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Dépêche Spéciale / Libye

Le 8 août 2002 - N° 409

L’ancien Premier ministre libyen:

Pourquoi les Arabes occultent leurs défauts

Abd El-Hamid Al-Bakkoush, ancien Premier ministre libyen, a publié un article dans le quotidien arabe Al-Hayat, édité à Londres, sous le titre : " N’est-il pas temps de reconnaître nos défauts ? " En voici quelques extraits :

Les Arabes transforment leurs défauts en qualités

" On dit que le chameau ne peut voir sa bosse. Peut-être est-ce là une bonne description de notre comportement. Mais alors que le chameau ne peut pas voir…, nous ne voulons pas voir… 

?Quiconque suit les affaires dont nous discutons, nous occupons, et qui font l’objet de nos articles, s’aperçoit sans mal que nous occultons nos défauts culturels, politiques et économiques. N’importe quel observateur peut se rendre compte de l’effort sans commune mesure déployé pour passer sous silence nos insuffisances et les transformer en qualités.

?Nous n’acceptons pas qu’on nous reproche la moindre faille, ni dans notre attitude passée, ni dans le présent. Quant à l’avenir, il consisterait en une série de succès et triomphes indescriptibles et innombrables.

?Si par bonheur nous consentons à nous reconnaître quelque imperfection, c’est alors l’exception qui confirme la règle de notre [supposée] perfection. La panique nous saisit à la moindre critique. Nous sommes furieux contre ceux qui s’avisent d’émettre des réserves à notre égard… et prétendons à un " revêtement somptueux ", scintillant de blancheur, uniquement maculé par la boue que nos adversaires haineux nous ont jetée dessus, en attente qu’ils sont de la première occasion [religieuse] pour nous piéger. "

Les Arabes rejettent tous les problèmes sur les complots américains

" Voyez comme l’Occident et son guide l’Amérique complotent contre nous dans le but d’empoisonner les merveilleuses relations entre pays [arabes]. Et comme à chaque fois qu’un Arabe saisit un autre Arabe à la gorge, nous y voyons une conspiration étrangère. L’invasion du Koweït par l’Iraq n’était-elle pas un complot américain exécuté par l’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad… ?

?Nous passons sous silence — si seulement nous l’ignorions vraiment ! — le fait que nos ambitions et nos caprices destructeurs soient si nombreux que nul n’aurait été capable de nous les insuffler. Nous commettons sans cesse des erreurs, puis cherchons à en dissimuler les intentions, voilant ce que tout le monde sait.

?Voilà un certain temps que nous nous occupons de la question palestinienne. Bien que nous ayons enduré défaite sur défaite face aux Juifs, aucun observateur n’a noté le moindre constat d’échec de notre part, comme si nous n’avions fait qu’aligner les victoires face aux sionistes depuis 1948.

?Effectivement, nous avons renversé des monarchies arabes qui ne nous plaisaient pas, établissant toutes sortes de républiques à la place — même des républiques transmises de père en fils [en référence au régime Assad de Syrie]. Ainsi, nous avons nationalisé des propriétés et du capital, et fondé des partis socialistes révolutionnaires. Nous avons éliminé des agents et des étrangers, ne cessant jamais de prononcer des discours, de chanter des chants, d’organiser des manifestations. Ne s’agit-il pas là uniquement de succès et de victoires ?! "

Les Arabes ne prennent au sérieux ni la guerre ni la paix

" Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons jamais admis que nous ne prenons pas au sérieux l’éternel problème de la Palestine ; on peut ainsi nous voir battre du tambour et nous éclaircir la gorge pour menacer [l’ennemi] sans vraiment envisager la guerre ni la préparer. De plus, même après avoir déclaré que la paix est notre choix décisif, nous manifestons un manque de sérieux évident, ne faisant rien dans son sens. Nous rêvons d’arriver aux mêmes résultats que les vainqueurs qui s’assoient à la table des négociations, tout en ignorant avec une naïveté évidente que ceux qui ne sont pas capables de supporter la guerre reçoivent la part des perdants aux négociations.

?De ce manque de sérieux dépendent les perspectives d’avenir entre nous et l’Etat des Juifs. Nous voyons ceux qui soutiennent la [théorie du] conflit des civilisations - ceux qui qualifient ce conflit de conflit pour la survie, et non de conflit de frontières — se saisir mutuellement par la gorge en parlant avec agitation. Certains évoquent la création d’un Etat arabe uni, ignorant le fait que la désintégration soit un Etat mental qui ne dépend pas des frontières. Nous ignorons aussi le fait que par les temps qui courent, la création d’un grand Etat arabe équivaudrait à la création d’un empire, face à la violence duquel la cruauté des Juifs pâlirait. "

Sur le retard des musulmans

" D’autres parmi nous ignorent les réalités propres à notre époque. Ils n’avancent pas, mais reculent, rêvant de l’Etat musulman d’autrefois. D’après eux, il suffit de craindre Dieu — ce que nous ne ferions pas avec suffisamment de ferveur — pour qu’Allah nous assure la victoire dans tous les combats nous opposant à l’ennemi…

?Ô, comme nous aimerions que nos défauts se réduisent à notre manque de sérieux et au fait de rendre autrui responsable des conséquences de nos échecs. Mais la situation est autre. Notre absence de modestie et d’ouverture ne sont que deux exemples [supplémentaires] de défauts qui sont trop nombreux pour être énumérés dans cet article. "

Les Arabes demeurent en dehors du progrès

" Nous occultons le fait que nous nous trouvions en dehors de la sphère du progrès. Nous déployons un effort constant pour masquer cette réalité : nous nous vantons de notre capacité à consommer les succès [occidentaux] ou attribuons ces derniers à notre civilisation " spirituelle ", [alors que] notre héritage se limite à des souvenirs que nous évoquons à qui mieux mieux. Nous nous plaçons au-dessus de la culture occidentale ; dans nos moments d’humilité, nous admettons ne pas être disposés à en tirer quoi que ce soit.

?Bien que nous acceptions de jouir de ses apports, nous continuons de la traiter [la culture occidentale] de tous les noms, bien contents de pouvoir ainsi dissimuler notre retard ; quelqu’un qui profite du progrès n’est-il pas à mettre au même plan que celui par qui vient le progrès ?… Nous ne manquons pas d’audace quand nous affirmons que c’est nous qui les avons instruits ; et nous n’hésitons pas à mettre en avant nos efforts pour sauver leur culture ‘matérialiste’ de la perdition… 

?Ne sommes-nous pas comme les porteurs d’un message qui l’auraient perdu [en route] et refuseraient de l’admettre ? " (1)

 

  1. Al-Hayat (Londres), le 31 juillet 2002

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