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Dépêche spéciale

Le 30 juillet 2002 - N° 404

Un chroniqueur arabe libéral :

Pourquoi les Palestiniens ratent des occasions

Dans un article intitulé " Pourquoi notre avenir sera plus difficile encore, à nous Palestiniens et Arabes " (1) publié dans Al-Hayat (édité à Londres), le chroniqueur tunisien Al-Afif Al-Akhdhar, aux vues libérales, écrit :

L’occasion manquée de juillet 2000 et ses conséquences

" Ma génération a ouvert les yeux sur la perte de la Palestine, et ne tardera à les refermer sur l’occasion manquée de récupérer ce qui aurait pu en être sauvé. Il ne fait aucun doute que la question palestinienne est mère de toutes les questions qui nous intéressent, et que sa solution viendra avec la modernisation de nos sociétés, modernisation dont dépendent nos vies.

Jusqu’en 2000, la solution n’était pas hors d’atteinte. Mais les responsables palestiniens ont refusé de tendre la main. Ce fut là [en 2000] la dernière tentative manquée pour recouvrer notre terre et suffisamment d’honneur pour cicatriser notre blessure, laquelle saigne depuis la victoire de Napoléon en 1798 et plus encore depuis celle de Ben Gourion en 1948.

Clinton a fait aux dirigeants palestiniens des propositions sur un plateau d’argent ; ils lui ont répondu par une Intifada armée et des attentats-suicides — à une époque où ces derniers n’avaient plus aucune raison d’être. C’est ainsi que d’un coup, nous avons perdu notre terre… et notre réputation. L’armée de l’occupation est revenue s’installer [dans les territoires] et aux yeux de tous notre image a été ternie par notre égocentrisme sans précédent… "

La grande majorité des intellectuels arabes, de la population arabe et 80% des Palestiniens sont favorables aux attentats suicides

" … Avant nos opérations-suicides contre Israël, notre image était celle de Palestiniens qui luttent pour la liberté. Mais depuis que les principales organisations palestiniennes — dont le Fatah — se sont trouvées impliquées [dans les attentats-suicides] et que la grande majorité des intellectuels arabes, de la population arabe ainsi que 80% des Palestiniens se sont mis à les cautionner, nous avons été frappés du sceau de [meurtriers] suicidaires qui dévalorisent la vie — la leur et celle des autres.

Une fois que nous avons perdu la guerre médiatique, nous sommes devenus la proie de Sharon, qui nous a mis K.-O. militairement et politiquement avec l’opération rempart puis l’opération voie ferme. Ainsi vaincus, les populations palestiniennes et arabes ont cédé à l’amertume de leur destin, comme au matin de la défaite de 1967. "

Comparaison entre la première et la seconde Intifada

" On peut raisonnablement penser que désormais, le conflit israélo-arabe, et principalement le conflit israélo-palestinien, va être résolu… par la force et l’humiliation — sur la base de l’équilibre des forces actuel.

Nous, l’élite dans son ensemble et l’opinion publique, avons favorablement accueilli les Accords d’Oslo, en dépit de leur faible [envergure], parce qu’ils étaient le bijou ornant la couronne de la victoire de l’Intifada des " enfants des pierres ", lesquels ont restructuré la conscience mondiale en intervertissant les symboles du David israélien et du Goliath palestinien, transférant le lance-pierre [du premier], pour la première fois dans l’histoire, aux mains du Palestinien affrontant un tank israélien.

Mais le règlement qui nous attend maintenant reflète la défaite de l’Intifada des attentats-suicides, qui a tué deux oiseaux d’une seul pierre : elle a réduit à néant les accomplissements politico-symboliques de la première Intifada ; elle a ravivé puis anéanti les espoirs de la population palestinienne et arabe pour ramener l’occupation… "

Réactions arabes aux défaites - Précisions historiques

" D’un point de vue historique, l’élite des nations a réagi aux défaites de deux façons : de façon créative, comme au Japon et en Allemagne au 19ème et 20ème siècles, en s’ouvrant à la modernisation dans les domaines de l’économie, la politique, des sciences et de la philosophie d’une façon sans précédent dans leur histoire nationale autocratique. [La deuxième] a consisté à s’enfermer dans une identité où les émotions commandent la raison…

Notre réaction aux défaites successives de ces deux derniers siècles a été [contrairement aux Allemands et aux Japonais] la suivante : nous sortions de chaque défaite un peu moins enclins à nous poser les questions qui font mal, et plus ancrés dans la culture qui consiste à se trouver des excuses, à placer la responsabilité de nos défaites sur l’inconnu, nous contentant de nous plaindre du piège tendu par l’Occident et sa ‘belle-fille Israël’, qui ont pris pour objectif notre terre et notre ciel.

Tout cela s’est produit sans que nous nous posions la question gênante de savoir si des facteurs internes ont fait de nous, contrairement aux autres nations, une proie facile pour tous. L’élite arabe a choisi… de refuser l’écrasante responsabilité de ces défaites. "

Le prince égyptien Abd El-Qader était coupable de la victoire française sur son peuple en ce qu’il a choisi de suivre un précepte religieux du mufti de Fez [au Maroc], optant ainsi pour le suicide et le djihad, jusqu’à perdre les derniers de ses hommes, et rejetant la proposition de partager l’Algérie avec les occupants dans l’attente de jours meilleurs où il deviendrait possible de récupérer la partie usurpée pour le moindre prix. [Ahmed ] Ubabi [officier égyptien entré en confrontation avec les Britanniques en 1882] a préféré la résistance sans espoir à la négociation avec les conquérants, laquelle aurait pu réduire les pertes. Arafat a rejeté les propositions de Clinton, menant la vague d’attentats-suicides de l’Intifada, ce qui a eu pour seul effet de conduire son peuple à l’impasse. "

Le " complexe d’échec " des Palestiniens

Qu’est-ce qui a donc poussé ces dirigeants, et je pense surtout aux dirigeants palestiniens, à conduire leurs peuples à la perdition  Le ‘complexe d’échec’ qui les a poussés à faire tout ce qui était en leur pouvoir pour se punir et punir leurs peuples quand le succès était garanti. Ce complexe d’échec connaît plusieurs symptômes :

L’immobilisme intellectuel qui les rend incapables, à toutes les étapes du combat, de définir l’équilibre régional et international des forces, incapables de tirer les conclusions qui leurs auraient permis de prendre les décisions politiques et militaires s’imposant.

Le retard politique qui les empêche de modifier leur façon de se battre et de penser, ainsi que d’ajuster leurs objectifs, ces derniers ne s’accommodant pas des changements politiques. Ils résistent au renouveau des générations, aussi bien au gouvernement que dans l’opposition, préférant des hommes qui partagent leurs idées aux personnes instruites.

La manie de la lutte armée et toutes ses terribles ramifications qui font que celle-ci, au lieu de servir l’objectif ultime d’un Etat palestinien viable, devient elle-même un objectif à part entière. C’est la cause des occasions manquées de 1937 à 2000, auxquelles on a trouvé de parfaites excuses telles " le droit est de notre côté " ou " le temps, la géographie et la démographie travaillent pour nous. "

La capacité à définir l’intérêt national : S’agir-il de libérer [le territoire de] la Palestine sous mandat ou de récupérer ce que nous pouvons de la Palestine occupée au cours de la guerre de 1967  Quels sont, pour la lutte armée, les meilleurs moyens de réaliser l’une de ces deux options  Parlons-nous d’une Intifada de lutte armée et d’attentats-suicides ou d’une Intifada de négociations, ou des deux — comme le soutient Marwan Barghouti — espérant ainsi placer le gouvernement Sharon entre le marteau de l’Intifada et l’enclume des négociations 

Peut-être que c’est effectivement ce que souhaitent les responsables palestiniens, mais ils ne servent absolument pas l’intérêt national. En bonne improvisation, le processus décisionnaire n’a pas été conduit [par nos responsables]. [Ils n’ont pas] joué le rôle de l’ennemi afin de prévoir quelle serait sa contre-offensive. Nos décisions ressemblent à celles qui découlent de la paresse mentale.

Un dernier symptôme du ‘complexe d’échec’ qui pousse ces responsables arabes à agir sans savoir ce que leurs ennemis veulent d’eux est l’interdiction de discussions internes libres et de tout discours modéré — lequel naît en général de l’analyse sérieuse des données. Ce radicalisme du discours qui balaie notre culture et ces mots chargés d’émotions … comblent le vide créé par la carence en analyses et la vacuité d’esprit.

Les mots qui ont un contenu, tels ‘rationalisme’, ’modération’ et ‘concessions’ engendrent l’horreur. Quelle signification est-ce que des concessions et des solutions provisoires pourraient avoir comparées aux ‘droits sacrés’ qui n’existent évidemment que sur le papier …

Les responsables palestiniens ont condamné à mort le bon sens palestinien

En réalité, il est impossible de rétablir l’exercice [des droits palestiniens] — mais la réalité est la dernière chose susceptible d’intéresser ces esprits ensorcelés pour lesquels les mots n’ont d’autre valeur que celle qu’ils leur donnent.

Ainsi, ces responsables ont condamné à mort le bon sens palestinien. Ce n’est pas un hasard si les intellectuels palestiniens les plus critiques ont préféré rester en dehors de la direction et si leurs suggestions n’ont eu aucun écho [auprès des dirigeants]. Il ne fait aucun doute que c’est là l’une des raisons de l’absence d’un programme politique palestinien bénéficiant de la confiance internationale… "

 

  1. Al-Hayat (Londres), le 21 juillet 2002

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