeurs morales suprêmes de la société. Plus tôt cette année, un jeune Tunisien a été arrêté pour avoir créé un site satirique sur lequel il critiquait le gouvernement. D’autre part, ce réseau toile d’araignée [Internet] est énergiquement surveillé, car il menace la sécurité nationale arabe en fournissant au public des nouvelles et opinions sans limites.

?En Syrie, la situation évolue de manière identique. On effectue des ramassages de journaux dans les magasins à cause de dessins [politiques] et les journalistes syriens font la fête à chaque fois qu’ils obtiennent l’autorisation de publier — sans mentionner les efforts toujours croissants pour limiter l’accès Internet, l’interdiction de l’accès privé à des chaînes satellite et radio, les lois et réglementations empêchant l’anarchie de l’Information ainsi que l’infiltration de personnes aux opinions contraires à celles des médias [officiels] qui chercheraient à toucher aux intérêts et aux ressources de la nation.

?Il ne fait aucun doute que la coopération entre la Syrie et la Tunisie représente un effort gigantesque et positif, mais on peut remarquer que les Syriens ne diffèrent pas des Tunisiens dans leur manière de réprimer les médias et de restreindre ceux qui s’amusent avec au nom de la liberté d’expression.

?C’est pourquoi nous souhaitons que ces deux honorables pays… unissent leurs efforts pour réprimer les médias arabes, nous faisant ainsi profiter de leur grande expérience en matière de protection de l’individu arabe contre le virus de la liberté, lequel commence à menacer sa sécurité et sa stabilité. " (2)

 

  1. Al-Hayat (Londres), le 6 juin 2002
  2. Al-Hayat (Londres), le 8 août 2002

L'Institut de Recherche Médiatique du Moyen-Orient (MEMRI) est une organisation indépendante à but non lucratif mettant à votre disposition des traductions de la presse du Moyen-Orient, une analyse originale des faits ainsi que le résultat de recherches sur le développement de la situation dans la région. Des copies des articles et autres documents cités, ainsi que toute information d'ordre général, sont disponibles sur simple demande.

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