Accueil   La liste des Infos Envoyez l'adresse du site à un ami   retour
Textes Courriers Liens Dérapages Emails rédactions Dates Presse Archives Metula News Agency

Retour vers la liste de MEMRI en français ->

Dépêche spéciale

Le 31 juillet 2002 - N° 405

Le père Atalla Hanna, Arabe palestinien porte-parole de l’Eglise grecque orthodoxe à Jérusalem, s’est déclaré favorable aux attentats-suicides ainsi qu’à toute forme de résistance palestinienne, affirmant parler au nom de l’Eglise. Suite à ces déclarations, le patriarche de l’Eglise grecque orthodoxe Irineïos I a décidé de le remplacer — décision qui n’a pas été bien accueillie par les Arabes chrétiens.

Déclarations du Père Hanna

Dans un discours tenu le 19 juin 2002 au Centre Zayed pour la coordination et le suivi à Abu-Dhabi (groupe de réflexion de la ligue arabe), le père Hanna a déclaré : " Le principe fondamental de toutes les factions politiques palestiniennes est la poursuite de l’Intifada contre les atrocités israéliennes. Ainsi, l’Eglise soutient totalement la résistance, qui a pour but la libération. Comme vous savez, les factions politiques en Palestine ont décidé de poursuivre l’Intifada, laquelle comprend plusieurs formes de combat. Certains combattants de la liberté ont recours au martyre ou aux attentats-suicide, tandis que d’autres optent pour des procédés alternatifs… Ne comptez pas sur nous pour observer la scène de loin. Nous participons au combat, qu’il se fasse au moyen d’attentats-suicides ou autrement... Les musulmans et les chrétiens ne font qu’un et on ne peut les aliéner de la lutte pour la libération de la Palestine. Nous sommes palestiniens et arabes. " (1)

Le père Hanna a souligné : " Il y a une présence chrétienne importante dans les différentes factions de la résistance palestinienne et les différentes factions politiques. " (2) Poursuivant sur sa lancée, le père Hanna a déclaré au quotidien jordanien Al-Raï ainsi qu’à Al-Watan, quotidien des Emirats arabes, que de jeunes chrétiens se joignaient au Hamas pour perpétrer des attentats à la bombe contre Israël, que ces derniers soutenaient ce genre d’opérations en ce qu’elles étaient la seule arme des Palestiniens face à l’occupation.

Sitôt ces déclarations publiées, le père Hanna a démenti les avoir faites : " Quand j’ai parlé de résistance, je me référais à une résistance non violente, qui est un droit légitime. Je n’ai jamais mentionné les opérations martyre ; j’ai juste parlé de résistance. J’ai envoyé des lettres d’explication au journal Al-Watan, de l’Union des Emirats arabes, ainsi qu’au quotidien jordanien Al-Raï " (3)

Réaction de l’Eglise orthodoxe grecque

Le père Jibraïl Naddaf, assistant du patriarche Irineïos, a été le premier à s’élever contre les déclarations de Hanna : " Même si je n’étais pas prêtre au patriarcat, en tant qu’être humain…, je ne peux accepter de telles déclarations… Nous n’avons entendu aucune réfutation du père Atalla Hanna après ce que les journaux ont publié. Nous n’appelons jamais au meurtre et au massacre. C’est [un comportement] absolument inacceptable. Ces opérations portent atteinte à la paix au Proche-Orient. Cette déclaration est dangereuse et irresponsable. Le patriarche ne la soutient pas… Il est de notre devoir de nous opposer à ces propos… L’Autorité palestinienne elle-même s’oppose à ces opérations. En faisant de telles déclarations, il [Hanna] n’est pas représentatif du patriarcat. " (4)

Le patriarcat orthodoxe grec a publié un communiqué officiel le 4 juillet 2002, de Synode, membre de l’Eglise orthodoxe grecque. En voici un extrait : " 1) Monseigneur Theodosius [Atalla Hanna] n’a jamais été le porte-parole officiel du patriarcat orthodoxe grec à Jérusalem, en Israël, en Palestine ou en Jordanie. 2) Ses déclarations ne sont pas représentatives de la position de l’Eglise. 3) Le patriarcat orthodoxe grec a toujours été, et continue d’être, apolitique. Il condamne les [différentes] formes de violence et de terreur, soutient le processus de paix et incite à l’amour, la fraternité et la coexistence entre tous les êtres humains. 4) A partir de maintenant, les déclarations de l’Eglise orthodoxe grecque seront faites uniquement par les porte-parole officiels appartenant au bureau du Comité d’information. " (5)

Quelques jours plus tard, le patriarche Irineïos I remplaçait Hanna. Dans une allocution, il a accusé ce dernier de soutenir la terreur palestinienne, compte tenu du refus de Hanna de signer un document condamnant ces opérations. Le patriarche a nommé le père Ophichius (d’origine grecque) comme porte-parole, annonçant que les déclarations faites par Hanna ne reflétaient que ses propres opinions et en aucun cas celles de l’Eglise, laquelle compatit avec les victimes du terrorisme et de la violence. (6)

Réaction de père Hanna et des orthodoxes arabes

Le père Hanna a refusé son limogeage, déclarant au quotidien Al-Zaman, édité à Londres : " La décision de me renvoyer est illégale, illégitime et sans fondement… Je ne m’y plierai pas et continuerai de remplir quotidiennement ma fonction de porte-parole face à la communauté, sans prendre en compte cette décision. " Hanna a ajouté que la résolution de le congédier découlait d’un accord conclu avec le Premier ministre israélien Ariel Sharon selon lequel Israël accepterait de reconnaître Irineïos I comme patriarche de l’Eglise orthodoxe grecque en échange de concessions faites par l’Eglise sur des territoires de Jérusalem lui appartenant. (7)

La communauté orthodoxe arabe s’est déclarée insatisfaite du renvoi de Hanna. Elle a publié un communiqué statuant que ce dernier demeurait le porte-parole de l’Eglise, que cela plaise ou non au patriarche Irineïos I. Le communiqué appelait également le ministère grec des Affaires étrangères à intervenir, et les Etats arabes ayant des relations diplomatiques avec la Grèce à expliquer [aux autorités grecques] en quoi l’initiative du patriarche pourrait prêter à conséquence. Le communiqué a également exhorté les communautés arabes chrétienne et orthodoxe de Palestine et Jordanie à boycotter le patriarche grec, précisant que si ce dernier ne revenait pas sur sa décision dans les 24 heures, des mesures inattendues seraient prises. (8)

Uday Bajali, Secrétaire du Conseil de la communauté [orthodoxe arabe] de Nazareth, a affirmé que le limogeage de Hanna avait pour but de l’éloigner de l’administration du patriarcat de Jérusalem, ce qui faciliterait la vente des futurs sacres. Il a ajouté que le patriarche Irineïos I avait exploité la décision du gouvernement jordanien d’accorder la nationalité à un certain nombre de prêtres grecs et de leur permettre d’intégrer le patriarcat de Jérusalem, afin d’étendre la présence grecque dans l’église et d’éloigner les Arabes de la direction et de l’administration de cette dernière. Bajali a décrété que l’initiative du patriarche Irineïos I témoignait de son " hostilité de grec " envers la communauté arabe, laquelle se battait pour l’identité arabe de l’Eglise depuis 1523 — époque où la Porte suprême ottomane était intervenue, (9) renvoyant le dernier des patriarches arabes, dont le nom se trouvait être " Atalla ".

Le Dr Raouf Abou Jaber, responsable de l’organisation orthodoxe grecque en Jordanie, a estimé pour sa part que la décision de congédier Hanna en raison de ses vues politiques était inappropriée et qu’elle était révélatrice de la capitulation du patriarche Irineïos I face au gouvernement israélien. Abou Jaber a attiré l’attention sur le danger engendré par l’attitude d’Irineïos I, hostile aux membres arabes de la communauté orthodoxe, ainsi que par son parti pris favorable à Israël. (10)

 

  1. http://www.gulf-news.com/articles/news.aspArticleID-55045, le 20 juin 2002
  2. www.zccf.org.ae/LECTURES/A2_lectures/231.htm
  3. Al-Sinnara (Israël), le 5 juillet 2002
  4. Al-Sinnara (Israël), le 5 juillet 2002
  5. Al-Qods (Autorité Palestinienne), le 11 juillet 2002
  6. Al-Sfir (Liban), le 12 juillet
  7. Al-Zaman (Londres), le 13 juillet 2002
  8. Al-Sfir (Liban), le 12 juillet
  9. En référence au sultan ottoman
  10. Al-Sharq al-Awsat (Londres), le 12 juillet 2002

L'Institut de Recherche Médiatique du Moyen-Orient (MEMRI) est une organisation indépendante à but non lucratif mettant à votre disposition des traductions de la presse du Moyen-Orient, une analyse originale des faits ainsi que le résultat de recherches sur le développement de la situation dans la région. Des copies des articles et autres documents cités, ainsi que toute information d'ordre général, sont disponibles sur simple demande.

Middle-East Media Research Institute

BP 27837, 20038-7837 Washington DC.

Tel: (202) 955-9070 Fax : (202) 955-9077 E-Mail : memri@erols.com