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Dépêche Spéciale /Djihad et terrorisme

Le 9 août 2002 - N° 410

Des leaders islamistes interviewés à Londres

Le quotidien arabe Al-Hayat, édité à Londres, a publié une série d’articles sur la communauté musulmane au Royaume-uni. L’un d’entre eux comprend des interviews de deux dirigeants islamistes résidant à Londres : le cheik Abou Hamza l’Egyptien, (1) imam de la mosquée de Finsbury Park et chef de l’organisation Ansar al-sharia, et le cheik Omar Bakri, originaire de Syrie, créateur et président du tribunal religieux islamique à Londres ; Omar Bakri s’occupe aussi de la direction de l’organisation islamiste Al-Muhajiroun. Voici quelques extraits de ces deux entretiens : (2)

Abou Hamza : L’Occident n’atteindra jamais le niveau de l’islam ; la seule solution est d’exhorter les occidentaux à intégrer l’islam

Vous considérez-vous citoyen britannique ?

Abou Hamza : Je me considère citoyen [britannique] dans la mesure où j’utilise mes papiers de citoyen pour me déplacer. Mais est-ce que je me considère citoyen britannique dans le sens où j’adhèrerais à la politique du pays ? La réponse est bien sûr négative… Je vis ici et je possède un passeport. C’est une identité superficielle. L’identité réelle se trouve dans le cœur et dans la tête ; c’est elle qui guide l’être humain. Cette identité est l’islam…

Mais en Grande-Bretagne, vous êtes une personnalité respectée.

Abou Hamza : Et qui vous dit que nous ne respectons pas les autres ? Mais devons —nous respecter une personne même lorsqu’elle cherche à devenir un animal ?… Il faut différencier entre un homme d’intelligence et un homme fou ou pervers…, entre un homme normal et un criminel… Devons-nous respecter ceux qui se vantent de leur bestialité ? C’est inconcevable. C’est une attitude incompatible avec la loi islamique ou même la raison.

?Chacun a droit à un respect minimal dans la religion. Par-delà ce respect, les croyants ont droit à une estime particulière. Chaque homme… [peut choisir] entre l’être humain et le singe. Par exemple, un homme habillé est respecté. S’il se dévêt, il ne mérite plus le respect. Une personne adultère ne devrait pas y avoir droit. Pas plus que ceux qui s’attaquent à de jeunes enfants. Ceux qui essaient de se transformer en demi-hommes ou femmes ne devraient pas être respectés.

Dans quelle mesure la communauté islamique en Grande-Bretagne est-elle prête à s’intégrer à la société ?

Abou Hamza : " Intégration "…, " extrémisme "… [Ces termes] sont trop généraux. S’intégrer à quoi ? Sous quelles conditions ? Extrémiste en quoi ? On peut être extrémiste dans son combat contre le mal… Quand on parle d’extrémisme et d’intégration, des questions se posent : qui s’intègre à quoi, au sujet de quoi? Si vous pensez à l’assimilation de musulmans à des non-musulmans dans le cadre de pratiques que l’islam n’interdit pas, comme la protection de la nature, la défense des droits de l’homme, le combat de la corruption, de l’usure et de l’adultère, alors oui, il peut y avoir intégration. Mais si on prend [le terme] " intégration " dans son sens le plus large, et que nous nous intégrons tous, la fille du musulman ira trouver son père, enceinte, et il lui répondra: " Ce n’est pas grave : je suis intégré. " Sa femme le mettra dehors et il ira coucher dans la voiture, pendant qu’elle amènera son amant chez elle…

Au sommet de Séville [en Espagne], la Grande-Bretagne a réclamé des mesures strictes face à l’immigration. Etes-vous inquiet ?

Abou Hamza : Le fait est que j’ai la citoyenneté britannique. Il est vrai qu’elle n’a pas une grande valeur face aux mesures de sécurité… Je considère que le débat sur le degré de rigueur des lois d’immigration est un débat vide. Les pays européens veulent un certain type d’immigrés, parce que c’est d’eux qu’ils ont besoin. Les lois sur l’immigration ne me concernent pas. Je suis ingénieur britannique depuis 1985, et membre du syndicat des ingénieurs…

?Il y a des citoyens britanniques torturés à Guantanamo, mais personne ne lève le petit doigt… Quand c’est de sécurité qu’il s’agit, l’étranger demeure étranger, où qu’il se trouve. On ne peut pas se battre contre l’enracinement profond du racisme. Il serait idiot de croire que ces pays pourront un jour atteindre le niveau de l’islam. Il leur faut beaucoup de temps, ne serait-ce que pour comprendre l’islam. Le seul moyen de mettre fin à leur racisme est de les exhorter à se joindre à l’islam ; ils se rendront ainsi compte qu’ils sont passés à côté d’une grande civilisation…

Envisagez-vous de quitter la Grande-Bretagne ?

Abou Hamza : Je voulais partir pour l’Afghanistan, et m’y suis préparé, mais Allah en a décidé autrement — d’abord parce que mon passeport a été confisqué par les autorités. Je suis actuellement assigné à mon domicile. Si j’étais en possession de mon passeport, je partirais. Avant le 11 septembre, nous avions tous l’intention d’immigrer en Afghanistan, et même après. Plusieurs personnes le souhaitaient. Elles ne s’attendaient pas à ce que les événements prennent cette tournure, d’autant moins qu’Al-Qaïda a d’abord nié le moindre lien avec ces incidents. Al-Qaïda n’y est pas mêlé : un ingénieur ne peut pas croire que ces bâtiments se soient écroulés comme ça, à cause d’un simple incendie… Ceux qui connaissent les propriétés de ces immeubles savent qu’Al-Qaida n’est pas coupable. L’explosion est venue de l’intérieur… ~

Le cheik Omar Bakri : Nous transformerons l’Occident en régime islamique par une invasion physique ou culturelle

J’ai assisté à votre cours sur les fondements de la foi, et il semble que vous ne voyiez pas d’intérêt à ce que les étudiants s’intègrent à la société britannique — c’est à dire que vous ne les aidez pas à devenir des musulmans britanniques.

Omar Bakri : C’est ma méthode d’enseignement : je m’oppose au concept d’intégration. Nous pensons qu’il ne nous est pas permis de nous intégrer aux sociétés dans lesquelles nous vivons. Je ne dis pas qu’il faut s’isoler, mais je ne dis pas non plus qu’il faut s’assimiler. Je crois à l’interaction avec la société [environnante] au moyen de ma religion et de ma foi, dans le but de changer l’environnement, et non d’être changé par lui…

Et à quoi mène cette vie de séparation ?

Omar Bakri : A un changement de la situation dans le pays où nous nous trouvons, comme en Abyssinie et en Indonésie, où les musulmans ont accompli des modifications. A la grâce d’Allah, nous transformerons l’Occident en Dar al-islam [une région sous gouvernement islamique], avec ou sans invasion. Si un Etat islamique se lève pour envahir l’Occident, nous serons son armée et ses soldats de l’intérieur. Et si cela ne se produit pas, [alors nous changerons l’Occident] au moyen d’une invasion idéologique, sur place, sans guerre ni morts.

?Soit nous prêcherons l’islam et ils l’accepteront, soit nous vivrons parmi eux, et ils finiront par être influencés, par accepter l’islam comme solution politique à leurs problèmes, si ce n’est comme solution idéologique. L’islam peut consister en une foi spirituelle ou politique…L’islam a défendu la religion des chrétiens, des Juifs et d’autres encore en affirmant que la foi n’impose pas de contraintes. Les contraintes proviennent des lois. Les lois peuvent être islamiques ou faites par l’homme. Ils [les Occidentaux] nous ont imposé des lois d’origine humaine, et le [futur] régime islamique leur imposera des préceptes islamiques. Les musulmans obéiront à ces lois par esprit d’obéissance [c.-à-d. de leur plein gré] et les non-musulmans parce que ce sera la loi. Je ne me plie pas aux lois d’origine humaines. Je ne les enfreins pas non plus, ce qui ne signifie pas que je les respecte. Allah a dit : " N’obéissez pas aux infidèles et aux hypocrites. "

Comment pouvez-vous vivre dans une société où vous êtes un étranger ?

Omar Bakri : L’islam est une religion en accord avec les lois de la nature. Quand un homme rencontre des problèmes, il a recours aux lois de la nature. En Amérique, il y a récemment eu débat sur la question de séparer [les hommes et les femmes] dans les universités. Pourquoi ? Parce qu’il y a des problèmes. Certaines filles tombent enceintes à un jeune âge, sans avoir de maris. Il n’y a aucune raison de réunir des personnes de même sexe à l’université… Je ne sors pas du cadre de la loi tant que celle-ci est compatible avec la loi de la nature et n’entre pas en contradiction avec l’islam. Certains pays commencent à discuter de la possibilité de punir les voleurs. Dans l’ancienne URSS, il avait été décidé qu’on amputerait la main du voleur. C’est une loi de la nature : une loi stricte qui dissuade le voleur.

On vous accuse d’être en relation avec des organisations auxquelles la Grande-Bretagne est hostile et qu’elle considère comme ennemies. Vous enseignez à vos élèves que le mouvement taliban et Oussama Ben Laden seront [selon la tradition musulmane] sauvés [au Jour du Jugement].

Omar Bakri : Tant que mes mots ne se transforment pas en actions, ils ne font de mal à personne ! Ici, la loi ne vous punit pas d’avoir parlé, tant que rien ne prouve que vous avez agi. Tant que vous ne franchissez pas les limites de la loi, ils ne peuvent pas vous punir. Pour le faire, ils doivent présenter des preuves contre vous, autrement leurs lois entrent en état de contradiction insoluble. Cela sert l’islam : nous allons pouvoir affirmer que le camp capitaliste a perdu face au camp de l’islam en appliquant [les principes] auxquelles ils croient, comme la liberté d’expression.

Vous mettez à l’épreuve le régime [occidental] ?

Omar Bakri : En effet. Nous devons prouver la fragilité des lois d’origine humaine.

Jusqu’à aujourd’hui, ces lois ont tenu le coup.

Omar Bakri : Je ne sors pas de leur cadre: je ne les suis pas ni ne les enfreins… J’ai un pacte avec elles, que je ne viole pas. Je n’appelle au meurtre d’aucun citoyen britannique. Mais eux ont brisé notre pacte en tuant mes frères en Afghanistan ; ils l’ont brisé en tuant mes frères en Syrie et en Irak… ~

 

  1. Pour en savoir plus sur le cheik Abou Hamza et le cheik Omar Bakri, voir l’Enquête et analyse 73 de MEMRI
  2. Al-Hayat (Londres), le 31 juillet 2002

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